Je suis sans famille, et je m’appelle Rémi…

20 décembre 2009

1983. Le 7eme art français est en deuil, Luis de Funès est mort d’un infarctus. Au cinéma, dans Rocky 3 : Mister T va coucher l’étalon italien qui retrouvera l’oeil du tigre et reprendra sa ceinture malgré la mort de Mickey. Côté musique, Axel Bauer avec Cargo de nuit, et Jean Jacques Goldmann occupent le top des ventes. Les mômes de mon âge réalisent que c’est bien d’avoir une famille. Et ça, c’est un certain Rémi qui nous l’apprend.

A cette époque je suis en CM1. à l’école Bachelet. Mon institutrice s’appelle madame Dabet, une femme d’une quarantaine d’année, douce et pédagogue. La première de la classe est Virginie Lattenzio, personne ne peut la déclasser depuis le CP. Mon frère Hicham fout la merde en CE2 avec ses potes Mohamed Saïd, et Hassan Adam et mon petit frère rentre en CP. Entre les jeux dehors dans la cage à poule, et les fins de journée devant les dessins animés, je viens de passer mon dixième automne. Je regarde la télévision, on a que trois chaînes, et la meilleure est TF1. Tous les mercredis le programme de jeunesse « MER-CRE-DIT-MOI-TOUT » diffuse un nouveau dessin animé intitulé Rémi Sans famille qui fait chialer ma mère, mes frères et moi. Mon père ne craque pas, mais c’est normal quand t’as commencé à travailler au bled à l’âge de douze ans, ce n’est pas la life du petit Rémi qui va te faire pleurer. C’est la première fois qu’un dessin animé me fera autant mal au cœur, plus tard y aura Princesse Sarah mais Rémi c’est le summum de la hass!

Si les paroles du générique sont bon enfant :  (…) Je suis sans famille, je m’appelle Rémi, et je me ballade avec tous mes amis (…). Le contenu adapté du livre Sans Famille d’Hector Malot reste hardcore, d’ailleurs je n’ai pas compris pourquoi Kery james n’a pas fait de phase du style hardcore comme la vie du petit Rémi.

Rémi un enfant de huit ans mène une vie paisible à Chavanon un petit bled dans le massif français avec sa daronne et sa vache Roussette. Y a un truc que je n’ai pas compris comment ce gamin se contente de vivre sans Gulli, internet, MSN et facebook. Son père qui travaille sur Paris, perd son taffe suite à un accident, un échafaudage s’écroule sur lui. Oui, je sais copine et copains lecteurs, tu vas me dire mais il ne touchait pas les Assedics et sa mutuelle ne prend pas en charge les accidents de travail ? Mais nous sommes en 1900 et le père de Rémi fait un procès à son employeur. Sa petite famille reste sans nouvelles pendant plusieurs mois. Des mecs qui travaillent avec lui apportent des messages, et souvent ils reviennent à pied. Purée, c’est là que tu te dis la vie est dure sans transport, et encore plus sans confiture. Le temps passe et Rémi n’a qu’une hâte : retrouver son père qu’il n’a jamais vu. Le jour tant attendu arrive, alors que la mère de Rémi est en hass, les voisins donnent de quoi faire mardi gras. Un homme rentre : C’est Jérôme Barberin, il se montre hostile envers Rémi. Mes frères et moi sommes devant la télé et on regarde les touchantes retrouvailles. Son daron qui tient une canne repousse son fils, comme une merde !! Le petit est choqué, et n’en dort pas de la nuit. En réalité, l’enfant a été recueilli par l’homme dans les rues de Paris et Rémi apprend ça en pleine nuit. Sa mère lui dit la vérité le  lendemain. Le choc !

En pleine après midi, l’homme emmène au village le gamin et avoue dans une taverne au patron, avoir recueilli l’enfant par intérêt. Il pensait recevoir une forte récompense car le nourisson était dans des linges de luxe. Purée, quel matérialiste ce jérôme Barberin !

