L’agence tous risques

23 juillet 2009

L’agence tous risques, c’est comme les Haribo : pour les grands et les petits. Je l’ai découverte en 1984. Aujourd’hui, le ciné veut adapter la série mais je peux dire que c’était mieux avant…

1984. La Soul Music est en deuil, Marvin Gaye s’est éteint en avril dernier. En France, Peter et Sloane « Besoin de rien, envie de toi », Jean Jacques Goldmann « Envole-moi » cartonnent dans les charts. Dans nos trois pièces de cette paisible résidence de Saint Ouen, mon père passe en boucle le titre « Fresh » de Kool And The Gang sur sa chaine Hi fi.La vérité, c’est qu’on kiffe grave !

AGENCE TOUS RISQUES

Le mois de juillet. C’est la période de l’été. D’ici quelques semaines je rentrerai au collège Jean Jaurès. L’établissement est situé derrière la mairie, à coté du commissariat. Je suis loin de me douter que cette future période va bouleverser ma vie. Si t’as lu la petite cité dans la prairie, tu connais la suite : La DASS, Linda Larr**y, Evelyne Lep**it et de nombreux souvenirs. Je viens de quitter ma classe de CM2. Je ne reverrais peut être pas mes camarades de classe : Samir, Virginie Lattenzio et les autres. Cette année était dingue. La classe de neige à Saint-Véran, les bons délires avec notre instituteur Boudy. Et depuis quelques mois je porte de grosses lunettes, « des carreaux », comme disait mon père.

Dans quelques jours, on part en voiture au Maroc, à Marrakech. Mes parents achètent déjà le thé et le café. Ma grand-mère m’a beaucoup manqué pendant cette longue année. On va revoir mes tantes, mes cousins, et s’éclater. En attendant le Jour J, on tue le temps dans notre quartier paisible de Saint-Ouen avec mes frères, et nos voisins. Pour ça, on a un ballon. Parfois la piscine municipale. Puis y a cette série qui passe sur la première chaine.

L’agence tous risques. L’histoire à l’époque je ne la comprends pas. Y a juste un générique qui claque : « L’agence tous risques, c’est vraiment/La dernière chance au dernier moment/Les mauvais coups, des truand/L’agence les règle au comptant/Si l’injustice, vous attend/L’agence tous risques, l’attend au tournant ». Je regarde plus les images que le scénario. Putain, le type avec une coupe d’iguane a un sacré camion. Je kifferai avoir le même pour aller au bled, et écouter du Kool And The Gang. T’imagines le nombre de paquets de thé et de café qu’on pourrait mettre à l’arrière. Dans la série, chaque personnage est  particulier. Y a un fou qui s’appelle Looping et qui à chaque épisode tape un délire. Un coup c’est une fleur, un autre un réalisateur. Lui nous fait bien marrer. Y aussi ce mec BCBG, capable de baratiner, lui c’est futé. Et le chef de bande, Hannibal Smith. Un monsieur avec les cheveux gris qui se déguise tout le temps. Il me fait penser un peu au chef Gonthier dans l’inspecteur Gadget. Et il a une phrase qu’on répète tous le temps : « J’adore quand un plan se déroule sans accroc ». Mon personnage préféré c’est bien sur Mister T allias Barracuda allias Clubber Lang parce qu’il a joué dans Rocky 3. Il porte vingt cinq kilos d’or, et c’est un chaud. Mon père le respecte parce qu’il a couché Rocky. Mais la vérité, c’est qu’on  a trop tendance à penser que Rocky ce n’était pas qu’un film mais la vie.  J’ai grandi et avec les années, j’ai compris que L’agence tous risques aidait les plus démunis. Que Barracuda faisait le nerveux mais que c’était un vrai gentil et surtout qu’il avait peur de l’avion. Y a eu quelques invités de marque, je pense à cet épisode avec Rick James et Isaac Hayes. Je m’étais imaginé aussi que Rocky ferait une apparition… J’ai attendu mais je n’ai jamais vu…  L’agence tous risques a duré de nombreuses années et a été rediffusé sur toutes les chaines du câble.

Le temps passe vite, et si Mister T a gagné son combat contre le cancer. Hannibal Smith est décédé en 1994. Futé a fait quelques apparitions ici et là. Et notre fêlé de Looping est réapparu dans quelques séries.

En 2010, L’agence tous risques sortira au cinéma. Et ma première question – qui pourra jouer le rôle de Mister T ? –

Rachid Santaki


Les Lunettes

18 juillet 2009

Aujourd’hui quand on voit mal on porte des lentilles de vue, ou au mieux on peut se faire soigner au laser. A mon époque on n’avait pas le choix, et rien ne vaudra mes grosses lunettes !

