Beaucoup d’entre nous ne te le diront pas car manger du porc c’était bon, et surtout la honte ! Mais nous sommes nombreux dans les années 80 à avoir consommé de la viande illicite !
Aujourd’hui, nous traquons dans les rayons des grandes surfaces la moindre trace de porc dans les aliments. On passe au scanner les ingrédients des pâtisseries, des confiseries et autres aliments susceptibles de contenir du porc. Même ma fille de six ans m’a récemment interpellé – Papa, truc de ouf c’est des Monster Munch au porc que t’as pris ! Jette-les vite ! Vite ! – En tant que daron exemplaire, j’ai vidé rapidement le sachet, mais au fond de moi je sais qu’en 1980, je l’aurai vidé directement sans faire de sentiment dans mon estomac. Et oui, copain et copine lecteur dans les années 80, nous avons été nombreux à commettre l’irréparable !
Avant de balancer les dossiers, je tiens à dénoncer mes ami(e)s qui eux aussi mangeaient du porc, Shé*****e la première qui allait chez son oncle marié à une française, et qui tous les mercredis mangeait du cochon – J’aimais bien, jusqu’au jour où ma mère l’a appris et m’a menacé – m’a-t-elle avoué. Sam***, elle m’a dit qu’elle en a mangé à la cantine de la maternelle et qu’elle ne savait pas. Pour ma part j’ai une excuse valable avec une dareune française et un daron qui écoutait de la funk, le porc était donc un aliment comestible chez moi. Je l’avoue, mais c’est lors d’un été au Maroc que tout a basculé, le porc allait être renié de ma vie. Mes cousins et cousines de mon âge sommes à table, et on dévore à la main avec un bout de pain le tagine. Tout à coup l’un de mes cousins regarde ma tante et lui demande – Rachid cool le ham hallam ? – Ma tante les yeux exorbités lui répond d’un ton agacé – Inta rhmac oula raja, rhmal kider – elle lui met une claque derrière la tête. Je demande à ma tante ce qui se passe - Il a demandé si tu mangeais de la viande hallam ! C’est quoi tata de la viande hallam ? - Rachid, du halouf ! - C’est quoi du halouf ? - Du porc !- - Ne me dis pas que tu manges du halouf, hein Rachid ! - Ses yeux deux fois plus exorbités et un silence rompent le repas. Puis les regards de mes cousins, cousines et de ma tante se dirigent vers moi. Une grosse goutte de sueur qui coule sur mon front car j’ai compris la gravité de manger du porc. Des flashs défilaient avec tous ces variétés de viande que j’ai mangé : Les sandwichs à la rosette de porc, le jambon de Bayonne et j’en passe. J’ai à mon actif un lourd passé de mangeur de cochon. Après le repas, je me suis fais une promesse, ne plus manger les membres de la mille-fa de Porcinet. Je suis rentré du bled, et avec mes frères on a décidé de ne plus manger de cochon. Et je comprenais pourquoi en primaire on me demandait si je mangeais du porc, et toute ces fois où je répondais ben ouais pourquoi !?
Rachid Santaki
Publié par rachidsantaki
C’est la fin du mois de juillet. L’année scolaire est terminée depuis plus d’un mois et ma fiancée de l’époque Virginie L. est en Italie, Bruno G quelque part en France avec ses parents, et moi ? Pas de Bled pour cette année, pour nous c’est Saint Ouen Plage. L’avantage de rester dans sa ville en été quand tu es un gamin de neuf ans ? Il n’y en a pas !!! Le programme est donc limité. Le matin c’est en bas de chez nous à jouer, rejouer et re-rejouer au foot. Mais après quelques jours à refaire les matchs de la coupe du monde jusque tard le soir, soit on en a marre, soit le ballon en a marre. Notre voisine, la vieille du Rez de Chaussée en a aussi marre que le ballon heurte son carreau quand on loupe nos tirs.
