COBRA

25 octobre 2009

1985.  L’année de la générosité ; Coluche lance les restos du cœur, et Michael Jackson nous fait pleurer sur We Are The World, chanson où il réunit les plus grands artistes internationaux de la musique.  C’est la musique anglo-saxonne qui domine les ondes : The Cure, A-Ha… Cette année là, ma mère kiffe Daniel Balavoine et sa chanson l’Aziza. Y a pas à dire, c’était un mec bien ce chanteur. Au cinéma, c’est Retour Vers Le Futur avec Marty Mc Fly et Doc.

cobra 1

Mais l’un des événements majeurs de cette année 1985, c’est bien sur un nouveau dessin animé, un blondinet qui dissimule un rayon laser dans son bras. Un certain Cobra.

Je suis âgé de douze ans, et élève au collège Jean Jaurès en cinquième avec Pascal Dareau, Laetitia Fournier, Stéphane Marc, karim Kelfaoui, les belles Evelyne et Linda. Mes matières préférées sont les arts plastiques, parce que j’aime dessiner, et l’EMT avec ce prof sympa, Monsieur Molk. Avec lui, on apprend à relier, et la vérité c’est qu’il a une sacrée moustache. Après l’école, c’est la maison, et malgré les conflits familiaux à la maison, avec mes frères, nous continuons de rêver du bled, de jouets par milliers, et surtout de nouveaux dessins animés.

Ce jour là, alors que nous sommes en fin d’après midi je rentre dans notre résidence à Saint Ouen. L’hiver est là, c’est le début de l’année et en enfant seul, je regarde le programme jeunesse. Un générique débute : Venu de Nulle part, c’est Cobra/Plus vif que le serpent, c’est Cobra/Personne ne l’aperçoit, c’est Cobra/Mais il est toujours là, c’est Cobra… Faut savoir que la voix du générique, est celle d’Antoine De Caunes, et que sa mère est alors directrice des programmes jeunesse d’Antenne 2. On a beau dire, mais fils de…ça date pas de l’affaire Jean Sarkozy… (Excuses-moi Antoines je sais que c’était que les génériques, ce n’est pas l’EPAD). Enfin en même temps moi aussi mon père me pistonnera plus tard pour faire de la manutention… Finalement on est tous « fils de… » Et c’est intéressant selon le milieu social. Tu connais la chanson d’Iam, nés sous la même étoile.

cobra 4Dans le générique, je vois la silhouette d’un mec balaise avec à la place du bras gauche, un canon laser. En plein générique, alors que je suis assis dans le canapé, le type défouraille direct ! L’épisode commence. Le mec qui vit dans le futur, les années 2000 (Je pense que toi aussi tu pensais que ce serait comme ça en 2000… Et oui, on s’est fait carna). Johnson, un smicard de l’espace est réveillé par son robot, alors qu’on est dimanche. Du coup, après avoir pris un café, le jeune homme se demande ce qu’il va faire aujourd’hui. Il se paye un ticket pour la maison des rêves, et il s’évade en devenant un pirate de l’espace, cobra. En réalité, Johnson ne fait que se souvenir qui il est, cobra. Il revoit sa vie passée, avec son lot de bastons, de trésor et de meufs. Un peu grande gueule, Johnson, emballé par cette expérience et son rêve se vante au casino d’être le fameux cobra, un pirate de l’espace. Après avoir remporté un paquet de fric, le patron du casino le convoque. De là, il se fait embrouiller par les videurs qui cherchent à le tuer, alors que les deux molosses sont sur le point de l’achever, le type découvre qu’il a une arme fatale dans son bras gauche, et leur fais un trou. Impressionnant ! C’est en panique qu’il se sauve chez lui. Mais le patron du Casino qui a découvert que c’est Cobra et qui le cherche depuis cinq ans décide de le tuer. Au final, Cobra l’abat et sous son robot domestique, se cache Armanoïde, une meuf en métal, et fidèle compagne d’arme.