Un homme assis au fond de la taverne propose de dédommager Jérome Barberin et lui donne 40 francs pour recueillir Rémi. L’enfant est vendu et il part avec cet inconnu. Le solide monsieur ne parle jamais, et forme Rémi au métier de la comédie et de la musique avec ses animaux, Kappi, Zerbino, Dolce, Jolicoeur  à travers la France. Il entame une tournée nationale. Le but de Vitalis est de faire du jeune garçon un homme et c’est vrai qu’on est loin de se douter de ce que va devenir Rémi : un mec OP (qui signifie opérationnel, débrouillard, un hafrite quoi!)

Après la diffusion du premier épisode, j’ai tout de suite regardé ma mère et mon père, et pendant quelques jours je flippais car je me disais que mon père me vendrait peut être moi aussi. Mais un type de l’état, qui a vu Rémi sans Famille a eu l’idée géniale de monter la CAF afin d’éviter que les darons sans scrupules revendent leur gosse pour quarante balles.  Copine et copain lecteur, ça te fait rire, mais quand je vais t’envoyer en amérique du sud, tu vas voir que la réalité peut dépasser la chambrette.

Au fil des épisodes, on tient le coup avec des antidépresseurs : Vitalis fait du heb’s et l’enfant est recueilli sur une Péniche. En 2002, les médias on fait tout un scandale sur l’affaire de Joeystarr et le singe. Des gens se sont mobilisés pour ce singe.  Mais personne n’a bougé pour JOLICOEUR. L’épisode le plus violent est incontestablement la mort du petit singe (Rest In Peace). Je me souviens qu’au moment où Jolicoeur meurt dans les bras de Rémi, mon père s’est brusquement allé dans la cuisine. Après avoir séché mes larmes, je suis parti le voir. Quand je lui ai dit papa pourquoi tu pleures ? Il m’a répondu que c’était les oignions. Mais je lui ai fait remarqué qu’il coupait des tomates. Après m’avoir envoyé contre le mur avec un front kick du 43 et demi, il a hurlé pourquoi Jolicoeur est mort !!! J’avais compris une chose même John Rambo se serait mis à chialer au moment de la mort du petit singe. Le lendemain, madame Dabet a demandé une minute de silence pour Jolicoeur. On a fait un devoir sur lui, et on s’est remémoré tous les souvenirs avec lui.

A chaque diffusion j’inscrivais sur le mur de ma chambre la liste des défunts : les deux chiens se sont croqués par les loups et même Vitalis qui a perdu la vue, meurt de froid en protégeant Rémi. Mon frère me disait que je n’aurai plus de place pour écrire le nom des victimes du dessin animé. Heureusement, le taux de mortalité s’est réduit par la suite.

Le pire, c’est que le petit Rémi s’est même fait embarquer par  la police de l’époque. Ils l’ont accusé de faire des trafics avec une famille chelou. Après avoir été emprisonné et mis en maison de redressement, il tapera une évasion moins spectaculaire  que celle d’Antonio Ferrara, c’est d’ailleurs son pote de la street, Mattia qui va l’aider.

De drames en drames, j’ai compris ce que c’était d’être Rémi sans famille. Au dernier épisode, j’ai retrouvé le sourire : Rémi a retrouvé sa vraie mère, une meuf pétée de tunes et qui l’avait herbergé sur la Péniche. Mais les nombreuses tragédies du dessin animé ont blessé plein de gosses. Au lendemain de chaque épisode, l’ambiance à la maison et à l’école puait la défaite.

Les médias nous ont parlé de gangsta rap et de mecs comme 50Cent, mais la vérité c’est que Rémi est plus chaud que Fifty, et sans avoir été transpercé de neuf balles. Le gamin retourne à Chavanon, et sur le chamin il prend des tunes et rachète une vache à la femme qui l’a elevé, madame Barberin. Le mari, qui retourne sur Paris meurt, en réalité le mec connaissait l’identité de la mère du gosse. A la fin, alors que Rémi retrouve sa vraie mère, il retourne sur les routes avec son pote Mattia, le chien et le singe. Le gamin qui a vécu l’équivalent de la guerre du Vietnam, et d’Irak réunies s’amuse à feuille, ciseaux, pierre ! Il tourne pendant plusieurs années à faire des représentations. Dix ans plus tard, Rémi deviendra avocat, Mattia un artiste de musique classique. La voix off nous explique que nous devons continuer notre route comme disait Vitalis.

