Le frites-merguez de Place Clichy

MERGUEZ FRITESAUJOURD’HUI, ON A TOUS À CÔTÉ DE CHEZ NOUS, UNE « CASSE-DALERIE ». ENCORE UN TERME PRÉSENT DANS LE DICTIONNAIRE DES CITÉS, MAIS PAS DANS LE PETIT ROBERT. LA CASSE-DALERIE, C’EST CET ENDROIT OÙ L’ON PEUT MANGER À TOUTE HEURE DE LA JOURNÉE : CHICKEN-CHIKA, ESCALOPE FROMAGE, HAMBURGER, CHEESE… Chez nous en Seine Saint Denis, les plus célèbres sont le « Good Times » à Epinay ou le « 129 » à Saint Denis. Ces sandwicheries qui nous garnissent tellement en frites, en sauce ketchup, mayonnaise et samouraï que nos corps se multiplient par dix. Ou pire, que certains ressemblent physiquement aux Barbapapa (le dessin animé). Mais parmi toutes ces sandwicheries, il y avait le tunisien qui faisait des sandwiches merguezfrites. C’était il y a vingt ans, en 1987. L’année des premiers disques de LL Cool J, Eric B. & Rakim, EPMD, KRSOne, NWA et Public Enemy. L’année où Tyson était une terreur sur le ring. C’était aussi l’année où Dalida s’est suicidée. Ces années-là, j’habitais encore à Saint-Ouen. J’étais à Saint Denis au collège Jean Lurçat, en 4ème. J’avais déjà redoublé deux fois : mon CP et ma 5ème. Ce jour-là, monsieur Nestel, notre professeur d’informatique, est absent. Du coup, nous sommes libres de 11 heures à 15 heures. Cette année-là aussi, mes potes de classes sont Wanou, Mimi, Laurence et Nordine. Au lieu de galérer dans ce secteur de Saint Denis, mon pote Nordine me propose un plan « mortel ». Nordine, c’était LE gars toujours en avance sur son temps. Quand les autres écoutaient dans la cour de récréation Vanessa Paradis (Joe Le Taxi), Madonna (Who’s That Girl) ou Michael Jackson (Bad). Lui, était branché sur Paula Abdul, Janet Jackson. Quand les autres portaient des manteaux, que leurs parents achetaient chez Projection, rue de la République, lui, avait le blouson Stater de l’équipe de New York. Quand les autres avaient la grosse coupe, il avait du gel. Bref, Nordine était en avance sur son temps, et n’hésitait pas à le montrer. D’ailleurs il me chambrait car j’étais à l’époque du challenger, j’avais toujours le même survêtement. C’est vrai que lui était au 501 de chez Levi’s et qu’il se la racontait. Derrière ces apparences, c’était un mec cool. Je le suis et nous prenons le bus. Le 153, direction Saint Denis porte de Paris. Nous descendons à l’arrêt Saint Denis Basilique, juste en face de Carrefour puis prenons le métro, la ligne 13 direction Châtillon Montrouge. Une véritable mission. Mais j’avais l’habitude du trajet, c’était celui que je faisais pour aller chez moi à Saint-Ouen. Sa coupe au gel, son gros front, il souriait « Je vais t’amener manger dans un truc… pfffffff ! ». Nous arrivons à la station La Fourche. Il a le sourire, et hésite : « Attends on descend…, non, la prochaine… ». Puis la rame arrive à Place Clichy. Nous descendons du wagon. De là, nous sommes sur l’avenue de Clichy. Et il commence à marcher, avec sa démarche légendaire, droit, un peu comme Rim-k du 113. Nous arrivons devant une petite sandwicherie située entre La Place de Clichy et La Fourche. En face, se trouvait une banque, Le Crédit du Maroc. Et là, un monsieur au crâne dégarni et une grosse moustache nous regarde. Un air sévère. Nordine, regarde de gauche à droite. Puis le fixe et lui parle avec un air familier « steuplait, un frites merguez ». Le gars lui répond froidement « 13 francs ». Il met dans une grande friteuse une quantité énorme de frites, puis plonge les merguez. Il sort une demi-baguette et l’asperge de mayonnaise et moutarde. Il y met les merguez, puis une quantité impressionnante de frites. Et nous sert le tout dans un papier aluminium. Nous allons nous asseoir à l’arrêt de bus, juste à côté. Nous partageons le sandwich sur le banc. Il me regarde en me disant : « Ca déchire ». Effectivement, les frites étaient bien grasses, la quantité était présente. Après avoir mangé, on a marché un peu dans le secteur. Puis Nordine me réitère : « Tu le dis pas aux autres, tu le dis pas ! ». Nous sommes rentrés sur Saint Denis, au collège. On a mis toute l’après-midi à digérer ce sandwich. Le soir, ma mère m’a demandé pourquoi je n’avais pas déchiré mes six yaourts et mon paquet de gâteaux devant le dessin animé « Jeanne et Serge », diffusé sur la 5. Normal, je venais de découvrir le Merguez Frites de Place Clichy, et ça, fallait pas en parler aux autres, c’est mon pote qui me l’avait dit. Bien sûr j’y suis retourné avec mon frère, en lui disant que c’était mon plan ! Quelques années plus tard, c’est devenu l’Oasis. Le mec à moustache n’était plus là, il est rentré au pays avec un bon paquet de fric… et il est resté une légende pour les mecs de ma génération !

2 commentaires pour Le frites-merguez de Place Clichy

  1. susana dit :

    alors là tu m’as tué!!!MDR!! Tu sais je l’ai vécu aussi la galère à Clichy pour le merguez-frite!!!Sauf que nous on venait par bande de 10 (au moins) du 95!! Et évidemment il y avait toujours 2 ou 3 « gratteurs » qui venaient sans argent,et avec leur tête de pitié au final on était obligé de partager, mais tellement à contre coeur…

  2. Banlieufunk dit :

    Hahaha c’est pas possible frère ont ce connais ou quoi ????!!! Mdrrrr vraiment les même galère truc de dingue!!! Tu dis ce que j’ai vécu de À à Z des barres quand y avait pas asser d oseilles ont partageait que de bon souvenir… Arfff et dire que pareil ont partait de st Denis jusqu’à clichy ou rue les crêpes à rue momarthe mdrrr bvo pour ton blog et dire qu’on en reparlent de temps en temps de cet époque avec les potes!!! La ont pouvait dire qu’il y avait vraiment un esprits de famille!!!!

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