Les séries Sankukaï et Spectroman ont connu un gros succès et leur diffusion a cessé. Récré A2 prend de plus en plus d’ampleur et c’est Dorothée qui anime avec ses amis. Plus tard, elle trahira la chaîne pour briller sur TF1 avec le club Do’ mais ça copine et copain lecteurs c’est une autre histoire.
1983. L’année de mes dix piges, l’époque aussi où Madonna cartonne avec Holiday, David Bowie met tout le monde d’accord avec Let’s Dance et que Michael va bouleverser la musique avec Thriller. Sur le grand écran, Belmondo pète les scores avec “Le Marginal” et “Le Retour Du Jedi” attire les foules. Je vis à Saint Ouen (93), l’école Bachelet, la boulangerie et le marchand de journaux sont mes repères. Je lis les revues Strange avec les épisodes d’Iron Man, Spiderman et Dardevil dans la librairie. On n’a pas de loisir, si ce n’est que jouer de temps en temps dans la cours, et parfois le centre de loisir. A la maison, on est gamin et on ne voit pas les tensions entre nos parents. Mercredi après midi : mon frère et moi sommes en train de nous taper pour le dernier morceau de sucre (Il veut m’empêcher de préparer mon goutter préféré le pain « beurre cacao sucre » (une version discount du Nutella). Chère copine et copain lecteur, toi aussi t’as surement connu ça…
En pleine baston de chiffons, alors que le dessin animé qui fout le cafard Watoo watoo s’achève, un générique nous interpelle, et le chanteur nous met dans l’ambiance direct !
…X-Or, le shérif, shérif de l’espace !
…X-Or, son domaine, c’est notre galaxie !
Après avoir fait la paix entre refrés, on se cale illico dans le canapé et on regarde le générique : un mec en métal qui claque, un 4×4 rouge qui slalome entre des explosions, et de la vraie tape ! Le mec en cuir marron, un rebeu-chinois avec des gros cheveux fait comme nous il se roule dans la terre et fait des sauts de karaté. Sa meuf, une chinoise en mini jupe avec un casque de l’an 2000 nous fait kiffer ! Son vaisseau apparaît avec un dragon en métal qui se détache et envoi des rayons lasers. Une tuerie. Ça va être chaud ! me dit mon refré heureusement qu’on a fait la paix (ce qu’il ne sait pas c’est que je vais lui casser la figure dès la fin de cette série !)

La cerise de la série c’est sa bécane rouge, on a jamais vu ça et là c’est pas un dessin animé genre Albator, Capitaine Flam etc. X-Or c’est pour de la vraie ! Je m’imagine déjà à mes dix huit printemps aller au travail avec cette moto de l’an 2000, et aller chercher mes gosses et ma femme avec.
La série débute et une équipe de gamins jouent au foot. Un vieux monsieur prend le journal. On découvre alors qu’en Chine les mecs sont déjà dans l’espace alors qu’à Saint-Ouen nous marchons avec les basket du ché-mar. Après que le gars finit de lire le journal à un des gamins, on découvre le fief des C-rex et leur chef une statue avec un visage au niveau du torse (juste au cas où tu ne sais pas à quoi ressembles un C-rex, c’est un mec avec une tête de mouche avec du rouge, et qui porte un bomber’s). Les C-rex habitent super loin de la terre, mais ils bougent en vaisseaux spatiaux. C’est vite fait pour rejoindre notre planète. Les méchants débarquent direct et détruisent la station spatiale… Mon frère et moi sommes dégouttés… Ils détruisent la station spatiale ainsi que la Chine. D’ailleurs tout ce que disent les victimes de leur attaque, c’est : Mais qu’est ce que ça peut être ??
Mon frère et moi on crient devant la télé : sauvez vous ce sont les silex !!!