Après avoir augmenté son chiffre d’affaire, le PDG de Kleenex a tenté de relancer son activité économique avec l’arrivée d’un autre dessin animé : Princesse Sarah, mais ça c’est une autre histoire.


Qu’est ce qui pourrait sauver l’amour ?

18 décembre 2009

« Dix piges dans tes bras, je rêve dans tes draps, je vis dans tes drames » Booba, Maman dort.

1985. Au cinéma, John Rambo sort ses gros muscles et ses armes pour sauver les portés disparus au Vietnam. Marty Mc Fly cherche à retourner dans le futur et sauver le Doc. Sur les ondes, Daniel Balavoine nous chante que l’amour est en danger et qu’il faut le sauver, son disque se vendra à plus d’un million d’exemplaires et me donnera envie de chialer.

Mars, 1985. Saint Ouen. Je suis revenu de la classe de neige à Saint Véran depuis quelques semaines et mes frères m’ont manqué. La vérité, c’est qu’avec ce séjour j’ai fui les problèmes à la maison qui commencent à peser dans ma vie d’enfant d’onze ans. Mon père a quelques problèmes avec la bouteille et j’ai aussi les miens : d’énormes lunettes et de gros cheveux (cher copain et copine lecteur tu trouveras ci-joint une photo dossier).Dans ma classe, et d’après mes camarades, les plus belles meufs sont une brune aux yeux bleus, et une châtain clair : Carole Lafond et Katell Lepollotec mais je suis fou amoureux de Virginie Lattenzio, une petite meuf toute maigre avec une coupe garçon, et des lunettes. Copine et copain lecteurs, je sais ce que tu penses mais les goûts et les couleurs ça ne se discutent pas ! Mes meilleurs potes sont mes voisins, Bruno Geniller, Samir et David Atlan. A l’école, c’est vraiment la belle vie.

A la maison, depuis mon retour de la classe de neige ma mère écoute une chanson d’un certain Daniel Balavoine. Il s’est fait connaître avec un titre « Le Chanteur » où il raconte les différentes étapes de sa vie d’artiste : ses envies, ses rêves. Il décrit un musicien qui connaît un immense succès mais qui veut mourir malheureux. Il a depuis enchaîné les succès avec « Mon Fils Ma Bataille » et « Je Ne Suis Pas Un Héros ». C’est l’une des stars des années 80 et surtout un type qui semble sincère, et accessible. Ma mère écoute sa musique après les scènes de ménage et les absences mon père. La vérité copine et copain lecteurs, c’est que la musique de Balavoine met du baume au cœur de ma mère, et rien que pour ça le gosse que je suis, kiffe !

Cinq ans plus tôt, le chanteur a marqué les esprits lors du journal télévisé sur Antenne 2. Alors que François Mitterrand est l’invité du journal de midi, et que le président commente l’actualité en répondant aux questions des présentateurs. Daniel Balavoine s’énerve et quitte son siège car il sait qu’il va avoir la parole que quelques secondes. Après avoir quitté sa place, il revient et s’exprime sur la jeunesse, les ouvriers et même les immigrés : « Ce que je voudrais savoir, ce qui m’aurait bien intéressé c’est à qui les travailleurs immigrés payent les loyers qu’ils payent, on a vu tout à l’heure des gens qui disaient : « on payent 700 francs par mois », moi je voudrais savoir qui encaisse de l’argent pour louer des poubelles pareilles c’est ça que je voudrais qu’on me dise, c’est pas savoir comment on peut faire pour changer, je voudrais savoir qui ose tout les mois demander 700 francs à des travailleurs immigrés pour vivre dans des poubelles et dans des taudis, ça c’est ça que je voudrais qu’on m’explique parce que moi je ne le sais pas » François Mitterrand intervient et encourage l’initiative et la personnalité du chanteur. Après ce plateau, la popularité du chanteur et sa musique vont prendre une ampleur grandissante. Des millions de personnes en France aiment le chanteur, ma mère fait partie de son public, du coup moi aussi.

