La carte téléphonique, bien avant le tam tam et le portable…

20 février 2010

1994. L’année où Janet Jackson demande à Tupac Shakur de faire le test du VIH avant de la galocher dans le film Poetic Justice. Cela n’empêchera pas la sœur de Michael de fréquenter le plus thug des rappeurs américains. Cette année là, Keith Sweat sort son album Get Up On It, un album qui me marquera et que j’écouterai en boucle dans la Renault 18 GTX vitres électriques. C’est aussi l’année où je squatte la cabine téléphonique de Saint Ouen, avec les cartes à puces téléphoniques avant l’arrivée des tam tam et des portables.

C’est la fin de l’année, et la fin d’une carrière scolaire ratée (si tu es un de mes fidèles lecteurs, tu connais mon bad palmarès). J’arrête avec l’éducation nationale, la conseillère d’orientation aura eu raison de moi, je n’ai pas peur du chômage, ou de finir chauffeur livreur comme mon père. Après les vacances d’été, j’irai pointer à l’ANPE. Mon nom ne fait pas partie de la liste des heureux élu du BAC Pro chaussure.

Mes potes commencent à faire de l’argent, avec les trafics de shit pendant que je travaille le week-end, et quelques fois la semaine au Ritz. A la maison mon frère danse le Mia d’Iam. Dans la chaine HIFI du daron, il repasse les paroles des marseillais, qui semblent s’éclater depuis « Le sachet blanc ». J’aime trop la funk pour accepter de tromper cette musique avec du rap français sauf quand il s’agit d’NTM. Avec mon frère, on se fait des débats, des clashs musicaux. Je lui dis qu’Akhenaton et sa clique ont utilisé le son « Give Me The Night » de Georges Benson, et que sans ce sample, leur chanson ne vaut rien., c’était juste l’avis d’un mec qui ne voulait pas se pencher sur le rap français. Plus tard Akhenaton me dira dans une interview  pour 5Styles que son groupe enregistrait dans un studio aux Etats Unis, et que Georges Benson présent dans un des studios voisin a offert au groupe IAM des bouteilles de champagne, content d’avoir pris de l’argent grâce au succès de Je Danse Le Mia, véridique.

Même si je suis un ouf de funk et que j’ai passé des centaines de fois les titres de Jocelyne Brown, Shalamar, Delegation, je flirte déjà avec la new jack et le rap US. Si t’as connu Above The Rim, tu sais de quoi je parle. D’autres types sont bousillés par ce genre musical, je pense à Omar N’Zonzi mon camarade de classe qui m’a fait découvrir cette musique. Son voisin Camal Azzakour lui rachètera ses disques, et restera définitivement bloqué sur cette époque, un vrai mec à l’ancienne. En réalité mon addiction à la musique n’est qu’un prétexte pour fuir deux malaises : l’absence de mon frère, et cette meuf que j’aime mais qui ne m’aime pas. Rigole pas copine et copain lecteur car toi aussi t’as du te faire trainer (sentimentalement parlant, bien sur) au minimum une fois, si ce n’est pas le cas, tu y passeras. J’ai comme kiffe la musique, et une meuf avec laquelle je reste branché grâce à la cabine téléphonique, et la carte qui va avec.

Mon bourreau (ndlr ma meuf quoi) mesure un mètre soixante huit, j’en fais presque deux mètres mais cela n’a pas empêché de me retrouver déprimé. Elle, habite à deux cents bornes de chez moi, dans le cher. Cette histoire « d’amour », qui n’est qu’un pétard mouillé me fait comprendre que l’amour c’est comme une pancarte de voyage, c’est qu’un rêve qu’on te vend, que tu idéalises sur les sons de Keith Sweat qu’on ne conjugue pas. Non, la vérité je me fais des vidéos clips, m’imaginant avec elle sur les plages du bled. Putain, qu’est ce que t’es con quand t’es jeune (tu peux l’être aussi quand t’es vieux et aigri)… Plus tard je rejoindrai l’avis d’Oxmo Puccino, l’amour est mort, et ce n’est pas Wallen qui me convaincra du contraire. Pour entretenir cette version de Santa Barbara, version Seine Saint Denis Style sans argent et sans sentiments : j’ai toujours ma carte… Et ma carte n’est pas une American Express mais une carte téléphonique 120 unités!