EQUIPE RUGBALLJohnson qui se plaignait de sa routine, réalise que sa vie était plus qu’agitée auparavant. Il reprend la route de l’espace, (ce qui me parait chelou et peu crédible avec du recul, c’est que le type quitte sa vie, et ne pense même pas à faire le nécessaire pour toucher les Assedics) Si les premiers épisodes sont soft, la suite va me mettre en haleine. Cobra au delà d’être un dessin animé moderne, pour l’époque, fait sortir notre coté dalleux. Cobra, est un sadique, au même titre que Nicky Larson. Et du coup, nous aussi. Je me souviens que Marc, un de mes camarades de classe, n’en pouvait plus sur Jane, et Domnique. Un autre de mes potes sortir qu’avec des blondes. Quand à moi, je suis retourné le lendemain au collège, en me disant que j’avais perdu la mémoire et que j’étais moi aussi un pirate de l’espace. La vérité, j’étais juste un galérien de l’espace, mais à défaut d’avoir Dominique j’avais Evelyne, et Linda. Bon c’est vrai elles ne me calculaient pas, mais c’est une autre histoire. (ça te fait rire ? je vais te filer une paire de lunette Plasma, des Americana, et des gros cheveux, tu feras moins le malin !)

Quartier du vieux Saint Ouen
Moi (en mode Rox et Rouky) : Hey les gars…C’est où l’Ile des Vannes ?
Eux (en mode pirates de l’espace) : Prêtes-moi ta veste de challenger…
Moi (en mode Cobra) : Ecoutez les gars, ne me cherchez pas…
Eux (en mode Connards mort de rire) : Ah ouais…Tu vas faire quoi Yves Mourousi (Yves Mourousi portaient lui aussi des lunettes marrantes)
Moi (essayant de retirer mon bras gauche) : Rayon Deltaaaaaaaaaa !!!!
Eux (en mode warriors la partie commence) : Tous sur Yves Mourousi !!!!
Moi (en pleur, et en sang) : Merde…Mon rayon Delta ne marche pas.

Tu l’auras compris, chère copine et copain lecteur, ne confonds pas la fiction et la réalité. Le problème c’est qu’à l’époque, après les dessins animés, on ne précisait pas : « Toute ressemblance avec des situations réelles ou avec des personnes existantes ou ayant existés ne saurait être que fortuite »

ARMANOIDECobra, m’a fait kiffer, car il avait de l’humour, et surtout que c’était un mec humble, et un chaud. Un vrai héros, presque comme moi à l’époque. Tous les aficionados du mec le plus chaud de l’espace te le diront, les épisodes les plus fous étaient bien entendu ceux avec la compétition de Rugball. Un sport violent entre le baseball, et le football américain avec aucune règle, puisque tous les coups sont permis. Parmi les membres de l’équipe, un grand nombre d’entre eux resteront sur le carreau. Je tiens à souligner qu’y avait des têtes qui faisaient flipper… Y a eu bien sur les épisodes de ouf comme l’homme de verre, et aussi Salamandar. D’ailleurs, Cobra ira retrouver deux de ses potos super chauds pour affronter ce redoutable ennemi. La série s’est terminée après m’avoir fait kiffer, bon bien sur à la fin de l’année j’aurai bien voulu avoir un canon laser, quand au conseil de classe, on a décidé de me faire redoubler. Mais ça c’est une autre histoire.

Plus tard, j’apprendrai que le dessinateur fan de Jean Paul Belmondo s’est inspiré de lui pour les traits du personnage Cobra, et de Jane Fonda pour les sœurs Jane, et Dominique (je ne me rappelle plus du blase de la troisième)… Ah si ! …Catherine. Il y a eu un film aussi. Mais je me suis arrêté au dessin animé.

