Bien que le premier volet de Rocky soit le plus rentable de toute la saga, bien que les spécialistes te diront que Rocky I est le meilleur, bien que le tournage n’ait duré qu’un mois et demi, et bien la vérité, c’est que le meilleur des Rocky III “L’oeil du tigre”, et tu vas vite comprendre pourquoi.
La première fois que je vois Rocky, c’est en 1982, j’ai neuf ans. Mon père qui vient de rentrer à la maison après son taffe de manutentionnaire, et m’emmene à L’Alhambra, une salle de cinéma qui se trouve à deux pas de chez moi. L’hotesse nous place alors que le film a déjà commencé, les gens crient « Non, Rocky te laisse pas faire ! ». Mon daron en m’amenant au cinéma, avait une idée derrière la tête : Faire de son fils, un Rocky. La réalité c’est que je ne suis jamais devenu Rocky car je n’avais rien d’italien, et rien d’un étalon. Même si j’ai fait ses footings, tester les jaunes d’œufs cru (véridique), eu les gants aux couleurs des États Unis, et même écouter ses musiques de rockeur. La vérité, c’est que Rocky y en a qu’un ! Et nous sommes des millions à avoir voulu être comme lui : un champion.
La première fois que j’ai (re)vu Rocky, c’est à la fin des années 80. Adolescent, j’étais tellement fan, que j’allais acheter des magazines avec des photos et des explications de ses films dans une boutique spécialisée sur Paris. J’ai plus passé mon temps à acheter les revues d’éditeurs que de réellement apprécier le film. La raison est simple : A la maison, on n’avait pas de magnétoscope. Avoir un lecteur VHS pour nous, c’était comme avoir la Porsche Panamera pour un smicard (oui, j’abuse c’est vrai). J’sais pas si tu vois le délire, copain et copine lecteur ?
C’est donc en 1989, que le magnétoscope a fait son apparition à la maison, (et pire le téléphone fixe est apparu en 1993 !). J’ai tout de suite récupéré les quatre volumes des Rocky chez mes voisins, les Boussouira. Les 1, 2, 3 et 4 sont passés en lecture normale, et ralentie. J’ai (re)visionné les entraînements de Rocky, et ses combats. J’ai kiffé, le téléviseur affichait « lâche le magnétoscope ».
Rocky, c’est un mec gentil. Un gars en qui personne ne croyait. Si le boxeur de Philadelphie a eu un tel succès, c’est tout simplement parce que dans le fond, on est tous comme lui. On veut tous s’investir, croire en nous, et donner le meilleur. Rocky…Quelle belle leçon de vie. Si t’enlèves ses entrainnements dans la chambre froide, son survetement moulant, ses kilos en trop. Tu te rend compte que Balboa, va tout donner. Parce que cette opportunité c’est sa chance, et qu’il a le coeur. La suite du premier Rocky, c’est qu’il perd. Mais dans le fond, il a gagné. Voilà pourquoi les gens ont kiffé le premier Rocky. Et malgré la défaite et le visage gonflé, l’étalon italien est retourné sur le ring pour la seconde fois. Au final il va gagner contre le champion, Appolo Creed. Un styliste et une grande gueule. Une pale copie de “Mohamed Ali”. Appolo, il avait quand même la classe, il faut le dire, mais dans la vraie vie c’était un footballeur américain, la saga de Balboa sera son seul succès. Si je n’ai pas kiffé les deux premiers Rocky, y a un truc que j’aimais bien, c’était Adrianne. En primaire, j’étais amoureux de Virginie Lattenzio, et elle avait la même dégaine, je te jure c’est vrai copain et copine lecteurs.
Les deux premiers Rocky, c’était pour ceux qui voulaient une leçon de courage, pas de frime, pas de tunes, pas de superficiel. Car après ça, Rocky il s’est embourgeoisé : il a pris des grosses tunes ! Dans les premières séquences du troisième volet, voir Rocky rouler en bécane, galocher Adrianne dans l’herbe, ou encore faire la une de toutes les revues, ça m’a fait kiffé. On dit que “l’argent ne fait pas le bonheur” mais je peux te dire que Rocky, ça l’a rendu beau l’argent, parce que t’as surement vu la différence, d’une il portait plus de survet converse, et de deux il a séché un truc de ouf !
