Sauvez (Arnold et)Willy…

Octobre 1982. C’est l’année de mes neuf ans. L’année où je découvre au ciné le premier extra terrestre sans papiers : E.T (si t’es pas trop cainri prononces Iti). Pierre Bachelet chante « Les Corons » et  Imagination cartonne avec « Illusion ». 1982 : C’est surtout l’année où je  découvre  le groupe de disco Chic et leur titre « Le Freak » grâce à Arnold et Willy, deux cainri d’Harlem…

Dimanche, fin d’après midi. Un générique commence et j’entends ces paroles. (…) Personne dans le monde ne marche du même pas / Et même si la Terre est ronde, on ne se rencontre pas / Les apparences et les préférences Ont trop d’importance, acceptons les différences (…) Chère copine et copain lecteurs, tu peux arrêter de chanter… Ce blog n’est pas un karaoké.(Merci) Ouais, d’accord on a compris que personne dans le monde ne marche du même pas… Oui, je le sais copine et copain lecteurs puisque à dix ans je chausse déjà du 46 (mais non je rigole, reviens)…

Mes parents, mes deux frères et moi sommes installés dans le salon de notre appartement à Saint Ouen (93). On regarde TF1 et après avoir kiffé le générique un peu funkie on découvre le premier épisode de cette nouvelle série « Arnold Et Willy ».

A la mort de leur mère, Arnold et Willy Jackson sont recueillis par  Philipp Drumond, un riche homme d’affaire de New York. C’est l’employeur de la défunte, et il lui a promis d’élever ses deux enfants si elle disparaissait.  Il habite à Manhattan, un quartier chic des States. Pour te situer un peu le niveau de vie du mec, Monsieur Drummond est tellement blindé qu’il n’a jamais mis les pieds à Leader Price ou Lidl, ni même Carrefour ! C’est le genre de mec qui ne connait ni la CAF, la caisse d’assurance maladie ou encore moins le RSA… Bref, Monsieur Drummond c’est le genre de mec qui n’a que des problèmes de riches et qui va avoir des problèmes de pauvres en adoptant ces deux gamins issus d’un quartier chaud. Quand mon frère les a vu il a dit téma, y Lamine et Adama à la télé. Ces deux mecs étaient des mecs du vieux Saint Ouen, un quartier populaire de la ville.

Dans le sitcom, il y a ces trois personnages mais aussi Virginia la fille de l’homme d’affaire, et madame Garett, la gouvernante un peu déjantée.  Elle faisait très bien la cuisine mais le gros hic c’est qu’elle ne savait ni faire le tagine, et la harira. Dès le premier épisode les deux frères qui découvrent leur nouvelle vie sont dosés. Alors que j’ai que neuf ans, j’ai compris qu’Harlem est l’équivalent du bled : la misére. Ils emménagent chez l’homme d’affaire. C’est vrai qu’en voyant leur chambre avec le lit superposé, la télé mon frère et moi on a envie d’être nous aussi orphelins et d’être recueillis par le monsieur.

Le truc de la série, c’était la morale récurrente. On découvrait à chaque épisode les valeurs de la vie : L’amour, la mort, la bétise humaine etc. Les deux frangins Jackson sont complémentaires. Arnold âgé de huit ans, est le rigolo de service. Son grand frère Willy, âgé de douze ans, l’adolescent noir américain qui voit et subit les problèmes de racisme, délinquance et de drogue. En gros Arnold c’était le petit moche rigolo, et Willy le beau gosse qui savait danser et qui assumait son rôle de grand frère. Très souvent les copines du petit Arnold flashent sur lui mais heureusement Willy a la classe et ne lâche pas son frère.

Arnold nous a fait rire, avec une réplique « Mais qu’est ce que tu me racontes là ».  Le problème, c’est qu’à force d’utiliser toujours cette réplique ça ne le faisait plus et ça devenait pourri (excuses moi Gary). Puis il avait une particularité. Son poisson qu’il a appelé Abraham. Il était noir !