Rachid Santaki

Bande son de l’article :
Prince « Purple Rain »
Samantha Fox « Touch Me »
Michael Jackson, Lionel Richie «We Are The World»
Rockwell «Somebody’s Watchin me»
Renaud «Mistral Gagnant»


C’est à moi qu’tu parles ?!!

18 octobre 2009

Juin 1995. Jacques Chirac est de nouveau président, et les Guignols le taille avec son histoire de pomme. Kamel d’Alliance Ethnik et Crazy B font danser la France des quartiers avec les morceaux « Respect », « Simple et Funky ». Et je vis toujours à Saint Ouen, avec le seul frère qu’il me reste, Hicham mon autre frangin nous a quitté depuis quatre années.

LA HAINE 1Youpi l’école est finie. Et j’attends les résultats des examens BAC Pro comptabilité. La vérité,  copine et copain lecteurs, c’est que je n’ai jamais ouvert un cahier, alors je n’espère pas que le BAC m’ouvre ses bras. Je n’attends qu’une chose, me barrer à Marrakech, retrouver la famille, les sorties et le soleil. Le week-end, je travaille au Ritz. Et la semaine aussi. Là-bas, j’ai fais connaissance d’un type comme moi, comme toi. Mohamed A. Il deviendra mon ami, on se tape quelques sorties comme Le Fun Raï, des virées sur Paris et on se raconte nos vies. Lui, à Noisy, et moi à Saint Ouen. Notre quotidien se résume à la musique, la famille, les barres de rire (même si on n’est pas marrant) et les cicatrices.

Dans la Renault 18 GTX du daron que je conduis, l’album « Get Up On It » de Keith Sweat tourne en boucle. Et ma meuf de l’époque, Malika, occupe mes pensées, et me fait tomber d’encore plus bas, vu que je suis déjà bien bas, t’inquiètes je peux en parler car j’ai déjà mal au dos. Y a aussi une vérité, l’échec scolaire qui me pend au nez, et  mes rêves d’avancer sont bloqués au péage de la réalité.

la haine 2Alors qu’on est au taff, Mohamed me parle d’un film : La Haine. Hier soir, il est parti le voir au ciné, et m’a raconté que le film l’a scotché. A la fin, un silence de mort. Normal, il me dit que Vinz s’est fait tué, et le public s’est levé puis a applaudi pendnat quelques minutes. Il m’a dit avoir été touché par la tranche de vie,de ces trois gars de té-ci. Malika aussi, m’a raconté le film. Elle a kiffé. La Haine m’intrigue, les jours passent et nous sommes arrivés au Jour J. Les résultats du BAC sont affiché à Louise Michel, un lycée professionnel d’Epinay sur Seine. Pas de BAC pour Mehdi, moi et pas mal d’autres de mes camarades de classe. Mon pote m’a téléphoné pour me l’annoncer, car la vérité, l’école c’est définitivement fini. L’année prochaine je n’irai plus étudier, je rentrerai dans la vie active. Je ferai ce qu’y a : manutentionnaire comme mon père, ou chauffeur livreur.

Quelques semaines plus tard, je pars avec mon frère à Marrakech. Avec Mohamed on devait se retrouver, mais la vie en a fait autrement. Et il disparaitra, emporté par les éboulements de la vallée d’Ourika. Un été où on s’est éclaté,  avec Shaddok, Mounir et les têtes de Stains, mais qui finira par ce triste événement. Quand je suis rentré de ces vacances particulières, j’ai regardé La Haine, en pensant à lui, sa famille. L’histoire est simple, une fresque de trois mecs. Hubert, Vinz, et Saïd. Des mecs comme toi, comme moi, comme nous. Des mecs qui galèrent, qui mythonnent (du verbe mythonner) comme tous les jeunes de notre époque. Vinz me fait marrer avec sa phase devant le miroir, du mec chaud : C’est à moi que tu parles !!! T’as du faire la même, juste après le film, devant ta glace, hein ?