JERRY1983. Saint Ouen (Seine Saint Denis), école primaire Bachelet. Je suis élève en CM2. Mon instituteur c’est monsieur Boudy. Il a une énorme calvitie, en gros il a perdu ses cheveux ! En plus de ça il porte des grosses lunettes. Pire, il a une de ces moustaches du bled ! Mais bon monsieur Boudy , y a quand même des meufs de ma classe qui trouvent le moyen de le kiffer. J’comprendrais jamais les meufs. Monsieur Boudy, c’est lui aussi un mec à l’ancienne car il porte une blouse bleue comme dans les usines Citroên. Dans ma classe y avait Samir et Mustapha (j’ai mis « et » car ils étaient inséparables). Virginie Lattenzio, elle c’était ma fiancée de l ‘époque sauf qu’elle m’aimait pas. C’est pour ça qu’on s’est jamais marié au bled. Pour une fois  mon père ne me fait pas smurfer avec la ceinture, je suis pas le dernier de la classe, j’te rassure ni le premier. Je commence à aimer l’école. Quand je lis, je fronce les sourcils parce que je vois flou. Oui, copine et copain lecteur je sais ce que tu te dis. Il est fou Afflelou.

Je suis au premier rang et depuis quelques temps, l’enseignant a capté que j’ai un problème pour lire au tableau. Je vois flou de loin, et il convoque mes parents. Mon daron, prêt à dégainer la ceinture pour me faire smurfer, écoutes monsieur Boudy – Je crois que Rachid ne vois pas bien – Mon père – quoi, des carreaux ! ? – Monsieur Boudy le regarde étonné – Des carreaux ?  Mon daron : – Ouais, il va porter des carreaux ! ? L’instituteur : – Ah des lunettes vous voulez dire – Ouais des lunettes avec les carreaux quoi ! – Monsieur Boudy (qui vient encore de perdre un cheveu) : – Je pense que Rachid devrait voir un opticien…

Quelques jours plus tard,  je sors de chez l’ophtalmologiste et le verdict est tombé : j’ai une myopie et Je suis un lunette Man. Un lunette man c’est quoi ? C’est un mec qui, à la base, ne voit pas super bien. Il a des bonnes notes. Les meufs ne l’aiment pas avec ses lunettes et même sans (car il ne voit rien). Il se fait racketter sauf s’il a des grands frères. Quand il pleut il est dans une de ces merdes… Au début tu sais pas l’impact de ce qu’est « porter des lunettes ». T’es en CM2, et t’as deux écrans plasma devant les yeux. Tu sais en 1983, tu crois que ça claque, mais quand les photos ressurgissent sur facebook ou copains d’avant, ça te tacle !

MilhouseEn plus à l’école c’est chaud. D’une parce qu’on pense que t’es un intello, alors tout le monde gruge sur ta copie. Au final après les premiers devoirs, la moyenne de la classe chute. De deux, t’es ce qu’on appelle dans le jargon, un GROS bouffon. Ben ouais, un mec avec des lunettes on a ce cliché qu’il ne se tape jamais. Attends j’ai tout de suite prouvé que c’était qu’un cliché, je me suis tapé avec Laetitia Fournier et elle m’a couché…Enfin non juste fais saigner du nez…Mais Linda Larrouy m’a ensuite soigné.

Les lunettes quand je regarde la télévision je constate que c’était toujours les nases qui les portent. Sur la 5 y avait le mec de « Riptide », Murray « Boz » Bozinsky. Patrice Carmouze dans « Ciel Mon Mardi ». Milhouse le pote à Barth Simpsons. Jerry dans « Parker Lewis ne perds jamais » ou encore Annette de « Premiers baisers ». Aujourd’hui le flambeau a été repris par  de nouveaux ambassadeurs Steve Urkel « la vie de famille », Mark Foster « Notre belle famille » ou chez les meufs Uggly Betty ou encore Lisa. En réalité, elles sont fraîches…

Je te rassure copine et copains lecteurs, les lunettes c’est aussi un avantage… Comme ce jour où j’ai mis sous ma veste une boite de Playmobil au Prisunic. La caissière et le vigil se sont dit – Non pas lui ! C’est un GROS bouffon, il a des lunettes- Pour une fois les lunettes devaient m’aider, mais non je me suis quand même fait pêter. Vu ma dégaine, ils m’ont laissé repartir. Toi qui lit cet article avec des lunettes, tu sais ce que c’est…

Rachid Santaki


Jean Claude Vandamne, bloodsport.

17 juillet 2009

Cher copine et copain lecteurs, tu connais sûrement Jean Claude Van Damme et ses fameux dérapages. La vérité, c’est qu’il a fait un film de fou dans sa vie : « Bloodsport ». Rien que pour ça, jamais tu ne m’entendras mal parler de lui…

bloodsportsequel

Juillet 1990. Avec mes deux frères, nous sommes en vacances au bled. Le nôtre,  c’est Marrakech : la célèbre Place Jamâa El Fna, Gueliz , la piscine municipale avec ses requins (du bled), les bons plats de ma grand-mère et ses cinémas.