Dans ce troisième Rocky, y a un mec, un certain Clubber Lang. Il est joué par Mister T. Ce mec pour toute ma génération c’est Barracuda de l’agence tout risques, le mec à la crête, et personne n’a été lui dire que c’était pas bien la crête, parce qu’il casse des bouches. Il est intervenu dans Arnold et Willy, avait même sa propre série, ses figurines. Mais c’est surtout l’ancien garde du corps de Mohamed Ali. Je peux te dire que voir Clubber Lang regarder de travers Rocky, ça m’a tout de suite fait flipper, pour le gentil Rocky. Clubber avait une sa rage, le mec courrait et rugissait. Il fait même des tractions avec des muscles dans le dos que je n’ai jamais vu !
Deux opposés que tout va réunir sur le titre : Rocky qui se la joue Rickie la belle vie. Clubber lang qui s’entraine dans la cave, et qui ne joue pas ! Puis y a eu cette cérémonie : Rocky qui se voit décerner par la ville de Philadelphie, une statut. Jusqu’ici tout va bien comme dirait Hubert (de la haine). Mais le plus dur, c’est pas la chute mais l’aterissage. Alors que Rocky prend le micro, et veut annoncer qu’il va raccrocher les gants. Cette caillera de Clubber lang, fout tout en l’air. Ce qui m’a blessé, c ‘est qu’il a dit à la petite Adrianne « Si tu veux un vrai mec viens me retrouver ce soir dans ma chambre d’hotel ! ». Mais comment ? T’imagine la petite Adrianne avec cet animal de Clubber lang ?
Bref, puis c’est la grosse embrouille. Rocky le prend au défi. Mickey ne veut pas. On comprend très vite, que ça va chauffer pour Rocky, et qu’il a affaire un mec chaud.
Tout le monde se quitte, le défi est lancé. alors que toute la famille Balboa est rentré, Mickey hebergé dans la grande villa de Rocky, fait le chelou et prépare sa valise. Il range ses slips kangourou, et avoue à son poulain que ses derniers combats, c’était des matchs, truqués comme la coupe du monde 98 (c’est Booba qui dit ça, pas moi). Après deux trois chambrettes sur les slips de Mickey, l’étalon italien convainc le vieux monsieur de relever le challenge : battre ce boxeur plein de haine. Au fond de lui, l’entraineur sait que son gars est un brave type, qui n’a pas de chance de gagner, il lui dit que c’est un tueur, et que rocky, ben l’argent a part le rendre beau, ça l’a rendu mou.
Alors là, c’est l’entraînement. D’un coté t’as Clubber lang qui perce des sacs, et rugit à cause de son excès de Frosties. Et l’autre coté Balboa qui s’entraîne devant les gens, et fait du merchandising. Le pire c’est la dégaine de Rocky, son bandana et son short Jaune. Il chante, danse mais tout va vite revenir à la (street) réalité.
Le jour J. Rocky fait le beau. Clubber lang a apparemment avalé plusieurs palettes de Frosties. Dans les couloirs, quelques secondes avant le match ça part en vrille, et les deux boxeurs se provoquent et se bousculent. Mickey qui se trouve au milieu de tout ça, chute et fait un malaise cardiaque. Il est accompagné dans les vestiaires et reste allongé. Rocky pense à annuler le match mais le vieux monsieur lui tape un coup de pression. Rocky va affronter son challenger, mais il a oublié une chose dans les vestiaires, ses testicules. Les deux adversaires se retrouvent face à face sur le ring. Et Rocky baisse la tête, direct ! Clubber Lang, lui est plus chaud que jamais. Et advient ce qui devait arriver. Rocky est mis KO, Lang est champion !