(Attends arrête de golri, la phonétique de C-Rex faut avoir fait 5 ans d’anglais ou être un cainri)
Alors que mon frère est en panique pour les habitants de la terre, le rebeu chinois du générique (en fait c’est lui X-Or mais on le sait pas) dans un ensemble moulant blanc comme celui de mon Big Jim, qui conduit un vaisseau spatial de ouf, reçoit un message. Il doit aller défendre la terre. Le mec super chaud débarque avec la C.T.E (La Cabine De Transfert de L’espace). En quelques coups de manettes, il réduit à néant les méchants. Le vaisseau a le laserotor, un laser qui peut te toucher même si t’arrives au dessus du vaisseau d’X-Or, je sais pas si tu vois le délire ? En gros tu peux pas couiller X-Or… Et crois moi que les C-Rex avec leur tête de mouche bizarre et leur Bomber’s ne font pas long feu, les derniers s’échappent comme des lâches. Tu l’as peut être pas compris, et c’est que t’as pas écouté la chanson, X-Or c’est un shérif de l’espace. Il est membre de l’union des polices inter galactiques, en gros on kiffe sur un flic, un keuf quoi !
Alors qu’il vient de détruire et balancez aux C-Rex qui sont déjà morts - Quand vous voudrez ! Y a la meuf d’X-or qui débarque : Bimmy. Truc de ouf… Elle part sans l’autorisation du docteur Com. En gros, Bimmy est une fugueuse. Et elle fait une phase de ouf, laserovision et se transforme en perruche ! Malgré le fait qu’X-or lui dit qu’il va sur la terre, elle veut le suivre pour aussi se taper. Franchement, Jamel n’a rien inventer avec Kadera, puisqu’en 83 y a eu Bimmy. Sauf qu’elle portait pas de Lacoste. Bimmy fuguera vraiment de la série, et réapparaitra vers les derniers épisodes. Mon frère me demandait souvent le mercredi soir dans la chambre, avec une voix désespérée, tu crois qu’elle reviendra Bimmy ?
On apprend par la voix off (tu sais c’est le mec qui aime raconter sa vie pendant la série) que la mère et le père d’X-Or viennent de la planète des oiseaux. Plus tard, j’ai appris que les scénaristes de la série nous ont menti, il n’y a jamais eu de planète des oiseaux, et encore moins de base spatiale ! C’était une banane spatiale ! Dire qu’Amstrong a peut être fait la même avec des millions de téléspectateurs… E t qu’il n’a jamais marché sur la lune !
Bref, X-Or est donc un mec qui défend la terre, et le moment le plus fort de la série pour nous les mecs, c’est bien sur la transmutation. En un centième de seconde, il prend la forme d’un robot. Pour ceux qui n’ont pas suivi la série, X-Or fait un mouvement qui appelle son vaisseau spatiale et qui lui envoi par ondes magnétiques son scaphandre de combat. Quand t’as dix ans, tu peux te faire carna facilement. Et j’aimerai que les producteurs de la série, répondent à plusieurs de mes questions ! Pourquoi X-Or tenait un néon et vous nous avez fait croire que c’était un laserolame ? Pourquoi X-Or n’a jamais été aux toilettes en plus de cinquante épisodes ? Pourquoi on ne voit jamais son vaisseau spatiale s’arrêter à une station essence ? Pourquoi vous avez laissé le fondateur de robocop vous pomper l’armure à X-Or ?
X-or va débarquer sur terre, et s’appellera Gordan. Il travaille dans un ranch et en même temps de protéger les habitants de la terre, il cherche son daron. Le truc qu’on a kiffé au delà de sa voiture, et ses nombreux accessoires de dingue, c’est qu’Xor aimait les enfants et les défendaient. Et c’est ce qu’on kiffait avec lui. Bien sur, le fait qu’il était quelqu’un de bien c’était cool, mais on voulait avant tout de la violence, de la bagarre. Et X-Or nous en donne. Y a cet épisode où les C-Rex décident de le canner, mais ce mec était trop speed. A chaque fin d’épisode, il était dans un monde parallèle a se taper et à découper au laserosabre le boss des C-rex. Le laserosabre est une arme de dingue, mais en réalité les mecs ont juste utilisé un néon, le même qui éclairait la cuisine de chez moi. super !