1985. Je suis au collège Jean Jaurès à Saint-Ouen. Mes principaux jeux à cette époque sont le foot, récréA2, le club Dorothée. Comme tous les dimanches, avant ma série préférée « Starsky et Hutch », mon père va faire son tiercé. Il m’emmène avec lui au café PMU de la mairie de Saint Ouen. Pendant qu’il parle avec ses potes de la cote d’Ourasi (le bourrin le plus célèbre des cités), je m’écarte. Devant moi se trouve une console de jeu. Un adulte termine sa partie. Il s’acharne sur la manette. A peine il s’éloigne que je me jette sur la manette. A mon tour, je m’acharne en dirigeant la manette dans tous les sens. Rien n’y fait. Je ne contrôle pas la partie. Véritable tâche en anglais, je comprends pourtant que les mentions « Game Over » et « Insert Coins » affichées à l’écran signifient qu’il faut du fric. Je demande donc à mon père une pièce. Lancé dans ses pronostics, il me lâche deux francs. Je retourne devant le jeu, la partie commence. Je me bats contre des monstres. J’envoie des rayons laser sur mes ennemis. Ils s’approchent. Je ne réussis pas à tous les détruire. Je perds une première vie… Une deuxième… Une troisième… « Game Over ». Ma partie est finie. Je suis dégoûté, c’est passé trop vite. Mon père a fini ses jeux. Il rentre à la maison pour voir la course du tiercé sur TF1. De retour à la maison. Je pense à cette partie, trop courte. Le lendemain, au collège, je parle avec mon pote Pascal Darreau de ce jeu. Il me dit qu’il a une console chez lui. Qu’il y joue tous les jours. Avant d’aller à l’école, après et pendant les vacances. Dès lors, je ne pense qu’à une chose. Avoir une console de jeu à la maison. Je n’aurais plus à mettre de pièces, j’aurais tout mon temps pour faire des parties. Seul problème, le budget. Si mon pote a une console, c’est parce que son père a une boucherie. Il a de l’oseille. Mon père n’a pas de boucherie, il a juste sa Renault 18 et une carte famille nombreuse. Avec mes frères, nous supplions notre mère. Notre but ? Avoir une console de jeux vidéo. Nos moyens de l’obtenir ? Les promesses : ramener de bonnes notes, ranger notre chambre, cesser de nous battre. Nous sommes déterminés, pour arriver à nos fins. Ma mère cède, elle décide de nous acheter une console de jeux, d’occasion, bien sûr. Le budget ? 400 francs. Quelques jours plus tard, c’est le grand jour. Nous découvrons notre console (vraiment d’occasion). Elle est dans un sac plastique Prisunic. Nous sortons la console de couleur noire. La marque Atari. Elle est futuriste avec six interrupteurs : mise en marche, la couleur ou le noir et blanc, difficulté de jeu, … Et deux manettes. Des jeux. Il y en a deux. L’un de tennis avec un superbe visuel, l’autre est « Space Invaders » (le jeu du café). Nous nous accoutumons avec ce nouvel élément. Une demi-heure pour brancher la console. Une autre, pour se rendre compte qu’une manette ne marche pas. Après ces péripéties, dues à un retard dans l’utilisation des technologies, nous allumons enfin la console. Le plus drôle ? Peut-être le son, des bruits basiques et vraiment électroniques ou encore la qualité du graphisme d’époque. Sur la pochette du jeu de tennis, on voit un joueur en plein effort avec un superbe graphisme. Mais une fois la cartouche enfoncée, la partie commencée, le graphisme ne correspond pas du tout. Le joueur est une barre, et la balle de tennis, un carré ! Je fais abstraction du manque de ressemblance avec un match de tennis, je joue. Je m’en fiche, j’ai ma console de jeu. Au bout d’une heure, mes frères et moi réalisons que le jeu est tout pourri. Alors nous passons au second jeu, « Space Invaders ». Il n’y a aucune différence avec le jeu de tennis. Des barres et des carrés. Pendant quelques jours, nos potes ne nous voient plus. Normal. Nous avons découvert l’Atari 2600. Il faut quand même préciser que la console est sortie en 1982, que nous sommes en 1985. Quelques années plus tard aura lieu une véritable révolution, souvenez-vous de la Master System, d’Alex Kid avec ses grandes oreilles…