Et là c’est le double drame ! Mickey meurt dans les vestiaires, et rocky pleure devant nous ! Et y a cette musique triste. Enterrement de Mickey. Il a perdu une partie de lui, Rocky traine dans les rues de Philadelphie. Le truc c’est qu’il est en colère après son entraîneur. Il se rend compte que finalement sa vie était un château de cartes. Clubber Lang l’a juste ramené à la réalité. Puis rebondissement, alors que Rocky a rodé dans la ville toute la journée, qu’il a jeté son casque contre sa propre statut, il entre dans la salle, on entend la voix de…de… pas de Mickey ! d’Appolo !!!! Appolo Creed, son ancien adversaire, qui vient lui redonner espoir. Truc de ouf ! Appolo veut gratter des tunes à Rocky ou quoi, je me suis dit. Mais non ! Appolo c’est un mec bien, la preuve c’est qu’il emmène Rocky et sa petite famille à Los angeles. Et il n’a qu’un but que Rocky retrouve l’œil du tigre…
Le boxeur ne croit plus en lui. Il tente mais n’est pas là. Et ça Apollo le voit mais tente de ne pas en tenir compte. Puis c’est le comble, Rocky n’a plus rien. Apollo motivé, s’emporte et décide d’arrêter. Heureusement Virginie Lattenzio… Non, Adrianne vient voir rocky sur la plage et c’est le grand moment. Rocky avoue qu’il a peur ! Qu’il a peur de tout perdre! Rocky qui se souvient qu’il a oublié ses testicules dans les vestiaires, décide d’aller les chercher. Puis c’est parti ! Musique avec les trompettes. Rocky se remet dans le truc. J’ai tellement kiffé leurs footings sur la plage que j’ai eu l’impression d’avoir été aussi à L.A. Après plusieurs jours, l’intensité monte, Rocky a fondu, et nos deux potos se tapent des lignes droites sur la plage. La scène finale, il se saute dans les bras l’un de l’autre ! Mais une chose ! Les mecs c’est quoi ces Tee Shirt coupés au ventre ?
Tu connais la fin. Rocky revient avec un corps de ouf. Non, pas parce qu’il s’est entrainé à L.A mais parce qu’il a pris des produits. Je te jure ils l’ont attrapé quelques années plus tard. Rocky c’est un drogué, enfin il consomme des produits chelou pour nous faire rêver. Et il cogne Clubber Lang. Voilà, Rocky est de nouveau champion. Après ce volume, je n’ai pas kiffé les autres épisodes avec le russe, son poulain, ou encore qu’il revienne sur le ring à 60 balais.
Rocky m’a fait rêver, et je peux te dire qu’on en a tapé des délires. Demandes à Kamel Amrane, à six heures du mat au parc de la Courneuve, à se refaire un remake d’Appolo et Rocky sur la plage de L.A. Sauf que nous on portait pas de Tee shirt bizarre…Enfin je crois !
Après Rocky il est remonté trois fois sur le ring, mais on en parlera une autre fois…
Publié par rachidsantaki
1983. L’année de mes dix piges, l’époque aussi où Madonna cartonne avec Holiday, David Bowie met tout le monde d’accord avec Let’s Dance et que Michael va bouleverser la musique avec Thriller. Sur le grand écran, Belmondo pète les scores avec “Le Marginal” et “Le Retour Du Jedi” attire les foules. Je vis à Saint Ouen (93), l’école Bachelet, la boulangerie et le marchand de journaux sont mes repères. Je lis les revues Strange avec les épisodes d’Iron Man, Spiderman et Dardevil dans la librairie. On n’a pas de loisir, si ce n’est que jouer de temps en temps dans la cours, et parfois le centre de loisir. A la maison, on est gamin et on ne voit pas les tensions entre nos parents. Mercredi après midi : mon frère et moi sommes en train de nous taper pour le dernier morceau de sucre (Il veut m’empêcher de préparer mon goutter préféré le pain « beurre cacao sucre » (une version discount du Nutella). Chère copine et copain lecteur, toi aussi t’as surement connu ça…
Alors que mon frère est en panique pour les habitants de la terre, le rebeu chinois du générique (en fait c’est lui X-Or mais on le sait pas) dans un ensemble moulant blanc comme celui de mon Big Jim, qui conduit un vaisseau spatial de ouf, reçoit un message. Il doit aller défendre la terre. Le mec super chaud débarque avec la C.T.E (La Cabine De Transfert de L’espace). En quelques coups de manettes, il réduit à néant les méchants. Le vaisseau a le laserotor, un laser qui peut te toucher même si t’arrives au dessus du vaisseau d’X-Or, je sais pas si tu vois le délire ? En gros tu peux pas couiller X-Or… Et crois moi que les C-Rex avec leur tête de mouche bizarre et leur Bomber’s ne font pas long feu, les derniers s’échappent comme des lâches. Tu l’as peut être pas compris, et c’est que t’as pas écouté la chanson, X-Or c’est un shérif de l’espace. Il est membre de l’union des polices inter galactiques, en gros on kiffe sur un flic, un keuf quoi !