Plus tard, j’ai appris que l’acteur n’était pas un rebeu chinois, mais un japonais et qu’il s’appelait Kenji Ohba. Il a participé à sankukaï, c’est lui qui assurait les cascades de Starros (le personnage habillé en rouge), d’ailleurs après X-Or il a jouén dans des téléfilms, et même des films. On a pu le voir dans le Kill Bill. Aujourd’hui, il dirige la Japan Action Club une école de cascade au Japon.
La série va nous faire rêver, et bien entendu les C-rex vont se faire mettre à l’amende au bout d’une quarantaine d’épisodes. Après X-Or, y a une autre version plus hype Sharivan, un cousin à lui en plus pimpant et rouge, mais on a décroché. L’année d’après les Bioman et compagnie ont débarqué mais rien ne valait X-or et ça les vrais te le diront.
PS : Si t’as bien aimé cet article, je te demanderai de faire tourner l’adresse de mon blog à dix personnes autour de toi, en contrepartie je t’offrirai un goutter beurre sucre cacao (le blog n’a pas de budget désolé).
Bande Son :
Billie Jean – Michael Jackson
Dès Que Le Vent Soufflera – Renaud
Holiday – Madonna
Eye Of The Tiger – Survivor
Publié par rachidsantaki 
Dans le générique, je vois la silhouette d’un mec balaise avec à la place du bras gauche, un canon laser. En plein générique, alors que je suis assis dans le canapé, le type défouraille direct ! L’épisode commence. Le mec qui vit dans le futur, les années 2000 (Je pense que toi aussi tu pensais que ce serait comme ça en 2000… Et oui, on s’est fait carna). Johnson, un smicard de l’espace est réveillé par son robot, alors qu’on est dimanche. Du coup, après avoir pris un café, le jeune homme se demande ce qu’il va faire aujourd’hui. Il se paye un ticket pour la maison des rêves, et il s’évade en devenant un pirate de l’espace, cobra. En réalité, Johnson ne fait que se souvenir qui il est, cobra. Il revoit sa vie passée, avec son lot de bastons, de trésor et de meufs. Un peu grande gueule, Johnson, emballé par cette expérience et son rêve se vante au casino d’être le fameux cobra, un pirate de l’espace. Après avoir remporté un paquet de fric, le patron du casino le convoque. De là, il se fait embrouiller par les videurs qui cherchent à le tuer, alors que les deux molosses sont sur le point de l’achever, le type découvre qu’il a une arme fatale dans son bras gauche, et leur fais un trou. Impressionnant ! C’est en panique qu’il se sauve chez lui. Mais le patron du Casino qui a découvert que c’est Cobra et qui le cherche depuis cinq ans décide de le tuer. Au final, Cobra l’abat et sous son robot domestique, se cache Armanoïde, une meuf en métal, et fidèle compagne d’arme.
Johnson qui se plaignait de sa routine, réalise que sa vie était plus qu’agitée auparavant. Il reprend la route de l’espace, (ce qui me parait chelou et peu crédible avec du recul, c’est que le type quitte sa vie, et ne pense même pas à faire le nécessaire pour toucher les Assedics) Si les premiers épisodes sont soft, la suite va me mettre en haleine. Cobra au delà d’être un dessin animé moderne, pour l’époque, fait sortir notre coté dalleux. Cobra, est un sadique, au même titre que Nicky Larson. Et du coup, nous aussi. Je me souviens que Marc, un de mes camarades de classe, n’en pouvait plus sur Jane, et Domnique. Un autre de mes potes sortir qu’avec des blondes. Quand à moi, je suis retourné le lendemain au collège, en me disant que j’avais perdu la mémoire et que j’étais moi aussi un pirate de l’espace. La vérité, j’étais juste un galérien de l’espace, mais à défaut d’avoir Dominique j’avais Evelyne, et Linda. Bon c’est vrai elles ne me calculaient pas, mais c’est une autre histoire. (ça te fait rire ? je vais te filer une paire de lunette Plasma, des Americana, et des gros cheveux, tu feras moins le malin !)