L’un des moments de la première saison, c’était quand Willy tapait ses pas de danse. Il mettait la radio et on entendait le titre de Chic, rien que pour ça je respecte la série.

Arnold était un peu peureux, et souvent il y avait son bourreau. Willy l’a d’ailleurs grainé à se taper lors d’un épisode mais leur daron adoptif est intervenue et a privilégié le dialogue face à Larry la brute. Au fil des épisodes on a suivi l’évolution de nos personnages. Arnold est resté à la maison, Willy est parti à la fac et plusieurs gouvernantes se sont succédées, la plus appréciées étaient Adélaïde et la plus nase : Pearl.

La série a duré huit saisons et en 189 épisodes on a eu droit à tous les morales. Il y a eu des invités de taille : Mohamed Ali qui est venue sur le chevet d’Arnold et aussi Janet Jackson, Mister T, et Nancy reagan. Mon daron aimait bien la série pour une chose, le moment où Willy passait le titre de Cheak, « Frik ». Il tapait un ou deux pas de funkie et on kiffait. Mon père était obligé de nous raconter ses anecdotes en boite de nuit. Il prétendait qu’il dansait et mettait la fièvre le samedi soir à la Scala et au Palace et que toutes les meufs kiffaient sur lui. Mais on savait que c’était pas vrai, car il avait rencontré ma mère par une petite annonce.

Ma mère se souviendra longtemps de cette série. Elle avait acheté une machine à faire des gauffres et nous avions voulu faire comme Arnold, faire des gâteaux nous mêmes. Dans l’épisode il avait mis de la farine partout. Ma mère s’est mise à chialer quand elle est rentrée du travail et que nous avions fait couler sur tout le sol de la cuisine du lait mélangé à du sucre et de la farine. Notre père nous a retiré l’envie de faire comme dans la série, merci Arnold !

Au fil des saisons, le sitcom a perdu son esprit original. Les deux frangins n’étaient plus ensemble, et on a découvert que si Virginia et Willy ont grandi, Arnold est resté tout petit. Il avait une néphrite, qui a stoppé sa croissance. Les départs de gouvernantes, les scénarios peu surprenants ont fait chuté l’audience. Et le public s’est moins identifié, les frères Jackson n’avait plus de problèmes de pauvres.

La série s’est arrêtée en 1986 et dans la vraie vie, les trois héros de toute une génération ont fait la une des faits divers. Virginie est devenu une Caillera. véridique. Elle s’est fait arrêté pour vols et a fini par poser nue dans des revues. Elle a terminé dans des films érotiques. En 1999, elle est morte d’une overdose. Un scénario digne de celui de Ginger dans Casino. Willy, le grand frère est devenu un délinquant et un drogué qui a fini emprisonné. En 2009 il a fait un retour. Le plus dramatique c’est notre Arnold qui a été ruiné par ses parents adoptifs et qui a fini gardien de parking. Même Rohff l’a chambré, t’imagines ! Monsieur Drummond est resté dans l’ombre après quelques apparitions dans  des téléfilms ou d’autres sérires (La Croisière S’amuse, Le Prince de Bel Air).

Le plus triste dans tout ça, c’est qu’en réalité le parcours et le vécu de certains d’entre nous ressemblent à la triste vie des trois adolescents de la série. Et c’est aussi ça la magie de la série, elle nous parle même en dehors des plateaux. Pour éviter de sombrer dans une déprime, je vous propose de finir avec le générique… La vie et cette série on un point en commun : Personne dans le monde ne marche du même pas…Et nos trois héros en ont fait les frais.

Une autre série reprendra la recette du mec issu des quartiers populaires et qui débarque dans les quartiers chics, c’est le Prince De Bel Air. Sauf que Will Smith tirera les leçons de nos amis et  ne finira pas gardien de parking ou délinquant mais comme l’une des plus grandes figures du cinéma.

Rachid Santaki

Un commentaire pour Sauvez (Arnold et)Willy…

  1. nadia dit :

    « personne dans la vie ne choisit sa couleur l’important c’est d’écouter son coeur… »

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