Alors qu’il vient de détruire et balancez aux C-Rex qui sont déjà morts - Quand vous voudrez ! Y a la meuf d’X-or qui débarque : Bimmy. Truc de ouf… Elle part sans l’autorisation du docteur Com. En gros, Bimmy est une fugueuse. Et elle fait une phase de ouf, laserovision et se transforme en perruche ! Malgré le fait qu’X-or lui dit qu’il va sur la terre, elle veut le suivre pour aussi se taper. Franchement, Jamel n’a rien inventer avec Kadera, puisqu’en 83 y a eu Bimmy. Sauf qu’elle portait pas de Lacoste. Bimmy fuguera vraiment de la série, et réapparaitra vers les derniers épisodes. Mon frère me demandait souvent le mercredi soir dans la chambre, avec une voix désespérée, tu crois qu’elle reviendra Bimmy ?
Youpi l’école est finie. Et j’attends les résultats des examens BAC Pro comptabilité. La vérité, copine et copain lecteurs, c’est que je n’ai jamais ouvert un cahier, alors je n’espère pas que le BAC m’ouvre ses bras. Je n’attends qu’une chose, me barrer à Marrakech, retrouver la famille, les sorties et le soleil. Le week-end, je travaille au Ritz. Et la semaine aussi. Là-bas, j’ai fais connaissance d’un type comme moi, comme toi. Mohamed A. Il deviendra mon ami, on se tape quelques sorties comme Le Fun Raï, des virées sur Paris et on se raconte nos vies. Lui, à Noisy, et moi à Saint Ouen. Notre quotidien se résume à la musique, la famille, les barres de rire (même si on n’est pas marrant) et les cicatrices.
Alors qu’on est au taff, Mohamed me parle d’un film : La Haine. Hier soir, il est parti le voir au ciné, et m’a raconté que le film l’a scotché. A la fin, un silence de mort. Normal, il me dit que Vinz s’est fait tué, et le public s’est levé puis a applaudi pendnat quelques minutes. Il m’a dit avoir été touché par la tranche de vie,de ces trois gars de té-ci. Malika aussi, m’a raconté le film. Elle a kiffé. La Haine m’intrigue, les jours passent et nous sommes arrivés au Jour J. Les résultats du BAC sont affiché à Louise Michel, un lycée professionnel d’Epinay sur Seine. Pas de BAC pour Mehdi, moi et pas mal d’autres de mes camarades de classe. Mon pote m’a téléphoné pour me l’annoncer, car la vérité, l’école c’est définitivement fini. L’année prochaine je n’irai plus étudier, je rentrerai dans la vie active. Je ferai ce qu’y a : manutentionnaire comme mon père, ou chauffeur livreur.
La Haine, j’ai du le regarder une bonne dizaine de fois. Lors de mes insomnies à des heures pas possibles, et je me retrouvais avec les trois personnages principaux à galérer. T’as du kiffer avec la scène du Skinhead, et comment le type s’est chié dessus. Une revanche sur ce sentiment d’impuissance. On s’est forcément reconnu, parce que combien de fois avec mes potes nous sommes rentrés à pieds ? Combien de fois avec les meufs on nous a mis des râteaux parce qu’on était des « énervés » ? Et combien de fois on a écouté un p’ti nous raconter que de la merde ? Y a bien sur la mort dans ce film celle de Abdel Ichaha, et de Vinz, tous deux sont partis suite à une bavure policière. Cela te rappelle surement ce sentiment, une annonce, celle du départ d’un être cher ou que tu connais bien. Et un silence, celui de la peine, de la douleur. La haine, ça t’as parlé, nous a parlé, ça leur a parlé parce que pour une fois il pouvait comprendre les maux des mecs de quartiers, et quelque part le ressentir. Parait que Juppé, alors premier ministre à l’époque a organisé une projection aux membres du ministère de l’intérieur, qui se seraient tournés en signe de protestation sur ce que soulevait le film : Les dérapages de la police. La Haine a remporté des prix, celui du meilleur montage, meilleur producteur, meilleur film.