Cobra, m’a fait kiffer, car il avait de l’humour, et surtout que c’était un mec humble, et un chaud. Un vrai héros, presque comme moi à l’époque. Tous les aficionados du mec le plus chaud de l’espace te le diront, les épisodes les plus fous étaient bien entendu ceux avec la compétition de Rugball. Un sport violent entre le baseball, et le football américain avec aucune règle, puisque tous les coups sont permis. Parmi les membres de l’équipe, un grand nombre d’entre eux resteront sur le carreau. Je tiens à souligner qu’y avait des têtes qui faisaient flipper… Y a eu bien sur les épisodes de ouf comme l’homme de verre, et aussi Salamandar. D’ailleurs, Cobra ira retrouver deux de ses potos super chauds pour affronter ce redoutable ennemi. La série s’est terminée après m’avoir fait kiffer, bon bien sur à la fin de l’année j’aurai bien voulu avoir un canon laser, quand au conseil de classe, on a décidé de me faire redoubler. Mais ça c’est une autre histoire.
Youpi l’école est finie. Et j’attends les résultats des examens BAC Pro comptabilité. La vérité, copine et copain lecteurs, c’est que je n’ai jamais ouvert un cahier, alors je n’espère pas que le BAC m’ouvre ses bras. Je n’attends qu’une chose, me barrer à Marrakech, retrouver la famille, les sorties et le soleil. Le week-end, je travaille au Ritz. Et la semaine aussi. Là-bas, j’ai fais connaissance d’un type comme moi, comme toi. Mohamed A. Il deviendra mon ami, on se tape quelques sorties comme Le Fun Raï, des virées sur Paris et on se raconte nos vies. Lui, à Noisy, et moi à Saint Ouen. Notre quotidien se résume à la musique, la famille, les barres de rire (même si on n’est pas marrant) et les cicatrices.
Alors qu’on est au taff, Mohamed me parle d’un film : La Haine. Hier soir, il est parti le voir au ciné, et m’a raconté que le film l’a scotché. A la fin, un silence de mort. Normal, il me dit que Vinz s’est fait tué, et le public s’est levé puis a applaudi pendnat quelques minutes. Il m’a dit avoir été touché par la tranche de vie,de ces trois gars de té-ci. Malika aussi, m’a raconté le film. Elle a kiffé. La Haine m’intrigue, les jours passent et nous sommes arrivés au Jour J. Les résultats du BAC sont affiché à Louise Michel, un lycée professionnel d’Epinay sur Seine. Pas de BAC pour Mehdi, moi et pas mal d’autres de mes camarades de classe. Mon pote m’a téléphoné pour me l’annoncer, car la vérité, l’école c’est définitivement fini. L’année prochaine je n’irai plus étudier, je rentrerai dans la vie active. Je ferai ce qu’y a : manutentionnaire comme mon père, ou chauffeur livreur.
La Haine, j’ai du le regarder une bonne dizaine de fois. Lors de mes insomnies à des heures pas possibles, et je me retrouvais avec les trois personnages principaux à galérer. T’as du kiffer avec la scène du Skinhead, et comment le type s’est chié dessus. Une revanche sur ce sentiment d’impuissance. On s’est forcément reconnu, parce que combien de fois avec mes potes nous sommes rentrés à pieds ? Combien de fois avec les meufs on nous a mis des râteaux parce qu’on était des « énervés » ? Et combien de fois on a écouté un p’ti nous raconter que de la merde ? Y a bien sur la mort dans ce film celle de Abdel Ichaha, et de Vinz, tous deux sont partis suite à une bavure policière. Cela te rappelle surement ce sentiment, une annonce, celle du départ d’un être cher ou que tu connais bien. Et un silence, celui de la peine, de la douleur. La haine, ça t’as parlé, nous a parlé, ça leur a parlé parce que pour une fois il pouvait comprendre les maux des mecs de quartiers, et quelque part le ressentir. Parait que Juppé, alors premier ministre à l’époque a organisé une projection aux membres du ministère de l’intérieur, qui se seraient tournés en signe de protestation sur ce que soulevait le film : Les dérapages de la police. La Haine a remporté des prix, celui du meilleur montage, meilleur producteur, meilleur film.