J’ai découvert pendant les années 80 Rocky Balboa et Daniel Larusso, le bouffon de Karaté Kid qui à force de frotter et lustrer, a fini laveur de voiture. A cette période, je commence à me prendre pour « l’enfant seul ». Je fais mon chevalier solitaire. C’est dans ce délire que je me rends au cinéma. Le Maroc, niveau cinéma, c’est comme en France mais enlève au moins 10 ans*. L’affiche de la semaine, c’est « Bloodsport » [Tous les coups sont permis]. Ça va, on est en 1990, et il est sorti en 1987 ! Oui, je sais copine et copain lecteurs aujourd’hui avec le Divx tu vois les films qui vont sortir dans quelques années. (Tu feras moins le malin quand tu seras au pénitencier pour les avoir téléchargé…) J’en ai entendu parler de ce film d’action au collège. Nordine et Philippe, deux de mes camarades de classe, à les écouter,  avaient joué dedans. Ils avaient déjà un magnétoscope VHS et chez moi, ça n’existait pas. En 1990, chez moi on venait tout juste de découvrir la télécommande.

Après avoir payé mon ticket d’entrée 5 dirhams, je m’installe dans la salle parmi les mecs du bled. Je t’explique, la qualité des cinémas au bled. C’est un film coupé pour toutes les scènes bizarres. Un décalage avec les voix. Le film commence et tout de suite je suis intrigué. Alors que d’habitude les films d’action te proposent une petite bagarre à la fin, ou comme dans Karaté Kid un mec qui frotte et luste des voitures. Bloodsport te montre que du fight ! Et cherches pas, aucun des personnages parlent je crois que les seuls répliques c’est – Une brique ne rends pas les coups – et deux bricoles dans le genre. Le héros c’est Van Damme allias Franck Dux qui s’incruste dans une compétition « Le Kumité » Un tournoi où les meilleurs combattants des sports de combats s’affrontent. Il honore son maitre, Senzo Kanaka son Shidoshi décédé, qui lui a transmis son savoir.

Au niveau des personnages t’as Chong Li, Ray Jackson le gros cainri barbu, et des pratiquants de Kung fu, boxeurs, Sumo et j’en passe. Pour le public les vrais héros sont Van Damme et Chong Li. Mais pour moi c’est Paco. C’est un nak Muay et pratiquant de boxe thaï. Il porte un short et met des coups de genoux. Il ne parle même pas. Quand à la scène culte c’est lorsqu’il combat le héros Franck Dux. Avant le fight il s’essuie les mains sur son short rouge. En face à face, il met ses poings en l’air. Et fais signe à son adversaire de les mettre en face. Lorsque le héros (un peu naïf) mets les poings contre les siens. Brusquement Paco lui balance un terrible coup de tibias à l’intérieur de sa cuisse droite. Franck Dux est au sol. Paco jubile.  Il sautille autour de Dux encore au sol et  tente de l’achever avec un nouveau coup de tibias. Malheureusement pour lui, Dux le fait tomber et se relève. La scène qui suit est terrible. Dux musclé et bien huilé se met en face. Paco tente une gauche et droite qu’esquive notre héros, trop chaud. Francky (surnom de Dux pour les intimes) le fait tomber au sol avec deux coups de pieds dans les jambes. Le pratiquant de boxe thaïlandaise se relève et c’est le festival de coups. Les deux s’envoient chacun leur tour des coups de tibias dans les flancs. Et Dux provoque l’autre : – vas y frappes ! – Notre héros prend le dessus avec une accélération et couche Paco. Putain comment j’avais la rage ! De toute façon, Paco est pour moi le véritable héros du film.

Dux remporte le Kumité en beauté avec des sauts incroyables, face à Chong Li. Pour l’anecdote, le méchant est un expert des arts martiaux. Il faisait parti des élèves de Bruce Lee et l’a même affronté dans « Opération Dragon ». L’accroche de la fin est que cette histoire est vraie. Je sors de la salle, comme un ouf. Je reviens le lendemain revoir le film. J’en parle à mon père mais il me rétorque que personne ne couche Rocky. La vérité, c’est qu’après ça je savais que l’étalon italien ne faisait pas le poids face à Paco, et les autres.

Pour l’anecdote Paco, est interprété par Paulo Tacho, un pratiquant de muay Thaï qui a joué plusieurs rôles à Hollywood.  Aujourd’hui, il est président du muay Thaï à Los-Angeles. L’acteur reste une référence pour les pratiquants américains et même en Asie.