La Haine m’a touché. C’est le premier film sur la galère. Pendant tous le film, les mecs s’ennuient. Un terme familier, l’ennui, la galère. Une chose qu’on a tous vécu, jeune et peut être moins jeune. Pas de tunes, pas de meufs, pas de coupes. Oui, ça t’as aussi parlé quand Said se fait niquer ses cheveux (C’est la première fois que je voyais une coupe victime d’une tournante). On habite dans un quartier, et la seule chose qui nous tient c’est l’ennui. Alors on essai de le tuer. Un peu ce que font nos trois personnages. Y a ces interludes qui raisonnent dans nos têtes. Jusqu’ici tout va bien… Jusqu’ici tout va bien… La haine, c’est aussi le premier film hip hop. De la scène culte avec Cut Killer qui scratche en plein milieu de la cité –ASSASSIN DE LA POLICE – A ces gars qui font du break dans le hall de l’immeuble. Et Solo, alors encore membre du groupe Assassin qui se fait recaler en boite, et revient tirer sur les portiers. Un classique des caillera qui se font remballer l’accès en boite, et qui reviennent fumer les videurs. Si t’as fréquenté le Fun Raï, le Niagara et autres genres de boites tu connais…

Au-delà du film en lui-même, son coté hip hop à La Haine, c’est bien sur la bande originale du film, avec Sté, Iam, Ministère Amer. Le plus cramé dans les cités sera celui d’Expression Direkt, les rappeurs du 7.8, avec le fameux titre « dealer pour survivre ». Certains de ceux qui dealent du 7.8, l’adopteront comme hymne, et le feront tourner au bled sur la cote d’Agadir dans leur Golf cabriolet, et leurs sapes avec le fameux croco. C’est avec eux, que ça dégénérera en boite, avec les potos sous défonce. Le 93 VS le 78, au Beach Club cette année là sera aussi un des matchs de l’été.

la haine 4La Haine, j’ai du le regarder une bonne dizaine de fois. Lors de mes insomnies à des heures pas possibles, et je me retrouvais avec les trois personnages principaux à galérer. T’as du kiffer avec la scène du Skinhead, et comment le type s’est chié dessus. Une revanche sur ce sentiment d’impuissance. On s’est forcément reconnu, parce que combien de fois avec mes potes nous sommes rentrés à pieds ? Combien de fois avec les meufs on nous a mis des râteaux parce qu’on était des « énervés » ? Et combien de fois on a écouté un p’ti nous raconter que de la merde ? Y a bien sur la mort dans ce film celle de Abdel Ichaha, et de Vinz, tous deux sont partis suite à une bavure policière. Cela te rappelle surement ce sentiment, une annonce, celle du départ d’un être cher ou que tu connais bien. Et un silence, celui de la peine, de la douleur. La haine, ça t’as parlé, nous a parlé, ça leur a parlé parce que pour une fois il pouvait comprendre les maux des mecs de quartiers, et quelque part le ressentir. Parait que Juppé, alors premier ministre à l’époque a organisé une projection aux membres du ministère de l’intérieur, qui se seraient tournés en signe de protestation sur ce que soulevait le film : Les dérapages de la police. La Haine a remporté des prix, celui du meilleur montage, meilleur producteur, meilleur film.

la haine 5Plus tard, j’ai rencontré les gens du film. Said Taghmaoui, pour le mettre en invité dans 5styles, le mec connaissait mes potes de Wrung. Et la vérité c’est que je me demande comment un mec comme Kassovitz a pu réaliser ce film ? Il avait voulu qu’NTM soit sur la bande son, et avait soumis l’idée à Joeystarr de prendre les bandes  d’un de leur titre chez Epic. La moitié d’NTM l’a remballé, véridique, Didier Morville nous l’a dit. Kassovitz, je l’ai même rencontré dans le cadre de mon travail, pour faire son interview, et il avait cette image d’un type déconnecté. Quoi qu’il en soit, La Haine, restera un classique du cinéma, malgré les critiques, et certaines réalités. Une mention spéciale à Saïd, et Vinz. Et aussi à Hubert qu’on a du coup moins revu, mais qu’on entend toujours – Le plus dur c’est pas la chute mais l’atterrissage – Je finirai par ce que j’ai dis dans mon livre, (ndla La Petite Cité Dans La Prairie) Hubert, – Le plus dur ce n’est pas l’atterrissage, mais le décollage… Parce qu’avant de chuter faut peut être atteindre le sommet.