Plus tard, j’ai rencontré les gens du film. Said Taghmaoui, pour le mettre en invité dans 5styles, le mec connaissait mes potes de Wrung. Et la vérité c’est que je me demande comment un mec comme Kassovitz a pu réaliser ce film ? Il avait voulu qu’NTM soit sur la bande son, et avait soumis l’idée à Joeystarr de prendre les bandes d’un de leur titre chez Epic. La moitié d’NTM l’a remballé, véridique, Didier Morville nous l’a dit. Kassovitz, je l’ai même rencontré dans le cadre de mon travail, pour faire son interview, et il avait cette image d’un type déconnecté. Quoi qu’il en soit, La Haine, restera un classique du cinéma, malgré les critiques, et certaines réalités. Une mention spéciale à Saïd, et Vinz. Et aussi à Hubert qu’on a du coup moins revu, mais qu’on entend toujours – Le plus dur c’est pas la chute mais l’atterrissage – Je finirai par ce que j’ai dis dans mon livre, (ndla La Petite Cité Dans La Prairie) Hubert, – Le plus dur ce n’est pas l’atterrissage, mais le décollage… Parce qu’avant de chuter faut peut être atteindre le sommet.
1988. C’est l’année ou Jean Marc Barr nous plonge en apnée dans Le Grand Bleu. Et pour les plus gangsta c’est l’année de Colors avec Sean Penn. Musicalement, j’écoute Bad, car je suis en retard. Et je péta les cassettes à mon daron de Jackson, et Kool and The Gang. Cette année là, je découvre Voltage FM qui passe de la funk, et qui depuis s’est perdue dans la dance et la techno (R.I.P).

1985. J’avais douze ans, j’aimais jouer dehors avec mes frères. L’allée de notre résidence à Saint Ouen (93) était paisible sûrement parce qu’il y avait pas mal de personnes âgées comme madame Corbeille, et son fils handicapé. Son logement se trouvait au rez-de-chaussée, et souvent avec mes tirs, ma balle terminait en plein dans son carreau. Pour nous, la période de l’été c’était stylé, pour elle, ça l’était moins… Tu l’auras compris copain et copine lecteur, le tue-temps préféré des gosses du quartier était le ballon. On était plusieurs familles, Les Bouissouira, Teddy Hubert, et mes deux frères. Après avoir passé toute la journée en bas de chez nous, ma mère nous appelait pour rentrer, et manger. On trainait avant de remonter et à vingt heures passé, elle s’emportait – Rentrez bande de pourceaux, c’est l’heure ! J’en ai marre rentrez tout de suite ! – On obéissait, car on craignait qu’elle fasse appel au « boss », mon père.
Ma mère aimait bien la série, et elle regardait aussi. Même si cela peut paraître marrant, mais quand Manimal, enfin Jessie se transformait, y avait un effet spécial et dingue (pour l’époque bien sur). On voyait sa main, et les veines qui gonflaient. La main noircissait et des poils poussaient. Jonathan s’était transformé en panthère. Ma mère se tournait, elle était écœurée de le voir se transformer. Lors de la transformation, on ne voyait que sa tête et ses mains. Et c’est vrai qu’il faisait flipper car il ressemblait dans un premier temps à une peluche et ensuite une poupée de cire. Nous on kiffait, on rêvait d’avoir son pouvoir mais mon père n’était pas le sien.