Les meufs de ma génération qui n’ont pas de frère n’ont pas pu comprendre ce film. Les autres ont dû se taper le film une bonne dizaine de fois. Certaines d’entre elles ont des séquelles. Comme la soumission de Dux sur le méchant Chong Li. – Dis le ! – Je suis rentré du Maroc. J’ai couru au gymnase La Courtille, et je n’ai depuis jamais lâché les paos. Merci Paco !

Les jeunes d’aujourd’hui ont comme mec super chaud, Harry Potter et je suis dégoutté pour eux…Y a pas à dire, c’était mieux avant…

Rachid Santaki


La cassette audio

11 juillet 2009

Alors que tu dégaines dans les transports avec ton I-Pod, ton Mp3, ou dans ta caisse avec ton dernier disque laser, je peux te dire que rien ne rivalise avec ma bonne vieille cassette TDK. copine et copain lecteurs tu vas rapidement comprendre pourquoi !

Black_cassette_tapeLa cassette date de 1961. Je l’ai découvert vingt trois ans plus tard. 1984. C’est l’année de la réélection de Ronald Reagan à la tête des Etats Unis, la naissance de Canal Plus et du top 50 avec Marc Toesca. J’ai onze ans, j’habite Saint Ouen dans le 93.

Comme chaque été on part au Maroc en Renault 18. Mon père passe dans son autoradio autoreverse l’album Jacksons « Victory ». Les kilomètres du bitume de France, d’Espagne et du nord du Maroc défilent sur les voix des frères Jackson. On se tape toujours la face A avec les titres « Torture » et « Wait ». Malgré le temps de rembobinage on écoute deux mille fois ces morceaux. Pour nous, c’est la haute technologie parce que dis toi qu’on sort de l’époque du disque vinyle. Mon père a pas mal de sons cela va de Chic à Barry White. Il tient à ses cassettes, ça vaut cinquante balles un album, et si il grille tes paluches ou tes empreintes sur ses albums de Barry White, Michael Jackson, ou Kool & The Gang, ça vaut cinquante baffes. Ma mère aussi a ses cassettes, mais on kiffe moins : Hervé Vilar, Michèle Thor ou encore Herbert léonard.

Grâce au radio recorder de mes parents, je me souviens avoir entamé une grosse carrière musicale. Si, si copine et copain lecteur j’ai chanté comme Michael Jackson, enfin moi c’était « Rachid » Jackshun. J’avais à la place du gant blanc le gant de ménage rose de la dareune, et les lunettes de vue qui prenaient tout le visage à la place de celles du king de la pop. Franchement… Je ne lui ressemblais grave pas à Michael. J’aurai bien voulu te mettre une photo dossier mais j’en ai pas…(oh le mytho) Sur ces live, je pense à ma camarade de classe Linda L, métisse antillaise et cubaine, elle déclasse trop de monde… Je suis son nounours à lunette…Donc je chante en pensant à elle.

Tu me diras j’ai onze ans, donc c’est excusable comme dossier. Mais en BEP, y a eu une anecdote comme ça. Un mec de notre classe, Gregory Lamarche, il demande à mon pote Mohamed Baklouti de lui enregistrer du rap. Mohamed est à la page, il traîne sur les terrains vagues et kiffe le graffiti. Ce con de Gregory en donnant la cassette a précisé – Surtout tu n’écoutes pas la face A ! Surtout !- Quand un type te dit ça, qu’est ce que tu fais ? Ben ouais, tu écoutes  la face A, volume à fond. Le problème c’est que Gregory chante en acapella sur trente minutes de la fameuse face A – Sophie revient…Sophie j’ai pour toi des sentiments alors laisse moi le temps – Et il se met à pleurer sur les paroles. Purée, cet enfoiré de Mohamed arrive le lendemain avec dix minutes d’avance en cours. Et toute la classe écoute le live de Gregory dans la voiture d’un des gars de la classe puis en cours. Pendant que lui pleure pour sa meuf, nous on pleure de rire pour lui. Le chanteur est arrivé en retard, et a demandé ce que nous écoutions dans le walkmann. Mickael lui a balancé – Sophie… Espèce de baltringue… Barre ta gueule ! – La suite c’est que Gregory a quitté la classe en pleurs.

Cette même année, je squatte au Parc de La Courneuve avec les gens du lycée. Mickael Dracius me passe une cassette TDK 90. Elle va bouleverser ma vie. C’est simple, mon pote a un pote collectionneur de disques vinyles qui lui faisait des sons. Ce jour là il me lâche sa TDK. Je  pourrai te citer quelques uns des morceaux qu’elle contenait : Barkays, Lew Kirton et d’autres morceaux de funk 80. Une tuerie. C’est sur ces sons que j’ai kiffé  et morflé avec ma première meuf Malika. Ces mêmes morceaux qu’on a déliré au Maroc avec les 40 voleurs. Et puis à force de rembobiner je suis passé au lecteur CD. Et j’ai abandonné ma TDK. J’avais entre temps cumulé pas mal de cassettes originales les compilations Tonton Funk, les albums de Bobby Brown ou encore de Barry White.