Quatorze ans après,  La Haine est toujours d’actualité, et il suffit de penser aux événements de Clichy Sous Bois, Villiers-Le-Bel et tous ceux étouffés par les forces de l’ordre. Probable qu’après cet article je serai comme Booba en lecture à la Fnac et chez les R.G.

Une pensée pour Mohamed A et sa famille.

Rachid Santaki

Bande son de l’article :

  • Get Up On It – Keith Sweat
  • Dealer Pour Survivre – Expression Direkt
  • La fièvre – NTM
  • C’est La Même Histoire – Ste Stausz
  • Believe In Love – Teddy Pendergrass
  • Je ne suis pas à plaindre – Akhenaton
  • Tout n’est pas si facile – NTM

CAPITAINE FLAM

12 octobre 2009

captainflam 11981. François Mitterrand devient le 21eme président de la république, et tiendra les commandes de la France jusque 1995. Le Choix Des Armes sort au cinéma. Depardieu y joue le rôle de Mickey une caillera au grand cœur, face à « Monsieur « Yves Montand. Quelques scènes du film se déroulent à la cité des 4000 à la Courneuve.  Depuis trois ans je suis revenu du bled, et je vis à Saint Ouen,(93) dans l’allée Bachelet. Cette année là, je suis un petit écolier qui vient de redoubler le Cours Primaire, et souvent j’suis seul, ce n’est pas pour rien qu’Oxmo Puccino chantera « l’enfant seul, je sais que c’est toi ». Mon frère cadet Hicham, est en maternelle, il vient de revenir du bled. Ma mère est caissière au Prisunic, mon daron responsable de manutention sur les docks de Saint Ouen. Je découvre la télévision, le tube cathodique, celle avec les trois chaînes et les aventures d’un capitaine pas comme les autres : Le capitaine Flam.

Le mercredi, est la  journée la plus redoutée par ma mère. Obligée de travailler, et personne pour nous garder, on ne loupait jamais de faire un truc de dingue. Comme cette fois où avec mon frère on a  ouvert la fenêtre et vidé toute l’armoire de mes parents pour les jeter par la fenêtre. Une voisine est partie chercher ma mère au Prisunic. Le seul truc qui nous tient c’est la télévision. Elle nous calme, nous captive. Et le mercredi la première chaine diffuse un programme : les visiteurs du mercredi, une émission de jeunesse présentée par Christophe Izard, le gentil type à la calvitie. Ce programme  fait taffer Garcimore. Un magicien qui rigole chelou, avec un accent proche de celui de Linda de Souza.

capitaine_flam2Quatre heures de programme, et surtout un dessin animé diffusé à 15h00. Le Capitaine Flam. Une voix off : « Au fin fond de l’univers, à des années et des années lumière de la terre, veille celui que le gouvernement intersidéral appelle, quand il n’est plus capable de trouver une solution à ses problèmes, quand il ne reste plus aucun espoir : le capitaine Flam » Je te rassure copine et copain lecteur, si t’as un découvert à la banque, que t’as mis une banane à une tête, que t’en a marre de ton patron, laisse le capitaine flam tranquille ! Lui, ne se déplace que pour les grosses affaires, avec sa grosse équipe. Le générique commence. Une instru un peu fanfare, et des paroles qui positionnent notre héros : « Capitaine Flam tu n’es pas de notre galaxie mais du fond de la nuit, d’aussi loin que l’infini tu descends jusqu’ici pour sauver tous les hommes ». Un générique de ouf, mais pire, son équipe. Le capitaine Flam c’est la grande classe, et ses acolytes, de vrais chauds. Pour nous Flam venait de l’an 2000. En 1980, on attendait de voir ces vaisseaux etc. Les années sont passés, on roule toujours en voiture, y a jamais eu de vaisseau… Quelle banane…