Année 1987, nous sommes en vacances au bled entre Marrakech et la plage d’Eljadida. Mon père invite deux de ses potes de Saint Ouen à passer leur congés au Maroc, Jean Luc D et Farid A. Farid est mon aîné de dix ans, et cela fait de lui un grand frère. T’inquiètes pas copain lecteur, rien à voir avec Pascal, le grand frère de Tf1. Non, Farid c’est le VRAI grand frère qui écoute de la funk, porte les dernières Nike et nous fait golri. Pendant son séjour, il a une machine avec un casque. Avec laquelle on peut écouter les cassettes audio. Cet objet m’interpelle, quand tu mets le casque sur tes oreilles, y a Thriller qui tourne ! Il l’a tout le temps avec lui, casque sur les oreilles posé sur les oreilles. Farid m’explique que c’est un walkman et que le nom veut dire en français – l’homme qui marche- Parce qu’on pouvait finalement marcher avec la musique, et gamin que je suis je me dis – Mais comment appelait-t-on alors celui qui ne marchait pas en écoutant de la musique ? (je sais copain lecteur c’est pourri mais c’est pour mettre du style) Comme Farid était un mec cool, il me prête son baladeur, quelques minutes c’est à dire le temps d’une chanson. J’écoute un peu, kiffe et lui rends. Le problème quand t’as deux frères, c’est qu’eux aussi veulent écouter. Farid en plus d’être plus cool avait du bon son, d’ailleurs mon père lui tapait ses cassettes : Delegation, Shalamar, Kool And The Gang, Michael Jackson, Imagination etc. Y a pas à dire Il était vraiment à la page. Après les vacances au Maroc, comme mon père les a bien accueilli, Farid lui avait offre son baladeur. C’était un Sanyo, de couleur bordeaux. Mon daron l’avait rangé dans une commode à la maison. Mais dès qu’il n’est pas là, j’en profite pour l’allumer à fond… A force de mettre le volume à toute patate, j’use les piles et forcément mon père grille que je l’utilise sans sa permission. C’est la grosse baffe à la Bud Spencer et le traditionnel « touche pas à mes affaires connard ! ». Mais c’était plus fort que moi et je recommençais. Et bien sûr je me remangeais la baffe ! C’était plus fort que moi Je kiffais trop son Walkman. En vrai avec le recul, c’est vrai qu’il était énorme le lecteur audi portable. L’équivalent d’un réfrigérateur ou d’une machine à laver. Non, mais c’était du lourd, fallait prévoir un sac à dos pour le porter. C’était marrant car son Walkman n’était pas « auto-reverse » mais avait une fonction exceptionnelle : on pouvait ralentir ou accélérer la vitesse de lecture. Il y avait aussi une fonction micro, qui me permettait de parler et de nous entendre sur la musique. Autant vous dire que je chantais sur du Kool and The Gang ou du Thriller. Sur le refrain de Kool And The Gang «Fresh », au lieu de chanter « she’s fresh, she’s so fresh », je balançais «Chizefunchchizesinflunch ». Je me prenais pour un chanteur, un peu comme le font les candidats d’émission de télé réalité devant des millions de téléspectateurs. Ridicule. J’aurais pu mettre ça sur le compte de la jeunesse mais j’avais déjà quatorze ans ! Ce qui était contraignant avec le baladeur, c’est que lorsque tu écoutais une chanson d’environ 3 à 4 minutes, il fallait rembobiner pendant 30 minutes pour la réécouter, c’était long. Comme mon père était très strict avec ses affaires, que j’en avais marre d’user ses piles et de me manger la baffe, je me suis débrouillé, j’ai eu par le biais de ma copine, Mimi des Francs Moisins, un Walkman. Je l’avais payé 100 francs. Une affaire. Mon premier. Il était bordeaux comme le Sanyo, les touches étaient grises et « auto-reverse » pour changer la face d’écoute sans sortir la cassette. C’était un Aïwa. Je marchais dans la rue avec mon casque et prenait les transports pour aller en cours. A l’intérieur j’ai écouté, réécouté, ré-réécouté… l’album de Michael Jackson « Bad ». A force je connaissais le tracklisting par coeur. J’allais au fond de la cour de récréation avec le son à fond et je regardais les autres, je clippais ça dans ma tête. A la maison, mes frères voulaient me l’emprunter, impossible de le lâcher. Par contre quand mon père le voulait, impossible de refuser. Sinon c’était la grosse baffe… Mon Walkman m’a lâché un an après mais je m’en fichais, j’avais découvert la technologie. Depuis j’ai fait toute ma scolarité avec une paire d’écouteurs et des baladeurs de plus en plus légers. L’inconvénient des baladeurs numériques, c’est qu’ils ne font pas office de machine de musculation, parce que tous les mecs de ma génération vous le diront, c’était (du) lourd, un Walkman !