En 1983, alors qu’il participe au Paris Dakar, Daniel Balavoine découvre l’Afrique : la misère, et les enfants qui meurent de faim. Il s’engage et fonde avec ses amis Michel Berger et France Gall l’association « Actions Ecoles » pour combattre la famine et l’éducation. A la maison, ma mère écoute de plus en plus ses chansons. Sauver l’amour est sa préférée, ses paroles me font réfléchir : qu’est ce qui pourrait sauver l’amour. Pas la juge en tout cas, qui prononcera le divorce quelques années plus tard.

En 1985, son album sort et c’est le single qui me marquera. Il chante l’Aziza, un mot qu’on entend au bled et qui signifie chérie, bien aimé. Dans le clip on voit une très belle femme, mate de peau. Alors que le single rentre timidement dans le top 50 de Marc Toesca, il occupera pendant huit semaines le top du classement. Daniel meurt en janvier 1986 dans un accident d’hélicoptère. J’apprend ça à la DASS, ma mère s’est sauvée de la maison, et nous avons été placé par la juge dans un foyer d’accueil à Denfert Rochereau. Personne n’a sauvé l’amour, et plus tard Oxmo Puccino fera un morceau : L’amour est mort, qu’il le sache ça m’a surpris…

P.S : Copine et copain lecteur, si après lecture de cet article tu déprimes et que tu tentes l’irréparable, l’auteur  ainsi que Rémi sans famille et son singe, Princesse Sarah et le grand père d’Heïdi déclinent toute responsabilité…  Merci de ta compréhension.

Rachid Santaki

Bande son :

Sauver l’amour – Daniel Balavoine
L’amour est mort – Oxmo Puccino
Maman Dort – Mokobé feat Booba
We Are The World – Usa For Africa


Sauvez (Arnold et)Willy…

11 décembre 2009

Octobre 1982. C’est l’année de mes neuf ans. L’année où je découvre au ciné le premier extra terrestre sans papiers : E.T (si t’es pas trop cainri prononces Iti). Pierre Bachelet chante « Les Corons » et  Imagination cartonne avec « Illusion ». 1982 : C’est surtout l’année où je  découvre  le groupe de disco Chic et leur titre « Le Freak » grâce à Arnold et Willy, deux cainri d’Harlem…

Dimanche, fin d’après midi. Un générique commence et j’entends ces paroles. (…) Personne dans le monde ne marche du même pas / Et même si la Terre est ronde, on ne se rencontre pas / Les apparences et les préférences Ont trop d’importance, acceptons les différences (…) Chère copine et copain lecteurs, tu peux arrêter de chanter… Ce blog n’est pas un karaoké.(Merci) Ouais, d’accord on a compris que personne dans le monde ne marche du même pas… Oui, je le sais copine et copain lecteurs puisque à dix ans je chausse déjà du 46 (mais non je rigole, reviens)…

Mes parents, mes deux frères et moi sommes installés dans le salon de notre appartement à Saint Ouen (93). On regarde TF1 et après avoir kiffé le générique un peu funkie on découvre le premier épisode de cette nouvelle série « Arnold Et Willy ».

A la mort de leur mère, Arnold et Willy Jackson sont recueillis par  Philipp Drumond, un riche homme d’affaire de New York. C’est l’employeur de la défunte, et il lui a promis d’élever ses deux enfants si elle disparaissait.  Il habite à Manhattan, un quartier chic des States. Pour te situer un peu le niveau de vie du mec, Monsieur Drummond est tellement blindé qu’il n’a jamais mis les pieds à Leader Price ou Lidl, ni même Carrefour ! C’est le genre de mec qui ne connait ni la CAF, la caisse d’assurance maladie ou encore moins le RSA… Bref, Monsieur Drummond c’est le genre de mec qui n’a que des problèmes de riches et qui va avoir des problèmes de pauvres en adoptant ces deux gamins issus d’un quartier chaud. Quand mon frère les a vu il a dit téma, y Lamine et Adama à la télé. Ces deux mecs étaient des mecs du vieux Saint Ouen, un quartier populaire de la ville.