1996. L’époque où je commence à acheter des disques chez les jumeaux de la place de Clichy. A cette période, pour en mettre plein la vue aux meufs, on leur enregistre une cassette. C’est l’occasion de faire partager ta musique avec une petite meuf sympa, mais aussi de lui « mettre une cassette ». Ben oui copine et copain lecteurs on ne disait pas « mettre une pilule », ou »mettre une disquette » dans les années 80. Du coup la meuf pensait à toi sur du son. Avec mon pote Mehdi, on se prenait pour Cut Killer, et on faisait nous aussi nos compilations avec des étiquettes personnalisés : Compilation DJ Rachid, son de ouf, tuerie remix etc.

Avec le temps, et la technologie je me suis éloigné de mes cassettes et pire je les ai utilisé pour enregistrer mes premiers interviews pour 5Styles. Depuis je saoule Michael Dracius pour me retrouver les sons de l’époque. Malgré Internet, les MP3 et je sais pas quoi, rien ne remplacera ma bonne vieille cassette.

Rachid Santaki


Le bled

6 juillet 2009

Chère copine et copain lecteurs, j’en ai gros sur la patate quand je vois tous ces gens qui me parlent de Marrakech, et tu vas rapidement comprendre pourquoi le bled, c’était mieux avant…

jamaa-el-fna« Marrakech »(que des petits plaisantins appellent Arnakech), ce sont des émissions sur M6 avec des riads à 30 000 € (depuis cette émission les riads coutent 300 000 €, merci gros bât*** d’Emmanuel Chain !!), les soirées de P.Diddy avec Jamel Debouzze, les jets setters, Le Pacha discothèque… Mais c’est surtout la ville de mon daron, et ça personne n’en parle ! En dehors de ce coté strass et paillette, à Marrakech, il y avait ce coté stress à perpét’ parce que môme, on n’avait qu’une phobie, ne pas aller en été à Marrakech ! Le bled dans un premier temps, c’était un moyen pour mes parents d’envoyer pendant deux mois en vacances une famille nombreuse, à moindre frais. A l’époque nous n’avions pas la fameuse 504 « Pigeot ». On avait la Renault 18 break GTD, bleu marine avec les vitres électriques. Je sais que ça te fait golri, mais en 1986, c’était l’équivalent du Porsche Cayenne. Le père de mon pote Hicham L. conduisait une Renault 21 break Nevada, le classique des darons et les moins chanceux s’entassaient entre les frigos récupérés, les pneus usagés de tracteurs (aussi récupérés) dans l’utilitaire de leur father (pour ceux qui ne connaisse pas l’anglais et Dora prononcez Fazeur). Quand tu vas au bled, il y a une règle ! Tu n’y vas pas les mains vides. Alors pour débarquer mon père achetait des cadeaux, enfin un cadeau… Du thé, du thé et encore du thé. Non, je mens quand j’écris ça, car mon daron prenait aussi du café, attention pas n’importe lequel celui en promo de chez promo. Le butin se divisait entre membres de la famille. Rien que pour les cinquante kilos de thé et de café tu ne pouvais pas prendre l’avion. Puis vu le prix du billet à cette époque, c’était quasi impossible. Après le plein de super cadeaux, c’était l’heure de prendre la route. Mon père faisait péter les watts avec Kool & The Gang, Chic, The Whispers et Michael Jackson. Et on faisait les choristes sur tout le trajet, je ne rentrerai pas dans les détails… C’est grâce à mon daron que j’ai découvert les albums du king de la pop : Of The Wall, Thriller et Bad. Il enchainait le trajet en 24 h00, avec comme co-pilote ma daronne. L’un des moments fort du trajet, c’est la douane au Maroc. Les douaniers portaient un costume bleu foncé, et toujours une big moustache. D’ailleurs on savait qu’on était au Maroc car on voyait des grosses moustaches partout ! Au poste de douane, les autres familles patientaient chargées avec des baignoires, des chaises ou au pire des étagères en bois. Mon père était généreux avec les douaniers, il oubliait à chaque fois un billet dans le passeport. J’ai compris plus tard pourquoi…

Mon père était un mec marrant. Non, pas vraiment, mais il nous demandait une fois arrivés devant la rue du quartier de descendre de la bagnole pour aller taper à la porte et dire qu’on était venu seul. Il était fier de sa blague, je crois qu’il était le seul (excuses moi papa). Puis c’était les scènes de ouf, mes tantes hurlaient de joie, pleuraient, un peu comme dans « une famille en or » ou « qui veut gagner des millions ». Même notre voisin le menuisier s’y mettait en espérant recevoir un présent. Mon père avait tout prévue, il avait en bonus des rouleaux de d’Essuie tout, c’était moins cher que le thé ou le café… Après les émouvantes retrouvailles, le premier verre de thé à la mente et les récits du trajet, c’était sans doute le moment le plus dangereux pour nous… Enfin pour nos sapes.