1984, c’est l’année de la diffusion de l’émission Achipé Achopé avec Sidney, un mec qui en hiver comme en été portait des lunettes de ski, et pire des collants brillants de couleur bleue. J’avoue que malgré sa tenue excentrique il a influencé plusieurs générations. Comme les millions de jeunes de notre génération, on regarde ce programme télé. Et comme tout le monde avec mon frère on mime quelques unes des techniques du Smurf comme le courant électrique. Mon père mettait l’ambiance et avec son léger accent du deblé, répétait « Ji si que ti pu » (ndla traduction je sais que tu peux). Après l’émission hip hop et un énième épisode de Starsky et Hutch, on descend retrouver nos voisins dans ce quartier calme de Saint Ouen. L’après midi est bien entamée, et le plus hype de mes voisins, Grégory H. déguste un espèce de glaçon coloré, dans un sachet en plastique. Copain lecteur, ce que je vais écrire par la suite est un dossier mais lorsqu’il a jeté son plastique, et qu’il a eu le dos tourné, mon frère et moi on s’est jeté pour ramasser et terminer les quelques gouttes de ce glaçon coloré. Il était bleu et super bon. Sur le sachet il y avait écrit « mistère fraise ». Je te l’accorde copain lecteur, on n’est pas encore avec les manuels scolaires « I Speak english » et surtout on n’a pas comme série Dora l’exploratrice, qui te répète : open the door, good morning etc. Alors excuses pour notre anglais un peu foiré. En réalité, on venait de découvrir un glaçon qui allait révolutionner notre vie. Son prix, pour le grand Mister Freeze est de cinq francs, cinq balles, autrement dit l’équivalent de 75 centimes d’Euros, le petit de deux francs. Les parfums préférés étaient citron, fruits exotiques, oranges, et fraise. En vérité, on ne le savait pas mais le Mister Freeze était en concurrence avec le Floup, un dessert glacé prisés par les antillais. Il était plus cher que le glaçon mais avec des gouts différents : Ananas, pinacholada, coco ce qui faisait de cette glace la star aux Antilles. La vérité, c’est que la popularité du Mister Freeze était sans équivoque. Avec les années les parfums des Mister Freeze se sont développés, mais on grandi et on est passé au Magnum. Enfin tout ça je te le raconterai dans un autre papier. La Seule chose que je peux te dire, c’est que si tu vois un sachet par terre de Mister Freeze et qu’il reste quelques gouttes, y a surement des petits crevards qui risquent à leur tour de découvrir un reste de glaçon qui va révolutionner leur enfance…A un prix plus élevé, parce que tu l’as compris aujourd’hui la vie est rallie*.