capitaine flam 3


Le Cyberlabe, c’est le vaisseau du Captaine Flam. Sur sa pièce d’identité, son blase c’est Curtis Newton. Ses parents sont morts, suite à une attaque sur une station spatiale, c’est ce que dit la voix off. Le Capitaine Flam a donc  un quelque chose de Rémy sans famille, mais s’il n’a pas choisi pas sa famille, il l’a construite. Il a grandi avec deux humanoïdes Grag et Mala, et une tête : Le professeur Simon. Un pote au daron du capitaine Flam, qui a fait transférer son cerveau dans un boîtier métallique. Ce type, si je l’avais fréquenté, je n’aurai jamais redoublé ni le CP, et encore moins la 5eme. Et il m’aurait conseillé quand la conseillère d’éducation a tenté de m’envoyer en BEP Chaussure. Bref, tout ça pour t’expliquer que le capitaine Flam arrivé à ses dix huit bougies a décidé de se battre contre le mal. Parmi ses potos, y a Grag. Un robot élaboré par Le Professeur Simon. Il a élevé le capitaine Flam, et porte toujours le même gilet (on dirait qu’il l’a emprunté à Yakari) pendant l’intégralité de la série. Steuplait Grag, moi aussi je gardais les mêmes vêtements mais là toute l’année, c’est trop ! Limaye était son petit animal domestique.

Mala, c’était le mec hip hop du dessin animé. Rien qu’à sa manière de porter sa casquette de marin, ça faisait cliché. Lui aussi est un humanoïde, et sa particularité est de  prendre n’importe quelle apparence grâce à sa chair spéciale, une sorte de caméléon. Il chambre sans cesse Grag, et même Capitaine Flam qui fait le zameul* avec Johann. Son Animal de compagnie s’appelle Fregolo. La bombe du dessin animé, c’est bien sur Johann, c’est LA meuf : douce et belle, à cette époque j’en peux plus. Il faut dire que les blondes était à la mode. Les réalisateurs du dessin animé avaient bien calculé le truc, pour qu’on s’identifie il avait mis un gosse. Un petit mignon, Ken. A chaque épisode, je me disais qu’il avait de la chance ce p’ti batard ! Alors que moi je galérais dans l’appart. Et le seul vaisseau était la Renault 18 de mon daron. Sa caisse n’avait rien d’un vaisseau spatiale.

J’avais le même âge que Ken. Et avec mon frère on se disait- Pourquoi pour lui c’est le Cyberlabe. Pour nous les cahiers avec des centaines de lignes à recopier. Certains naissent à Saint Ouen, et d’autres dans la galaxie.  Pourquoi suis je pas né dans les étoiles… (je m’arrête là car Les mecs d’IAM vont me trainer en justice). Tu l’auras compris, on enviait le p’ti Ken. Mais dans le fond on l’aimait bien, même si il servait à rien. Le pire c’est qu’y a des meufs qui kiffaient sur lui !