Dans le sitcom, il y a ces trois personnages mais aussi Virginia la fille de l’homme d’affaire, et madame Garett, la gouvernante un peu déjantée.  Elle faisait très bien la cuisine mais le gros hic c’est qu’elle ne savait ni faire le tagine, et la harira. Dès le premier épisode les deux frères qui découvrent leur nouvelle vie sont dosés. Alors que j’ai que neuf ans, j’ai compris qu’Harlem est l’équivalent du bled : la misére. Ils emménagent chez l’homme d’affaire. C’est vrai qu’en voyant leur chambre avec le lit superposé, la télé mon frère et moi on a envie d’être nous aussi orphelins et d’être recueillis par le monsieur.

Le truc de la série, c’était la morale récurrente. On découvrait à chaque épisode les valeurs de la vie : L’amour, la mort, la bétise humaine etc. Les deux frangins Jackson sont complémentaires. Arnold âgé de huit ans, est le rigolo de service. Son grand frère Willy, âgé de douze ans, l’adolescent noir américain qui voit et subit les problèmes de racisme, délinquance et de drogue. En gros Arnold c’était le petit moche rigolo, et Willy le beau gosse qui savait danser et qui assumait son rôle de grand frère. Très souvent les copines du petit Arnold flashent sur lui mais heureusement Willy a la classe et ne lâche pas son frère.

Arnold nous a fait rire, avec une réplique « Mais qu’est ce que tu me racontes là ».  Le problème, c’est qu’à force d’utiliser toujours cette réplique ça ne le faisait plus et ça devenait pourri (excuses moi Gary). Puis il avait une particularité. Son poisson qu’il a appelé Abraham. Il était noir !

L’un des moments de la première saison, c’était quand Willy tapait ses pas de danse. Il mettait la radio et on entendait le titre de Chic, rien que pour ça je respecte la série.

Arnold était un peu peureux, et souvent il y avait son bourreau. Willy l’a d’ailleurs grainé à se taper lors d’un épisode mais leur daron adoptif est intervenue et a privilégié le dialogue face à Larry la brute. Au fil des épisodes on a suivi l’évolution de nos personnages. Arnold est resté à la maison, Willy est parti à la fac et plusieurs gouvernantes se sont succédées, la plus appréciées étaient Adélaïde et la plus nase : Pearl.

La série a duré huit saisons et en 189 épisodes on a eu droit à tous les morales. Il y a eu des invités de taille : Mohamed Ali qui est venue sur le chevet d’Arnold et aussi Janet Jackson, Mister T, et Nancy reagan. Mon daron aimait bien la série pour une chose, le moment où Willy passait le titre de Cheak, « Frik ». Il tapait un ou deux pas de funkie et on kiffait. Mon père était obligé de nous raconter ses anecdotes en boite de nuit. Il prétendait qu’il dansait et mettait la fièvre le samedi soir à la Scala et au Palace et que toutes les meufs kiffaient sur lui. Mais on savait que c’était pas vrai, car il avait rencontré ma mère par une petite annonce.

Ma mère se souviendra longtemps de cette série. Elle avait acheté une machine à faire des gauffres et nous avions voulu faire comme Arnold, faire des gâteaux nous mêmes. Dans l’épisode il avait mis de la farine partout. Ma mère s’est mise à chialer quand elle est rentrée du travail et que nous avions fait couler sur tout le sol de la cuisine du lait mélangé à du sucre et de la farine. Notre père nous a retiré l’envie de faire comme dans la série, merci Arnold !

Au fil des saisons, le sitcom a perdu son esprit original. Les deux frangins n’étaient plus ensemble, et on a découvert que si Virginia et Willy ont grandi, Arnold est resté tout petit. Il avait une néphrite, qui a stoppé sa croissance. Les départs de gouvernantes, les scénarios peu surprenants ont fait chuté l’audience. Et le public s’est moins identifié, les frères Jackson n’avait plus de problèmes de pauvres.