Quand tu vas au Maroc, je crois que t’es obligé de pimper ta life, alors tu achètes les trucs à la mode. Le dernier walkman à cinquante balles, et souvent tout ça disparaît. Mon oncle nous tapait nos affaires, il pensait qu’en France on pesait. Mais ce qu’il ne savait pas c’est qu’en prenant mon haut de challenger, il me mettait dans une de ces merdes ! J’avais que ça pour aller au collège. Par contre, j’avais une chance, celle de chausser du 46 à quatorze ans, du coup il ne s’aventurait pas à me prendre mes Adidas. En même temps je comprends, je ne porterai pas des péniches du 46, si je chaussai du 41.

Avec mon daron, et face à la recrudescence du tapage de sapes, on avait monté une brigade. La BRSF, La Brigade de Récupération De Sapes de France. Mais rien à faire, on ne retrouvait pas le haut de mon challenger, il réapparaissait quelques années plus tard, dans un état lamentable ! Notre oncle nous a livré son astuce, il cachait le butin dans la terrasse ou le planquait chez son complice, notre voisin !

Les moments en famille était trop bien, et ma tante m’a appris une devise : « La vie est dure sans confiture ». Toute l’année, elle n’avait pas droit à la marmelade, parce que ma famille était loin d’être blindée. Du coup, pendant qu’on était là, les pots de confiture format familiaux de la marque Aïcha se vidaient à une vitesse. Tu te retournais, le pot s’était fini de moitié, tu te retournais une seconde fois le pot était complètement vide ! Personne ne te l’a dit mais c’est grâce à nous que petit(e) t’as joué à « un deux trois soleil », mais initialement c’était « un deux trois confiture ! ». Ma tante se cachait à la terrasse et tapait dans le pot de confiture à la cuillère à soupe, elle avait deux mois pour faire le plein, car le reste de l’année, le niveau de vie chutait. Et c’était pareil avec les limonades : La Cigogne, Hawaï, Pom’s, Judor etc. Elle nous a bien fait flippé le soir avec ses histoires sur les diables, et Aïcha Comdicha. Et parfois pour nous faire des blagues elle se planquait au premier avec un drap blanc, comme on était des bonshommes on en restait tétanisés.Il y avait ma grand-mère, qui passait ses journées et ses soirées à nous préparer tagine, couscous et les fameuses kafta. Notre oncle qui lui nous amenait sur chella França (l’équivalent d’Hollywood Boulevard), l’avenue sur laquelle tous les complexes hôteliers ont depuis poussés.

Au bled, il y avait les potes et les cousins. Les journées se passaient entre la maison, la place Djemââ Fna, et la piscine municipale. On y entrait pour un dirham, et fallait éviter le vendredi, jour du couscous, car y avait toujours un ouf pour plonger et s’ouvrir l’estomac. Du coup, tu nageais parmi des grains de semoule, et les restes de légumes.

Les vacances terminées, on rentrait et tout le monde nous chambrait car Marrakech n’était pas connu, et surtout il n’y avait pas la plage. Aujourd’hui, ce sont les mêmes qui rêvent d’avoir une résidence là bas.

Je te passerai les histoires de meufs, de keufs corrompus et de trafic de scooters. J’y ai retrouvé certains potes comme Mickael du Moulin Neuf, rencontré Farid d’Athis Mons, et perdu des amis. Aujourd’hui, Marrakech c’est devenu Miami avec les enseignes Mac Do, Marjane, Pizza Hut, et j’en passe. Heureusement il nous reste la Place Jamâa El Fna avec ses jus d’orange coupés si t’es pas de chez nous…Des souvenirs qui confirment que le bled c’était mieux avant…

Rachid Santaki


Le Bois de Boubou (Partie 1)

2 juillet 2009

« Tu connais ma ville j’ai vu ta plaque au bois d’Boulogne » Booba – Indépendants

Cher copain et copine, l’article (et surtout la seconde partie) que tu lis concerne beaucoup de gens, je ne balancerai pas de noms pour des raisons de confidentialité mais certains vont se reconnaître… Pour cette première version, je serai soft parce que ce blog est « grand public ».