Mise à part ce mec qui nous pourrisaient le délire, et mon psy l’a bien compris. Je respectai beaucoup le capitaine Flam. Il gérais la situation, et restait fort malgré l’absence de ces darons. Dans aucun épisode, il s’est plaint. Je me disais que c’était un VRAI bonhomme. Les premiers épisodes m’ont fait flipper. Les humains étaient victimes d’un phénomène, la rétrogradation de l’espèce. Le type se tortillait dans tous les sens avant de se déchaîner un peu comme dans l’exorciste (tu vas mal dormir ce soir hein !), et de finir au sol inanimé, transformé en singe. Le soir même, je flippais, me demandant et si j’avais été victime de l’empereur de l’espace, le commanditaire de tout ça. Les aventures du capitaine Flam m’ont fascinée, fait rêvé, m’a fait voler. J’ai même eu la figurine du capitaine, un peu pourrie je te l’avoue, mais j’ai refait les épisodes. Y a eu ensuite d’autres mecs chauds de l’espace :  Albator, Ulysse 31. Je me souviens que par nostalgie, j’ai acheté le coffret en 1999, et je me suis retapé tous les épisodes (quoi ? Le capitaine Flam y a pas d’age pour en manger). Mes yeux brillaient… Y a même des gens qui ont dansé sur le générique. (je donnerai pas de nom In**** Ko******) Y a pas à dire, quel type ce capitaine flam…


J’fais de la thaï

6 octobre 2009

kickboxer1989. Le juge a confié la garde à notre père, et nous sommes de retour à Saint Ouen, après avoir connu une période instable les choses semblent s’améliorer.  L’enfance est derrière nous, l’adolescence notre présent et notre futur à quelques bornes. Avec mon frère, on a cotisé et on s’est acheté avec l’argent du marché une console Sega Master System, et le petit Alex-kid a de sacrés oreilles. Depuis, il a du les recoller avec l’oseille qu’il nous a pris, à 990 francs la console ! Cette année là, Technotonic nous fait danser sur Pump The Jam, Roch Voisine fait pleurer les meufs avec Hélène, et les NTM nous rappent que Le monde de demain nous appartient. Voltage nous passe de la funk, TF1 nous fait passer de sacrés soirées avec Foucault, et on regarde Canal en mode crypté, quand on fait nos dalleux. Je travaille le week-end aux puces, vend des 501 et des cuirs. Ma patronne Georgette, flippe tellement, qu’elle ne bouge pas du stand, plusieurs fois je la grille en train de pisser dans un sac plastique à l’arrière du camion. Véridique. C’est à cette période que je tutoie un sport qui va marquer ma vie : la boxe thaïlandaise, qu’on appelle « la thaï ».

Depuis l’année dernière, ça parle de boxe Thaï, un sport arrivé en France depuis quelques années. J’ai récemment vu le film « Booldsport » avec Vandamme, et j’ai trop kiffé Paco, le mec chaud qui faisait du muay thaï avec un short rouge, mais qui s’est fait goumé par Franck Dux.  Dans mon ancien collège, certains disaient que les mecs qui font de la « thaï » cassaient des bouteilles de verre avec leurs tibias, abattaient des éléphants en criant Heeeuuuussss ! D’autres prétendaient que c’était le sport le plus violent de tous les temps, que les mecs chauds de la street en faisaient pour dépouiller, et que même un mec de la thaï avait déboité Belmondo et Bud Spencer. Et moi je rêve de pratiquer ce sport à base de coups de poings, genoux et tibias. Un soir d’octobre 1989, je franchis la porte du gymnase La Courtille de Saint Denis au cœur des cités de Floréal. Un pote m’a dit que c’était là bas que tout se passe. Nous sommes lundi, il est bientôt 19h00. Sur place je ne vois aucun type casser des bouteilles de verres sur ses tibias, ou des mecs taper contre un arbre et le briser (Purée, quel truc de mytho Kick Boxer…) L’entraineur qui vient d’arriver m’autorise à essayer le cours. Je me change dans les vestiaires, et j’hallucine devant les shorts de boxe des autres. Je suis un vrai bohémien, et j’enfile un vieux bermuda Creeks. On court le long des murs de la salle pour s’échauffer. Sam Berrandou, l’entraineur, a installé le ring, et allumé son radio cassette. Il a mis  de la  funk : Ray Parker Junior si tu connais, Jocelyne Brown ou encore Delegation. On est en banlieue, et la vérité y a que des rebeu et renoi dans la salle. Échauffement. Puis il nous montre des techniques de base : blocage, remise avec les middle kicks. L’entrainement est dur entre la corde à sauter, le travail au sac de frappe, et les mises de gants. Je reconnais des mecs du collège : Karim Faidgah (RIP), Sora Yara, et d’autres têtes de Saint Denis.