La série s’est arrêtée en 1986 et dans la vraie vie, les trois héros de toute une génération ont fait la une des faits divers. Virginie est devenu une Caillera. véridique. Elle s’est fait arrêté pour vols et a fini par poser nue dans des revues. Elle a terminé dans des films érotiques. En 1999, elle est morte d’une overdose. Un scénario digne de celui de Ginger dans Casino. Willy, le grand frère est devenu un délinquant et un drogué qui a fini emprisonné. En 2009 il a fait un retour. Le plus dramatique c’est notre Arnold qui a été ruiné par ses parents adoptifs et qui a fini gardien de parking. Même Rohff l’a chambré, t’imagines ! Monsieur Drummond est resté dans l’ombre après quelques apparitions dans  des téléfilms ou d’autres sérires (La Croisière S’amuse, Le Prince de Bel Air).

Le plus triste dans tout ça, c’est qu’en réalité le parcours et le vécu de certains d’entre nous ressemblent à la triste vie des trois adolescents de la série. Et c’est aussi ça la magie de la série, elle nous parle même en dehors des plateaux. Pour éviter de sombrer dans une déprime, je vous propose de finir avec le générique… La vie et cette série on un point en commun : Personne dans le monde ne marche du même pas…Et nos trois héros en ont fait les frais.

Une autre série reprendra la recette du mec issu des quartiers populaires et qui débarque dans les quartiers chics, c’est le Prince De Bel Air. Sauf que Will Smith tirera les leçons de nos amis et  ne finira pas gardien de parking ou délinquant mais comme l’une des plus grandes figures du cinéma.

Rachid Santaki


L’ARAIGNEE…L’ARAIGNEE…

1 décembre 2009

1980. L’année où Lio chante « Banana Split », Daniel Balavoine cartonne avec « Mon Fils, Ma Bataille » et Michel Berger avec « La Groupie Du Pianiste ». Cette même année, je flippe ma race en voyant des extraits de « Shining » avec Jack Nicholson. Le sang qui coule sur le mur. Les coups de hache. Sa tête de ouf. Je me dis que s’il débarque chez moi, mon père le couchera avec une droite. (C’est bon arrêtes de flipper, il est jamais venu avec sa hache et sa tête de ouf ! )

Je suis en primaire à l’école Bachelet et à sept ans je tutoye déjà l’échec scolaire. J’ai redoublé mon CP. Après l’école j’attends dans le hall jusque 19h00 que ma mère rentre de son emploi de caissière au Prisunic. Mon père est manutentionnaire au Dock de Saint Ouen, mais pour le style il nous dit qu’il est brigadier de manutention. Je partage mes délires avec mon frère Hicham qui lui aussi a redoublé. Décidément…

La nuit tombée, je suis comme « une bougie seule qu’on a oublié d’éteindre » : Marrakech, les tajines et les couscous de ma grand-mère et les saveurs du bled me manquent. Les histoires de Aïcha Kandisha me hantent. Ici, c’est Saint Ouen, et les plats de ma daronne sont des conserves d’haricots verts,  des petits pois et du  rôti de gigot.

Du lundi au vendredi mon institutrice madame Padilla nous apprend à lire et à écrire. J’attends avec impatience les grandes vacances et le week end. Tous les samedis matin, mon père m’envoie chercher ses journaux à la librairie qui se trouve à deux pas de chez moi. Le commerce situé sur l’avenue Gabriel Péri est tenu par un couple de personnes âgées.  Nous sommes en novembre et l’hiver s’annonce rude. Il fait froid et je porte ma cagoule rouge. Je pousse la porte qui sonne et rentre et avant de demander au vieux monsieur le Paris Turf, et le Week End. Mes yeux se promènent le long du rayon. Et je m’arrête sur un livre avec un type habillé en bleu et rouge. C’est Spiderman, c’est un héros d’un dessin animé passé sur TF1 ! C’est un mec super chaud ! Le  vieux monsieur me regarde et il me voit bloquer sur le livre. Il va me chercher un tabouret et me propose de m’assoir. Il me tend la bande dessinée et je m’assois après lui avoir demandé : mais vous allez me la faire payer ?