Le Vieux Saint Ouen et les boutes en train sont les quartiers chauds, un peu l’équivalent de Creenshaw. A cette époque là, j’ai comme potes Bruno G., Benjamin C. et j’en passe. Un peu comme le chantera plus tard Stomy Bugsy, Mon papa à moi, est un gangster. Et malgré ça, je fais le ouf : vol de l’enveloppe de la cantine, bagarres mensonges et compagnies. On a beau dire mais à trop regarder les aventures de Tom Sawyer, et ce clochard d’Huckleberry finn, je pars en vrille et j’en oublie de faire mes devoirs. Toute l’année, cette c****** de Dorothée et son RécréA2 m’a vraiment bousillé. Les mois s’écoulent, l’été arrive et nous sommes la veille du moment tant redouté de la fin d’année scolaire : le conseil de classe ! Copain (et copine) lecteur, je suis un cancre, le cauchemar de l’éducation nationale, mais à la veille de savoir si je vais passer ou redoubler je fais une promesse. Le soir, en stress comme pas possible, dans mon lit, la veille du jugement fatidique, je regarde mon papier peint des années 70 (celui avec des grosses fleurs marron). Et je jure que je ferai mes devoirs l’année prochaine si je passe en de CE1. Pronostic : Cp et 5eme redoublés avant de finir jeté par la conseillère d’orientation dans un BEP chaussurier (je sais ce mot n’existe pas mais t’as pas compris que j’ai redoublé mon CP !). Depuis, j’ai bien compris que si j’avais tenu cette promesse, j’aurai surement été le premier de la classe et que j’aurai un super travail… Mais non je déconne, j’ai rien foutu et la moralité c’est que depuis l’école primaire, et qu’à la trentaine passée je fais toujours des promesses que je ne respecte jamais. Alors si tu ne veux pas redoubler, tu sais ce qu’il te reste à faire…
Les Air Max et le hip hop, inutile de vous les présenter, mais le Fun Raï, si ! Le Fun Raï, c’est la seule boite dont les meufs disaient qu’il y a de la meuf ! T’imagines le power ? C’était une boite de nuit située dans l’Essonne. Au départ, l’Essonne je pensais que c’était à l’étranger car pour y aller, il fallait une voiture avec un plein. Désolé pour les gens du 91, mais franchement, c’était la mission pour aller chez vous ! Heureusement que c’était à 01h00 du matin. Bref, en général, je disais à mon père que j’allais lui emprunter sa voiture pour aller chercher un truc chez l’épicier (j’avoue que c’était du mytho, on sait jamais si tu n’as pas compris cher lecteur/chère lectrice !). Mon père me demandait pourquoi je sentais autant le parfum ? Pourquoi je portais une chemise à 23h00 ? Je lui disais que je me préparais pour aller à l’école lundi. Il me mettait une grosse baffe en me disant : « Ti crois qui ji pas compris que ti va voir des pites ! », suivi d’un enchaînement high kick-coup de coude (cher lecteur, c’est pour le style que je mets ça ! Mon père c’est pas Jet Li !). Bref, après avoir emprunté tant bien que mal, la Renault 18 GTX, il fallait rejoindre mon pote Hicham Lamatti, et surtout récupérer deux meufs pour pouvoir rentrer. Dans les cités, on nous parle souvent de la condition de la « meuf ». J’avoue qu’on ne nous parle jamais des meufs « T.E » (Ticket d’Entrée) : ce sont ces meufs qui galèrent et qui sont toujours OP pour une mission. Nous, notre but c’était d’entrer au Fun Raï, il nous fallait donc deux meufs pour pouvoir entrer, mais des meufs qu’on pouvait ne plus calculer une fois à l’intérieur. Car on voulait en serrer d’autres. En général, avec mon pote on avait Habiba et sa copine. Sa copine, tellement qu’elle était là comme T.E, je lui ai jamais demandé son prénom. Habiba, elle, elle était stylée : aucune question et dans la boite, elle