dany bill 2

Les semaines défilent, et à chaque entrainement je prends gout à ce sport qui ne laisse pas de répits pour les faibles, et dont les plus forts donnent le rythme à base de kicks et de direct du droit. J’ai un avantage : l’anglaise, et un putain de problème des pieds du 46… Je me sens proche de ces camarades de salles. L’un des plus fous est sans conteste Anastase, Jean Paul de son prénom. Un métisse antillais  qui donne tous dans l’entrainement. Il m’étouffera pendant plus de trois quart d’heure à des séances de corps à corps, mais je progresse, quelques entrainements plus tard je rentrerai dans son délire.Il affrontera en 1991 Dany Bill pour la finale du championnat de France. Mais il perdra face à celui qui deviendra la référence des rings de France jusqu’en Thaïlande.

A chaque séance, je reviens forgé de cette « culture de banlieue » comme dirait Arlette Chabot. Après le hip hop, la banlieue a eu la boxe thaïlandaise. Si dans le achipé achopé les ambassadeurs sont les NTM, IAM et les Actuel Force. En boxe Thaïlandaise, les fers de lance sont Dida Diafat, Farid Keniche, Dany Bill. Sora, un des boxeurs de notre club qui brillera aussi,  jusqu’au titre de champion d’Europe. Y a aussi le néerlandais Ramon Dekkers, la terreur des rings qui avance, avec un seul objectif, étouffer son adversaire. Il en dominera beaucoup sur le ring et sera l’un dess premiers européens à battre les thaï chez eux. Mais les afficionados se souviendront de la punition qu’il a reçu de la part de Dany Bill (encore lui !).  L’autre hollandais c’est Rob Kaman, et  l’américain Rick Roufus qui s’affronteront devant le public de Bercy.  A l’époque les trois clubs dont tout le monde parle sont le Nemrod, Le Derek, et Le Lumpini.  Mon pote de classe Mickael est au Nemrod, je suis au Lumpini.  Et on ne manque aucun gala que diffuse Canal Plus, souvent on va sur place encourager nos gens.

RAMON DEKERSEn 1991, j’ai arrêté pendant quelques années, et je t’avoue copine et copain lecteur que je n’aurai jamais pensé y retourner, ne me demande pas pourquoi… Parce que pour une fois, mon blog va te faire chialer. Les années ont défilés, certains des pratiquants nous ont quittés, d’autres ont brillés : Mourad Sari, Kamel Jemel, Totof, Moussa Sissoko… Un en particulier m’a trahi, et si j’ai parfois lâché la salle, j’y suis toujours retourné. Aujourd’hui, c’est au Derek de La Courneuve que j’apprends avec Claude, Tony, Abdel, Léon et tous les adhérents. Léon Mendy me l’a dit : « Pour réussir à maitriser les clés de ce sport il faut en avoir « Le gout » et il a raison, j’applique même son conseil dans mon quotidien. Le temps est passé, Le Nemrod n’existe plus, Dany a raccroché les gants. Dida est sur facebook, Gregory Choplin a repris la relève, Totof montre qu’il est toujours là et que ce n’est pas  pour rien qu’il a participé 5 fois au tournoi du roi de Thailande. Les rappeurs aussi tapent au paos, tu peux le voir sur Daily motion, ou sur le DVD de la Mafia K1 Fry. La boxe thaïlandaise un sport a des valeurs que tu ne peux pas tronquer… Et si ce sport a marqué autant de jeunes de banlieues, c’est parce qu’à travers cette pratique ils ont trouvé une famille et des repères qu’ils n’avaient plus à la maison. Même si je crie pas devant les autres j’fais d’la thaï, je la kiffe et je lui écris des poèmes.