J’fais de la thaï

kickboxer1989. Le juge a confié la garde à notre père, et nous sommes de retour à Saint Ouen, après avoir connu une période instable les choses semblent s’améliorer.  L’enfance est derrière nous, l’adolescence notre présent et notre futur à quelques bornes. Avec mon frère, on a cotisé et on s’est acheté avec l’argent du marché une console Sega Master System, et le petit Alex-kid a de sacrés oreilles. Depuis, il a du les recoller avec l’oseille qu’il nous a pris, à 990 francs la console ! Cette année là, Technotonic nous fait danser sur Pump The Jam, Roch Voisine fait pleurer les meufs avec Hélène, et les NTM nous rappent que Le monde de demain nous appartient. Voltage nous passe de la funk, TF1 nous fait passer de sacrés soirées avec Foucault, et on regarde Canal en mode crypté, quand on fait nos dalleux. Je travaille le week-end aux puces, vend des 501 et des cuirs. Ma patronne Georgette, flippe tellement, qu’elle ne bouge pas du stand, plusieurs fois je la grille en train de pisser dans un sac plastique à l’arrière du camion. Véridique. C’est à cette période que je tutoie un sport qui va marquer ma vie : la boxe thaïlandaise, qu’on appelle « la thaï ».

Depuis l’année dernière, ça parle de boxe Thaï, un sport arrivé en France depuis quelques années. J’ai récemment vu le film « Booldsport » avec Vandamme, et j’ai trop kiffé Paco, le mec chaud qui faisait du muay thaï avec un short rouge, mais qui s’est fait goumé par Franck Dux.  Dans mon ancien collège, certains disaient que les mecs qui font de la « thaï » cassaient des bouteilles de verre avec leurs tibias, abattaient des éléphants en criant Heeeuuuussss ! D’autres prétendaient que c’était le sport le plus violent de tous les temps, que les mecs chauds de la street en faisaient pour dépouiller, et que même un mec de la thaï avait déboité Belmondo et Bud Spencer. Et moi je rêve de pratiquer ce sport à base de coups de poings, genoux et tibias. Un soir d’octobre 1989, je franchis la porte du gymnase La Courtille de Saint Denis au cœur des cités de Floréal. Un pote m’a dit que c’était là bas que tout se passe. Nous sommes lundi, il est bientôt 19h00. Sur place je ne vois aucun type casser des bouteilles de verres sur ses tibias, ou des mecs taper contre un arbre et le briser (Purée, quel truc de mytho Kick Boxer…) L’entraineur qui vient d’arriver m’autorise à essayer le cours. Je me change dans les vestiaires, et j’hallucine devant les shorts de boxe des autres. Je suis un vrai bohémien, et j’enfile un vieux bermuda Creeks. On court le long des murs de la salle pour s’échauffer. Sam Berrandou, l’entraineur, a installé le ring, et allumé son radio cassette. Il a mis  de la  funk : Ray Parker Junior si tu connais, Jocelyne Brown ou encore Delegation. On est en banlieue, et la vérité y a que des rebeu et renoi dans la salle. Échauffement. Puis il nous montre des techniques de base : blocage, remise avec les middle kicks. L’entrainement est dur entre la corde à sauter, le travail au sac de frappe, et les mises de gants. Je reconnais des mecs du collège : Karim Faidgah (RIP), Sora Yara, et d’autres têtes de Saint Denis.

dany bill 2

Les semaines défilent, et à chaque entrainement je prends gout à ce sport qui ne laisse pas de répits pour les faibles, et dont les plus forts donnent le rythme à base de kicks et de direct du droit. J’ai un avantage : l’anglaise, et un putain de problème des pieds du 46… Je me sens proche de ces camarades de salles. L’un des plus fous est sans conteste Anastase, Jean Paul de son prénom. Un métisse antillais  qui donne tous dans l’entrainement. Il m’étouffera pendant plus de trois quart d’heure à des séances de corps à corps, mais je progresse, quelques entrainements plus tard je rentrerai dans son délire.Il affrontera en 1991 Dany Bill pour la finale du championnat de France. Mais il perdra face à celui qui deviendra la référence des rings de France jusqu’en Thaïlande.

A chaque séance, je reviens forgé de cette « culture de banlieue » comme dirait Arlette Chabot. Après le hip hop, la banlieue a eu la boxe thaïlandaise. Si dans le achipé achopé les ambassadeurs sont les NTM, IAM et les Actuel Force. En boxe Thaïlandaise, les fers de lance sont Dida Diafat, Farid Keniche, Dany Bill. Sora, un des boxeurs de notre club qui brillera aussi,  jusqu’au titre de champion d’Europe. Y a aussi le néerlandais Ramon Dekkers, la terreur des rings qui avance, avec un seul objectif, étouffer son adversaire. Il en dominera beaucoup sur le ring et sera l’un dess premiers européens à battre les thaï chez eux. Mais les afficionados se souviendront de la punition qu’il a reçu de la part de Dany Bill (encore lui !).  L’autre hollandais c’est Rob Kaman, et  l’américain Rick Roufus qui s’affronteront devant le public de Bercy.  A l’époque les trois clubs dont tout le monde parle sont le Nemrod, Le Derek, et Le Lumpini.  Mon pote de classe Mickael est au Nemrod, je suis au Lumpini.  Et on ne manque aucun gala que diffuse Canal Plus, souvent on va sur place encourager nos gens.

RAMON DEKERSEn 1991, j’ai arrêté pendant quelques années, et je t’avoue copine et copain lecteur que je n’aurai jamais pensé y retourner, ne me demande pas pourquoi… Parce que pour une fois, mon blog va te faire chialer. Les années ont défilés, certains des pratiquants nous ont quittés, d’autres ont brillés : Mourad Sari, Kamel Jemel, Totof, Moussa Sissoko… Un en particulier m’a trahi, et si j’ai parfois lâché la salle, j’y suis toujours retourné. Aujourd’hui, c’est au Derek de La Courneuve que j’apprends avec Claude, Tony, Abdel, Léon et tous les adhérents. Léon Mendy me l’a dit : « Pour réussir à maitriser les clés de ce sport il faut en avoir « Le gout » et il a raison, j’applique même son conseil dans mon quotidien. Le temps est passé, Le Nemrod n’existe plus, Dany a raccroché les gants. Dida est sur facebook, Gregory Choplin a repris la relève, Totof montre qu’il est toujours là et que ce n’est pas  pour rien qu’il a participé 5 fois au tournoi du roi de Thailande. Les rappeurs aussi tapent au paos, tu peux le voir sur Daily motion, ou sur le DVD de la Mafia K1 Fry. La boxe thaïlandaise un sport a des valeurs que tu ne peux pas tronquer… Et si ce sport a marqué autant de jeunes de banlieues, c’est parce qu’à travers cette pratique ils ont trouvé une famille et des repères qu’ils n’avaient plus à la maison. Même si je crie pas devant les autres j’fais d’la thaï, je la kiffe et je lui écris des poèmes.

Un commentaire pour J’fais de la thaï

  1. Nadia dit :

    « et si ce sport a marqué autant de jeunes de banlieues, c’est parce qu’à travers cette pratique, ils ont trouvé une famille et des repères » : c’est juste et appliquable a beaucoup de mecs de ma cité qui s’en sont aussi sorti grace à la boxe « thai ».

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