Plus tard, j’ai rencontré les gens du film. Said Taghmaoui, pour le mettre en invité dans 5styles, le mec connaissait mes potes de Wrung. Et la vérité c’est que je me demande comment un mec comme Kassovitz a pu réaliser ce film ? Il avait voulu qu’NTM soit sur la bande son, et avait soumis l’idée à Joeystarr de prendre les bandes d’un de leur titre chez Epic. La moitié d’NTM l’a remballé, véridique, Didier Morville nous l’a dit. Kassovitz, je l’ai même rencontré dans le cadre de mon travail, pour faire son interview, et il avait cette image d’un type déconnecté. Quoi qu’il en soit, La Haine, restera un classique du cinéma, malgré les critiques, et certaines réalités. Une mention spéciale à Saïd, et Vinz. Et aussi à Hubert qu’on a du coup moins revu, mais qu’on entend toujours – Le plus dur c’est pas la chute mais l’atterrissage – Je finirai par ce que j’ai dis dans mon livre, (ndla La Petite Cité Dans La Prairie) Hubert, – Le plus dur ce n’est pas l’atterrissage, mais le décollage… Parce qu’avant de chuter faut peut être atteindre le sommet.
1985. J’avais douze ans, j’aimais jouer dehors avec mes frères. L’allée de notre résidence à Saint Ouen (93) était paisible sûrement parce qu’il y avait pas mal de personnes âgées comme madame Corbeille, et son fils handicapé. Son logement se trouvait au rez-de-chaussée, et souvent avec mes tirs, ma balle terminait en plein dans son carreau. Pour nous, la période de l’été c’était stylé, pour elle, ça l’était moins… Tu l’auras compris copain et copine lecteur, le tue-temps préféré des gosses du quartier était le ballon. On était plusieurs familles, Les Bouissouira, Teddy Hubert, et mes deux frères. Après avoir passé toute la journée en bas de chez nous, ma mère nous appelait pour rentrer, et manger. On trainait avant de remonter et à vingt heures passé, elle s’emportait – Rentrez bande de pourceaux, c’est l’heure ! J’en ai marre rentrez tout de suite ! – On obéissait, car on craignait qu’elle fasse appel au « boss », mon père.
Ma mère aimait bien la série, et elle regardait aussi. Même si cela peut paraître marrant, mais quand Manimal, enfin Jessie se transformait, y avait un effet spécial et dingue (pour l’époque bien sur). On voyait sa main, et les veines qui gonflaient. La main noircissait et des poils poussaient. Jonathan s’était transformé en panthère. Ma mère se tournait, elle était écœurée de le voir se transformer. Lors de la transformation, on ne voyait que sa tête et ses mains. Et c’est vrai qu’il faisait flipper car il ressemblait dans un premier temps à une peluche et ensuite une poupée de cire. Nous on kiffait, on rêvait d’avoir son pouvoir mais mon père n’était pas le sien. 