BOIS DE BOUBOUQuand t’es un mec de cité, t’as une principale difficulté dans la vie. Cette difficulté ce sont les meufs ! Et oui ! Traîner à plusieurs fait peur à la gente féminine, et j’parle même pas du fait que t’aies une tête de ouf… Si copain lecteur tu n’as pas cette difficulté, soit t’es un BDM (Bouffon Des Meufs), soit t’es pas un mec de cité…Ou autre hypothèse t’es avec une meuf de CPPN*. Pour ma part et surtout pour me disculper des lignes qui vont suivre, j’étais un BDM et en plus pas vraiment un mec de cité.Beaucoup de mecs de la région parisienne ont passé leurs soirées à la foire du trône, à la crêpe de Montmartre, ou sur les champs. Mais il y a un endroit que beaucoup d’entre eux ne te citeront pas : Le bois de Boubou dit dans le jargon « la forêt de Sherwood ». Une attraction que les gens de province ne connaissent pas et ne peuvent pas comprendre…

1991. Cette année là, c’est la guerre en Irak a lieue,  Serge Gainsbourg s’éteint, les Inconnus interprètent Auteuil Neuilly Passy et le belge Benny B s’affiche en salopette customisée Simpsons et fait son lover dans le clip « Dis-moi bébé ». Nous sommes au mois de juin. L’après midi se termine, je suis avec le grand frère d’un de mes potes aux étangs de Cergy Pontoise. Nous sommes trois, son pote qui fait de la mécanique, un rescapé du BEP chaudronnier ne parle pas. Alors qu’on galère avec le chien du grand frère de mon pote, je me retrouve face à deux meufs. Une métisse et une rebeu. Le chien se précipite sur elle, la meuf est effrayé, et elle crie ! C’est l’occasion pour nous de taper la discussion, gratter l’amitié et plus si affinité. Après quelques échanges, l’œil du grand frère de mon pote brille. Je fais le taff, met l’ambiance et lui a déjà son plan. Les filles nous suivent et après avoir déposé son pote qui n’a pas dit un mot de la journée, et le clep’s sur saint Ouen.

Nous passons la soirée à tourner dans Paris, avec zéro franc en poche, et quelques litres d’essence. Avec sa bagnole, il nous fait visiter le coté sombre de La Capitale, le bois et ses environs. Cette soirée va être mémorable pour deux choses, tout d’abord les phénomènes surnaturels que nous allions rencontrer et ensuite la colère de mon daron. Je ne l’ai pas averti que je passe la nuit dehors. Les deux filles sont copines, et la rebeu a dit à ses parents qu’elle passait la nuit chez la métisse. Le grand frère de mon pote est indépendant, il a sa propre voiture. Une Renaut 5, à l’époque c’est l’équivalent d’une Clio. Dans sa caisse, le son qui passe est d’une violence : The Crusaders « Street Life », Jocelyne Brown « Somebody Else Guy’s », Délégation « You and I »… La cassette a tourné, et été retourné. Et il s’improvise guide de Paris. Il est 23h00 passé et on se dirige dans le bois de Boulogne. Là bas, c’est la foire du trône mais au lieu d’avoir la femme à barbe, t’as beaucoup plus ! J’ai entendu parler de ce qu’on appelle travelot, mais je constate le phénomène. Imagines toi que t’es assis dans le siège du Renault 5 et qu’au milieu de la route t’as le sosie de  Maradona qui traverse la rue avec une paire de seins, ou encore un autre qui mesure deux mètres, collé contre un arbre, vêtu d’un string qui affiche une paire de seins mal faite puisqu’il a le sein gauche beaucoup plus gros que le droit. Les voitures s’arrêtent, et l’activité bat son plein, nous sommes étonnés, et mort de rire. Le grand frère de mon pote, en nous amenant ici, savait que l’amusement serait garanti. Plus vicieux que ça il a amené les filles dans une rue bizarre, où un groupe de mecs se sont jetés sur la voiture. L’une des filles a hurlé, y avait de quoi l’un des mecs avait mis un nez de clown sur son kiki, et qui le colle contre la vitre. Nous étions dans la rue des B, et ces pauvres types faisaient l’attraction des caisses qui passent. On termine la soirée à rigoler de tout ça…

Le lendemain je retourne en cours à Blanqui, mon père vient me récupérer et me colle un crochet du gauche et un uppercut du droit. Je suis resté en semi liberté quelques semaines avant de partir au deblé, il m’a bien sur pendant plusieurs années reproché cette sortie. Si c’était à refaire, je n’hésiterai pas une seconde, car  y a pas à dire le boisd e boubou c’était vraiment mieux avant !

Dans la seconde partie tu découvriras comment les mecs de cités ont investi la forêt de Sherwood…fous rires garantis.

Rachid Santaki


Le BEP chaudronnier

1 juillet 2009

« Tu demandes à chaque mec des cités, t’as quoi comme diplôme, m’fin comme brevet ? Il va te sortir j’ai un BEP moi » – Peu de gens le savent –Opéra Puccino – Oxmo Puccino

Copain lecteur, et copine lectrice, cet article va rétablir les vérités sur le BEP. Car que tu aies un Doctorat, MBA ou encore un BAC plus 10, remballes car moi j’ai un BEP…autrement dit BAC moins deux et tous ceux qui sont passés par là te le diront…C’était mieux avant le BEP.