ne faisait que danser pendant que nous, on chassait. Arrivés devant la boite, on trouvait souvent des mecs en galère qui attendaient à 50m de la boite pour demander aux meufs seules s’ils pouvaient rentrer avec elles. Ces gars, on les dénigrait, alors qu’un an avant notre ascension dans le monde de la nuit, on était à leurs places, à attendre sous la pluie, la neige, à quêter des meufs : « excuses-moi, ça te déranges pas de faire style on est avec vous, pour pouvoir rentrer ? Sur la tête de ma mère c’est pas pour te draguer, c’est juste pour pouvoir danser un peu ! ». Arrivés devant la boite, j’étais toujours en panique malgré le fait que j’avais la paire de Muratti imitation Weston (celle qu’on achetait à André pour 500 francs), le 501 avec la chemise Celio (celle qu’on nous donnait à la pelle pour 30 francs), et la coupe au gel (celui qui s’approchait plus de la colle à papier-peint qu’autre chose). Le videur, (qui portait des gants, et un gros blouson de braqueur) nous regardait, puis lâchait « bonne soirée, messieurs dames ». On déboursait nos 100 francs pour rentrer. Une fois dans la place, on regardait les autres, genre « on est les caïds ». La réalité était autre : les pauvres (nous) étaient en bas, les riches en haut. La vérité, c’est qu’on dansait et qu’on accostait les meufs, mais il y avait toujours un mec sous alcool pour chercher embrouille. Mais dès que les videurs l’accompagnaient violemment à la sortie, l’ambiance reprenait. Les sons, c’était du New Jack. Il y avait l’hymne des mecs de cités, Teddy Pendergrass « Believe in love » et tellement on kiffait cette musique, elle était devenue la musique officielle du Fun Raï. Je me demandais même si certains ne venaient pas ici juste pour l’écouter ! Bref, on la connaissait par cœur. Le DJ la mettait au moins 5 fois dans la soirée. Aaron Hall, Teddy Ryley, Black Street mais aussi la musique officielle des rebeu, la funk avec du Délégation, Shalamar, Midnight Star etc… Là-bas, on revoyait toujours des meufs qu’on connaissait, ou d’autres qui nous avaient permis d’entrer. Bien sûr avec le temps, on a atteint le sommet de la pyramide. On connaissait les videurs, les meufs, mais aussi le DJ, Omar, qui nous enregistrait des cassettes. Le pire, c’est qu’une fois j’ai vu Jérôme Prister là-bas, pour moi c’était dingue, il ressemblait à un mec du foyer ! Un jour, ils ont fermé le Fun Raï, et on a changé pour le Beverly Hills dans le 77.
Pour ma part, mes premiers problèmes de cheveux datent de la primaire. A cette époque je ne connaissais pas l’importance d’une belle coupe. Ma mère attendait plusieurs mois avant de nous amener (mes frères et moi) chez le coiffeur, inutile de vous préciser qu’on nous appelait les frères « Mireille Mathieu ». Ma mère ne connaissait pas le mot « crevard », elle nous amenait faire une coupe pourcent balles. L’avantage de la coupe à ce prix là, c’était la coiffeuse. Une bombe. J’optais toujours pour le shampoing, même s’il ne servait à rien. Du moment qu’elle s’occupait de moi ! J’ai arrêté d’aller chez elle, à cause du prix, mais surtout à cause de mon père qui venait me déposer. Pendant qu’elle me coupait les cheveux, il restait là à me chambrer. J’en avait marre. Elle en rigolait. Je demandais à mon père pourquoi on prenait la voiture pour aller chez la coiffeuse alors que c’était au bout de la rue ? Mon père aimait bien arriver devant elle dans la Renault 18 GTX vitres électriques avec « fresh » de Kool & The Gang. J’étais trop jeune pour comprendre. Mon père a cessé de m’amener chez elle, le jour où on l’a croisé avec son mec (désolé papa). Bien sûr avec