1983. Saint Ouen (Seine Saint Denis), école primaire Bachelet. Je suis élève en CM2. Mon instituteur c’est monsieur Boudy. Il a une énorme calvitie, en gros il a perdu ses cheveux ! En plus de ça il porte des grosses lunettes. Pire, il a une de ces moustaches du bled ! Mais bon monsieur Boudy , y a quand même des meufs de ma classe qui trouvent le moyen de le kiffer. J’comprendrais jamais les meufs. Monsieur Boudy, c’est lui aussi un mec à l’ancienne car il porte une blouse bleue comme dans les usines Citroên. Dans ma classe y avait Samir et Mustapha (j’ai mis « et » car ils étaient inséparables). Virginie Lattenzio, elle c’était ma fiancée de l ‘époque sauf qu’elle m’aimait pas. C’est pour ça qu’on s’est jamais marié au bled. Pour une fois mon père ne me fait pas smurfer avec la ceinture, je suis pas le dernier de la classe, j’te rassure ni le premier. Je commence à aimer l’école. Quand je lis, je fronce les sourcils parce que je vois flou. Oui, copine et copain lecteur je sais ce que tu te dis. Il est fou Afflelou.
En plus à l’école c’est chaud. D’une parce qu’on pense que t’es un intello, alors tout le monde gruge sur ta copie. Au final après les premiers devoirs, la moyenne de la classe chute. De deux, t’es ce qu’on appelle dans le jargon, un GROS bouffon. Ben ouais, un mec avec des lunettes on a ce cliché qu’il ne se tape jamais. Attends j’ai tout de suite prouvé que c’était qu’un cliché, je me suis tapé avec Laetitia Fournier et elle m’a couché…Enfin non juste fais saigner du nez…Mais Linda Larrouy m’a ensuite soigné.
Quand t’es un mec de cité, t’as une principale difficulté dans la vie. Cette difficulté ce sont les meufs ! Et oui ! Traîner à plusieurs fait peur à la gente féminine, et j’parle même pas du fait que t’aies une tête de ouf… Si copain lecteur tu n’as pas cette difficulté, soit t’es un BDM (Bouffon Des Meufs), soit t’es pas un mec de cité…Ou autre hypothèse t’es avec une meuf de CPPN*. Pour ma part et surtout pour me disculper des lignes qui vont suivre, j’étais un BDM et en plus pas vraiment un mec de cité.Beaucoup de mecs de la région parisienne ont passé leurs soirées à la foire du trône, à la crêpe de Montmartre, ou sur les champs. Mais il y a un endroit que beaucoup d’entre eux ne te citeront pas : Le bois de Boubou dit dans le jargon « la forêt de Sherwood ». Une attraction que les gens de province ne connaissent pas et ne peuvent pas comprendre…
C’est la fin du mois de juillet. L’année scolaire est terminée depuis plus d’un mois et ma fiancée de l’époque Virginie L. est en Italie, Bruno G quelque part en France avec ses parents, et moi ? Pas de Bled pour cette année, pour nous c’est Saint Ouen Plage. L’avantage de rester dans sa ville en été quand tu es un gamin de neuf ans ? Il n’y en a pas !!! Le programme est donc limité. Le matin c’est en bas de chez nous à jouer, rejouer et re-rejouer au foot. Mais après quelques jours à refaire les matchs de la coupe du monde jusque tard le soir, soit on en a marre, soit le ballon en a marre. Notre voisine, la vieille du Rez de Chaussée en a aussi marre que le ballon heurte son carreau quand on loupe nos tirs.