130869_Le-diplome-du-BEP1990, Saint Ouen, Lycée Blanqui. Le conseil de classe de seconde est terminé, et la nouvelle vient de tomber : Je dois redoubler, ou être réorienté…Attends copain et copine lectrice je t’explique ce que je kiffe…(Non, je l’ai déjà utilisé la rime de Kool Shen…) où ça se complique. Un palmarès de cancre : CP redoublé, 5eme redoublée et voilà qu’après être revenu dans le circuit général bien que la conseillère d’orientation aie réussi à m’orienter en 4eme techno, je suis face au mur de l’éducation nationale. Pas grave, je me barre en vacances au Maroc à mon retour et je chercherai une solution…

Le Globe, c’est un peu l’école de l’avant dernière chance car il faut l’avouer la dernière chance à l’école c’est le BEP chaudronnier (Une pensée à tous les victimes de ce BEP). Pour ma part, mon passage en BEP comptabilité est un accident de parcours (en réalité je crois que ma scolarité toute entière était un accident). Après mon retour tardif du bled, sans école, je trouve un établissement qui m’accepte. Stains, Le Globe. Le lycée professionnel se situe dans une ancienne école primaire. La directrice m’a prévenu, je vais être dans une classe qui est quelque peu « agitée ». Elle aurait du plutôt me dire que je vais être dans une version Harddcore du collège fou fou fou… Rei, Jim, et les autres onté été remplacé par Kader, Mohamed, Rafik et Mickael ! Je me retrouve dans une classe, qui d’après notre professeur de comptabilité est la pire de ses vingt années d’enseignement. Pour nous, élèves de cette classe, ce sera la meilleure de notre vie. Dois-je commencer par Mickael D qui nettoie en cours ses Reebok classik avec un blanchisseur ? Et qui a déballé un livre de boules à la prof  après qu’elle lui a demandé – Mickael que lisez vous ?- Mohamed Baklouti qui était à fond dans le hip hop et le  rap « qui sème le vent récolte le tempo » ? Ou encore Gregory L, celui à cause de qui l’expression « mytho » s’est introduit dans les salles de classe (qui était d’ailleurs la victime de la classe) ou de Kader B qui montrait ses fesses gratuitement…Bien sûr notre classe était à la norme de la parité. Il y avait toujours une meuf pour ramener sa grande gueule, dans la notre c’était Sonia Z. -Mais non les gars ça se fait pas- Il manquait juste la bombe. On n’avait pas de Jessica Alba, je crois que la meilleure c’était Karima F. On l’aimait bien Karima. Nous sommes mercredi. Il est midi, toute l’école est compressée dans le bus numéro 142 (l’équivalent du 183 d’Ivry- Vitry-Choisy-Orly). Le chauffeur démarre, une voiture s’amuse à klaxonner à répétition. Apparemment l’attention des passagers se porte sur cet Opel Corsa blanche. Au volant un des gars de ma classe, Hakim A avec bien sûr Kader. Il lâche un sourire aux passagers du bus, puis colle ses grosses fesses (poilus) à la vitre. Des barres… Je crois qu’à la base Kader n’avait pas de pudeur. Vraiment pas, il lui arrivait de se promener tout nu dans les couloirs pendant la récréation, en criant « ahhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhh !!! ». Ce qui était bien en cours, c’était nos échanges avec les profs. Le cours dégénérait automatiquement quand Kader commençait à chambrer les prof en live. Je me souviens que le prof d’anglais essayait de nous faire parler en anglais. Bien sûr ce n’était pas le pays des merveilles cette classe. Et nous avions quelques jeux violents. Avant chaque cours d’EPS, nous faisions des «  tous contre un ». La règle ? Très simple ! Désigner un gars et tous le savater, coups de poings, de pompes. Certains voyaient en ce jeu un exutoire. Tout le monde s’en mangeait plein la gueule. Sauf Mickael et moi, dès quelqu’un voulait nous porter un coup. On  utilisait chaise, coup de genou, coup de coude et autres techniques de la boxe thaï. Les mecs se déballonnaient. Par contre, quand c’était le tour de Gregory L, c’était l’inverse tout le monde se défoulait. Notre jeu a cessé le jour où il a reçu des coups au sol, qu’il a eu une crise d’asthme, qu’il a failli mourir. Non, le BEP comptabilité c’était bien, malheureusement on a été que trois à l’avoir. Aujourd’hui Kader est responsable chez Paul, il montre moins ses fesses. J’ai des nouvelles de Mickael qui nettoie toujours ses Reebok, et de Karima. Et tous te le disent, le BEP c’était mieux avant…

Rachid Santaki