l’adolescence, j’ai appris à gérer moi-même mon budget. Au départ, il y avait moyen de se faire couper les cheveux au foyer pour 20 francs. Dans les escaliers, il y avait un gars avec une tondeuse dans un état quelque peu douteux. Mais pas grave, on était « jeunes et ambitieux ». Au final, c’était intéressant pour le prix mais pas pour la coupe et surtout pas pour l’hygiène. Pour la coupe, c’était de l’improvisation et de l’expérimentation. A tous les coups tu étais dégoutté. Avant d’y aller tu te disais « vu ma touffe, j’ai rien à perdre ». En repartant du foyer, tu avais les larmes aux yeux en te disant « J’ai tout perdu ». Au point de vue hygiène, le lendemain tu avais au mieux un troisième œil qui poussait derrière la nuque. Au pire ton crâne prenait la forme de celui d’ « Elephant Man » pendant une semaine et tu sortais ta réplique à chaque regard chelou « je ne suis pas un animal/j’ai juste voulu faire une coupe à 20 balles ». Bien sûr avant d’aller au foyer tu vérifiais que tous tes vaccins anti-tétanos étaient à jour, valait mieux. La suite c’est qu’on a investi à plusieurs dans une tondeuse. Plusieurs problèmes, le premier c’est qu’à chaque fois la tondeuse disparaissait. Elle finissait au bled chez un de nos oncles. Le deuxième, aucun de nous ne savaient couper à la tondeuse. Ça finissait en embrouille, on se parlait plus pendant des semaines. Heureusement, j’habitais à Saint Ouen. Et pas loin du métro « Garibaldi », ligne 13, se trouvait la star de la coupe : Youssef. Ce gars a révolutionné la vie de pas mal de gars de quartiers du 93. Il te faisait une « bête » de coupe pour 50 balles ! Le problème, c’est qu’il y avait foule. Deux heures d’attente minimum. Pendant l’attente, tu te croyais dans le hall, les gars te racontaient leurs histoires. Mais quand tu sortais, tu claquais, même si t’étais moche, avec sa tondeuse, il te rendait beau. Ce qui était bien chez Youssef, c’est que les mecs venaient de Saint Denis, Saint Ouen, Aubervilliers, La Courneuve. Je les ai tous retrouver là bas : Hakim Amri, Mohamed Fouki, Mohamed Saïd, Hicham El Haiddaoui, mon voisin du bled qui venait du 95 jusque chez lui ! Pire, j’ai même retrouver une fois Jérôme Prister là bas ! Il avait tellement plus d’argent après « Say Will Be », qu’il allait se couper les cheveux « chez Youssef ». Youssef n’arrêtait pas de dire qu’il était le Michael Jackson de la coiffure et qu’un jour sa cote allait chuter. Il a fermé boutique début 2000. Aujourd’hui, des coiffures à 7,50€, tu en trouves à tous les coins de rue, souvent tu y croises Jérôme Prister !
Après la Renault 12, la marque au losange a décidé de lancer en 1980 un modèle pour répondre à des exigences internationales, la preuve le slogan de la R18 (pour les branchés) : « véritable voiture du monde ». Mon daron a bien kiffé ce véhicule, et contrairement aux darons de mes potes qui ont optés pour la Renault 21 Nevada diesel, lui a misé sur la Renault dix huit GTX, neuf chevaux, vitres électriques, et fermeture centralisée ! Pour l’époque, avoir un bouton qui faisait descendre les vitres c’était ouf. Ecouter la musique avec une cassette, et changer de face sans retirer la cassette, c’était frais, et pire appuyer sur un bouton pour ouvrir et fermer les portes, c’était la grande classe. A cette époque on était loin d’imaginer que vingt cinq ans plus tard, les voitures parleraient comme dans « K2000 », ou feraient des créneaux automatiquement ! En 1984, pour ses sorties à la Scala, et les allers au bled, sa monture était bleue nuit, sans les jantes, mais l’autoradio autoreverse avec ses sons de oufs. Rewind !