Année 1987, nous sommes en vacances au bled entre Marrakech et la plage d’Eljadida. Mon père invite deux de ses potes de Saint Ouen à passer leur congés au Maroc, Jean Luc D et Farid A. Farid est mon aîné de dix ans, et cela fait de lui un grand frère. T’inquiètes pas copain lecteur, rien à voir avec Pascal, le grand frère de Tf1. Non, Farid c’est le VRAI grand frère qui écoute de la funk, porte les dernières Nike et nous fait golri. Pendant son séjour, il a une machine avec un casque. Avec laquelle on peut écouter les cassettes audio. Cet objet m’interpelle, quand tu mets le casque sur tes oreilles, y a Thriller qui tourne ! Il l’a tout le temps avec lui, casque sur les oreilles posé sur les oreilles. Farid m’explique que c’est un walkman et que le nom veut dire en français – l’homme qui marche- Parce qu’on pouvait finalement marcher avec la musique, et gamin que je suis je me dis – Mais comment appelait-t-on alors celui qui ne marchait pas en écoutant de la musique ? (je sais copain lecteur c’est pourri mais c’est pour mettre du style) Comme Farid était un mec cool, il me prête son baladeur, quelques minutes c’est à dire le temps d’une chanson. J’écoute un peu, kiffe et lui rends. Le problème quand t’as deux frères, c’est qu’eux aussi veulent écouter. Farid en plus d’être plus cool avait du bon son, d’ailleurs mon père lui tapait ses cassettes : Delegation, Shalamar, Kool And The Gang, Michael Jackson, Imagination etc. Y a pas à dire Il était vraiment à la page. Après les vacances au Maroc, comme mon père les a bien accueilli, Farid lui avait offre son baladeur. C’était un Sanyo, de couleur bordeaux. Mon daron l’avait rangé dans une commode à la maison. Mais dès qu’il n’est pas là, j’en profite pour l’allumer à fond… A force de mettre le volume à toute patate, j’use les piles et forcément mon père grille que je l’utilise sans sa permission. C’est la grosse baffe à la Bud Spencer et le traditionnel « touche pas à mes affaires connard ! ». Mais c’était plus fort que moi et je recommençais. Et bien sûr je me remangeais la baffe ! C’était plus fort que moi Je kiffais trop son Walkman. En vrai avec le recul, c’est vrai qu’il était énorme le lecteur audi portable. L’équivalent d’un réfrigérateur ou d’une machine à laver. Non, mais c’était du lourd, fallait prévoir un sac à dos pour le porter. C’était marrant car son Walkman n’était pas « auto-reverse » mais avait une fonction exceptionnelle : on pouvait ralentir ou accélérer la vitesse de lecture. Il y avait aussi une fonction micro, qui me permettait de parler et de nous entendre sur la musique. Autant vous dire que je chantais sur du Kool and The Gang ou du Thriller. Sur le refrain de Kool And The Gang «Fresh », au lieu de chanter « she’s fresh, she’s so fresh », je balançais «Chizefunchchizesinflunch ». Je me prenais pour un chanteur, un peu comme le font les candidats d’émission de télé réalité devant des millions de téléspectateurs. Ridicule. J’aurais pu mettre ça sur le compte de la jeunesse mais j’avais déjà quatorze ans ! Ce qui était contraignant avec le baladeur, c’est que lorsque tu écoutais une chanson d’environ 3 à 4 minutes, il fallait rembobiner pendant 30 minutes pour la réécouter, c’était long. Comme mon père était très strict avec ses affaires, que j’en avais marre d’user ses piles et de me manger la baffe, je me suis débrouillé, j’ai eu par le biais de ma copine, Mimi des Francs Moisins, un Walkman. Je l’avais payé 100 francs. Une affaire. Mon premier. Il était bordeaux comme le Sanyo, les touches étaient grises et « auto-reverse » pour changer la face d’écoute sans sortir la cassette. C’était un Aïwa. Je marchais dans la rue avec mon casque et prenait les transports pour aller en cours. A l’intérieur j’ai écouté, réécouté, ré-réécouté… l’album de Michael Jackson « Bad ». A force je connaissais le tracklisting par coeur. J’allais au fond de la cour de récréation avec le son à fond et je regardais les autres, je clippais ça dans ma tête. A la maison, mes frères voulaient me l’emprunter, impossible de le lâcher. Par contre quand mon père le voulait, impossible de refuser. Sinon c’était la grosse baffe… Mon Walkman m’a lâché un an après mais je m’en fichais, j’avais découvert la technologie. Depuis j’ai fait toute ma scolarité avec une paire d’écouteurs et des baladeurs de plus en plus légers. L’inconvénient des baladeurs numériques, c’est qu’ils ne font pas office de machine de musculation, parce que tous les mecs de ma génération vous le diront, c’était (du) lourd, un Walkman !