Il sourit et me dit : Mais non petit.

Sa femme vient me dire bonjour et m’offre des bonbons. Je la regarde et je suis dosé. J’ouvre le livre et je tourne les pages.  La vérité, copine et copain lecteur c’est que je ne lis pas bien. Le temps s’arrête, je vis les aventures de l’homme araignée même si je met plusieurs minutes à lire les bulles (rigoles bien, ouais super !). L’araignée a des supers pouvoirs, il tisse des toiles et affronte les méchants. Il se bat contre un super vilain, le bouffon vert. Un espèce de lutin géant avec une tête un peu bizarre, il a un engin volant et envoi des grenades en plein dans la ville. Impressionnant. Les dessins me font rêver. Le couple me regarde et sourit. Puis le monsieur me signale que le temps passe et qu’il faut rentrer.Si il me dit ça, c’est parce qu’il connait mon père.

Je marche sur le trajet. Et je continue à kiffer. Une voiture passe, et je sens tout de suite un danger ! Mon super pouvoir d’araignée m’a averti mais je me suis trompé. Je regarde dans le ciel et me dis que le Bouffon vert peut débarquer pour s’embrouiller. C’est cool d’être Rachid Parker aka Spiderman ! Je marche dans la cour et appui sur l’intérieur de mes poignets mais mon tisseur de toile ne marche pas, heureusement que le vilain n’est pas venu m’affronter. De toute façon je lui aurait envoyer mon père qui l’aurait couché… Il aurait goutté au pouvoir de papa araignée !

Je monte les escaliers deux par deux grâce à mes supers pouvoirs. Je tape super fort à la porte grâce à ma force d’homme araignée. Mon père m’ouvre et me met une gifle. Merde, j’ai plus de super pouvoirs. Il  me dit : Vite mon journal, sinon je vais perdre au tiercé ! Chère copine et copain lecteur, ne t’inquiètes pas, mon père ne gagnera pas le jackpote, et tous les samedis grâce à ça je découvrirai la suite des aventures de l’homme araignée et mes pouvoirs vont se décupler. Les aventures de Spiderman étaient celle de Peter Parker : un enfant elevé par son oncle et sa tante. Peter est un grand timide et un gentil garçon et aussi une grosse victime. Un jour sa vie a changé, il a été piqué par une araignée et tu connais la suite. Son oncle assassiné par un cambrioleur, un peu par la passivité de son neveu. Du coup, il  combat le mal avec ses pouvoirs : une force, de l’agilité et un sens d’araignée. J’ai compris une chose qu’on était tous comme Spiderman : on avait peu d’amis et beaucoup d’ennemis. Sauf que les siens étaient des oufs : Le bouffon Vert, Octopus, Le Rhino, Le Vautour, Le Caïd et même Jameson le patron de Peter Parker…Les années sont passées, et un jour le couple est parti à la retraite et a quitté Saint Ouen. J’en ai versé une larme car ils étaient très sympa et aussi parce que je me doutais que je ne partagerais plus ma lecture sur le tabouret. Un nouveau couple a pris le commerce, et ne me proposait pas de m’assoir. Ils étaient jeunes et là pour débiter. C’est ma tante Suya qui m’achetait les Strange. A l’époque le prix à payer pour s’évader était une pièce de cinq francs (75 centimes). Avec le temps, j’ai découvert que je n’avais rien de Peter Parker, et encore moins de Spider Man. J’ai suivi les aventures du jeune étudiant, et j’aimai beaucoup sa tante May, je rêvais d’avoir une meuf rousse comme Mary Jane, mais surtout pas un patron comme Jameson.  Je sais pas si les activités de Peter m’ont poussé à fonder un magazine, et écrire mais j’aurai au moins ce point commun avec lui.  Après Spiderman, j’ai  découvert que j’étais L’INCROYABLE HULK…Mais ça c’est une autre histoire et tu l’as déjà lu !

Rachid Santaki