1987. L’année où Los Lobos cartonne avec La Bamba. Vanessa Paradis, nous fait fantasmer avec son « Joe Le Taxi ». Que le roi de la pop, sort son album « bad ». Et que Guesh Patti, excite les petits ados que nous sommes, avec son « Etienne ». C’est aussi l’année de ma quatrième au collège Jean Lurçat à Saint Denis. Mais surtout l’époque où j’ai eu mon premier jeansLevis Strauss, 501 ! Si t’es pas de cette époque tu ne peux pas savoir ce que c’était, le cinq cent un! Mais les mecs et meufs de ma génération, te le diront, le 501 c’était le pantalon à avoir. Mon père qui se prenait pour une caillera, achetait des affaires du genre le Challenger d’Adidas, et des jeans dont des levi’s, cinq cent…Un ! A cette époque, je fais sa taille : 34/34. Et il revient de ses achats. Dans l’armoire de sa chambre, il cache ses sapes. Les dernières, à la mode. Mon daron, ce n’était pas un père comme les autres. A l’époque, il flambait avec sa Renault 18 GTX. Vitres électriques. Son autoradio, autoreverse. Ses cassettes de Kool and the gang, S.O.S Band, Delegation et Shalamar. Et truc de ouf, mon père c’était le seul daron de Saint Ouen qui allait à la Scala, danser ! Forcément, il avait la sape qui allait avec. Et souvent j’allais dans son armoire, regarder ses sapes, pas comme son fils, mais comme son petit frère. Ah oui, pour que tu saches mon reup, il était tellement technique, que lorsqu’on croisait, l’une des voisines, ou la coiffeuse, on n’était pas ses fils, mais ses petits frères ! Fin de journée, c’est la rentrée dans quelques jours. Et y a ce Jeans, dans son armoire. Tout neuf. Le fameux Cinq Cent un ! De couleur bleu foncé, coupe droite, et fermeture à boutons. Ma mission, faire la rentrée des classes, frais ! Et pour cela, il faut que je porte ce putain de jeans. Pendant qu’il est au travail, je m’aventure en scred dans sa chambre, et lui tape ce pantalon. Ce qui était bien, c’est que contrairement aux grandes surfaces, sur les sapes à mon père, y avait pas de bip antivol! Pour l’endormir, parce que j’avoue avoir pris mon père pour un cave. Je cache quelques jours le jeans. Puis le porte le jour de la rentrée avec un L.C Waikiki. Premier jour d’école. J’arrive au collège et rencontre mes nouveaux camarades de classe. Nordine, Wanou, Laurence, Mimi (R.E.P). Avec mon walkman, et surtout mon jeans Levis, 501. De couleur brute. Bon j’avoue, quand ma mère l’a mis avec mon TShirt Waikiki, il a dégorgé et me l’a tué. Mais ce n’est pas grave, je préférai mon 501, à mon T-shirt au gorille que j’avais de toute façon amorti. Pendant les écréations, on parle de tout et de rien, mais je vois bien que je suis à la page. Sur le retour du collège, ligne 13. Je tombe sur Linda Larrouy. Sur de moi, alors qu’en vrai je suis super moche avec mes grosses lunettes de vue, ma moustache duvet. Et ma coupe. Mais pas grave, j’ai mon cinq cent un. Et avec ça, aucune meuf pouvait me résister, enfin c’est ce que je pensais…En réalité, c’était le contraire, avec ou sans mon 501, aucune meuf ne me calculait ! La légende dit que certaines meufs pour être plus bonne que la plus bonne de leur copine, montaient leur 501 jusqu’au cou. D’autres légendes disent que certains qui portaient tout le temps le même 501, que le jeans tenait debout, une fois qu’ils le retiraient. Pire, la légende dit que d’autres allaient au bled et revenaient avec de pales imitations, griffés Lovis 502. Plus tard, on a découvert l’argent. Et quand t’as la monnaie, t’as les sapes qui vont avec ! Les 501, je les aie tous eus, du Black, au Stoned, en passant par le moutarde. On allait se fournir à Montparnasse, au premier étage. Là, où se vendaient des cuirs Avirex. Avec Le renoi de Banga, comme vendeur. On payait nos jeans, deux cent cinquante francs. Plus tard, j’en ai même vendu chez Georgette, aux Puces, et Shérazade, aussi. Y a pas à dire, c’était mieux avant, les jeans !