On est dimanche après midi. C’est le jour où mon père va au PMU vers midi et demi, et revient pour qu’on mange tous en famille. Souvent ma mère cuisine des légumes verts, parce que c’est juste une boite de conserve à ouvrir, et un gigot à mettre au four. Un grand moment, le dimanche. On regarde la télé : « Starsky et Hutch », « achipé achopé », et on finit l’après midi en bas de chez moi à Saint Ouen, à jouer avec les voisins. Au bout de quelques heures, ma mère nous appelle – C’est l’heure de rentrer ! –
« Marrakech »(que des petits plaisantins appellent Arnakech), ce sont des émissions sur M6 avec des riads à 30 000 € (depuis cette émission les riads coutent 300 000 €, merci gros bât*** d’Emmanuel Chain !!), les soirées de P.Diddy avec Jamel Debouzze, les jets setters, Le Pacha discothèque… Mais c’est surtout la ville de mon daron, et ça personne n’en parle ! En dehors de ce coté strass et paillette, à Marrakech, il y avait ce coté stress à perpét’ parce que môme, on n’avait qu’une phobie, ne pas aller en été à Marrakech ! Le bled dans un premier temps, c’était un moyen pour mes parents d’envoyer pendant deux mois en vacances une famille nombreuse, à moindre frais. A l’époque nous n’avions pas la fameuse 504 « Pigeot ». On avait la Renault 18 break GTD, bleu marine avec les vitres électriques. Je sais que ça te fait golri, mais en 1986, c’était l’équivalent du Porsche Cayenne. Le père de mon pote Hicham L. conduisait une Renault 21 break Nevada, le classique des darons et les moins chanceux s’entassaient entre les frigos récupérés, les pneus usagés de tracteurs (aussi récupérés) dans l’utilitaire de leur father (pour ceux qui ne connaisse pas l’anglais et Dora prononcez Fazeur). Quand tu vas au bled, il y a une règle ! Tu n’y vas pas les mains vides. Alors pour débarquer mon père achetait des cadeaux, enfin un cadeau… Du thé, du thé et encore du thé. Non, je mens quand j’écris ça, car mon daron prenait aussi du café, attention pas n’importe lequel celui en promo de chez promo. Le butin se divisait entre membres de la famille. Rien que pour les cinquante kilos de thé et de café tu ne pouvais pas prendre l’avion. Puis vu le prix du billet à cette époque, c’était quasi impossible. Après le plein de super cadeaux, c’était l’heure de prendre la route. Mon père faisait péter les watts avec Kool & The Gang, Chic, The Whispers et Michael Jackson. Et on faisait les choristes sur tout le trajet, je ne rentrerai pas dans les détails… C’est grâce à mon daron que j’ai découvert les albums du king de la pop : Of The Wall, Thriller et Bad. Il enchainait le trajet en 24 h00, avec comme co-pilote ma daronne. L’un des moments fort du trajet, c’est la douane au Maroc. Les douaniers portaient un costume bleu foncé, et toujours une big moustache. D’ailleurs on savait qu’on était au Maroc car on voyait des grosses moustaches partout ! Au poste de douane, les autres familles patientaient chargées avec des baignoires, des chaises ou au pire des étagères en bois. Mon père était généreux avec les douaniers, il oubliait à chaque fois un billet dans le passeport. J’ai compris plus tard pourquoi…
Quand t’es un mec de cité, t’as une principale difficulté dans la vie. Cette difficulté ce sont les meufs ! Et oui ! Traîner à plusieurs fait peur à la gente féminine, et j’parle même pas du fait que t’aies une tête de ouf… Si copain lecteur tu n’as pas cette difficulté, soit t’es un BDM (Bouffon Des Meufs), soit t’es pas un mec de cité…Ou autre hypothèse t’es avec une meuf de CPPN*. Pour ma part et surtout pour me disculper des lignes qui vont suivre, j’étais un BDM et en plus pas vraiment un mec de cité.Beaucoup de mecs de la région parisienne ont passé leurs soirées à la foire du trône, à la crêpe de Montmartre, ou sur les champs. Mais il y a un endroit que beaucoup d’entre eux ne te citeront pas : Le bois de Boubou dit dans le jargon « la forêt de Sherwood ». Une attraction que les gens de province ne connaissent pas et ne peuvent pas comprendre…
1990, Saint Ouen, Lycée Blanqui. Le conseil de classe de seconde est terminé, et la nouvelle vient de tomber : Je dois redoubler, ou être réorienté…Attends copain et copine lectrice je t’explique ce que je kiffe…(Non, je l’ai déjà utilisé la rime de Kool Shen…) où ça se complique. Un palmarès de cancre : CP redoublé, 5eme redoublée et voilà qu’après être revenu dans le circuit général bien que la conseillère d’orientation aie réussi à m’orienter en 4eme techno, je suis face au mur de l’éducation nationale. Pas grave, je me barre en vacances au Maroc à mon retour et je chercherai une solution…