Mon boucher et moi, on s’est rencontré pendant les vacances. J’ai vingt piges, et je pense que c’est la meuf de ma vie, elle pense que je suis le pigeon de sa vie. J’ai vingt piges, et j’suis juste pas lucide. Mon état d’esprit pue la défaite, mes actes aussi. Je suis troublé par mes échecs, et le doute sur l’avenir. Je ne vois pas la vie en rose mais je fais semblant d’être bien. Alors que ma camarade de classe, Marie France se pisse dessus parce que les examens se sont mal passés, je ne me pose pas de questions, je roule dans la 18 GTX, et écoute en boucle Keith sweat : Jusqu’ici tout va mal alors avec ou sans le bac ma vie ne changera pas.

Tous les soirs, pour des raisons d’intimité, je vais sur l’avenue Gabriel Péri. Je rentre dans la cabine, et je compose le numéro de chez sa copine, Fabienne. A l’époque on n’a pas de portable. Au mieux tu demandes à une meuf qui passe de demander ta meuf. Au pire t’appelles, et tu raccroches si tu vois que ce n’est pas elle qui décroche. T’as compris le système, c’est pas elle, tu raccroches ! Des missions qu’on n’a pas évité, et c’est là que tu te rends compte de l’utilité du téléphone portable, et des SMS. A cette époque on squatte la cabine de La Poste Principale de Saint Ouen, on mettait un bout de scotch qui sert de languette que la carte à puce et au moment de composer et on tirait sur la carte, un nombre d’unités s’affichait et on appelait à l’œil. On en profitait pour appeler notre tante Naïma qui vit en Suisse. Elle hallucinait sur nos systèmes de débrouille. Elle flippait sur la France, pensant qu’ici c’était New York. (D’ailleurs si tu travailles chez Orange aka France Télécom, et que tu souhaites voir de nouveaux articles, je te conseillerai de ne pas me dénoncer à tes collègues, merci)

La cabine nous a vu grandir, des délires d’adolescents à appeler chez nos voisines, ou des inconnus. On est passé en mode canard, à faire Coin Coin avec les meufs qu’on kiffait. Plus tard, la cabine servira à ne pas être épié par le daron à la maison.

J’ai délaissé la cabine, le jour où je me suis permis de faire comme dans Arnold et Willy, mettre dans ma chambre une ligne téléphonique. C’est l’influence américaine qui m’a amené à faire ça.

Plus tard, j’apprendrai que la France est le premier pays à avoir utilisé la carte à puce, et que c’est France Télécom qui l’a commercialisé pour le téléphone au milieu des années 80. C’est à cette époque que j’ai passé mes premiers coups de fil, le téléphone me permettait de tuer le temps, les soirs où on galérait. Y avait toujours un con pour venir hurler derrière toi. Plus tard, les cartes téléphoniques seront customisées avec des versions collector, mon frère les gardait à la maison.

Plus tard, on a joué les américains avec le bip bop, mon pote Hicham cherchait des bornes, et appelait dans le tramway. Genre, il est coté. Tu me diras ça marchait, un type qui passe des coups de fil dans le tramway, c’est forcement un type intéressant, non ?

La cabine téléphonique est toujours sur l’avenue, et la carte à puce fonctionne toujours, et ça dépanne quand t’as parfois plus de batterie, mais cette endroit n’est qu’une époque révolue à cause de la téléphonie mobile et du net.


Stan Smith, le coup de coeur des cailleras des années 80…

14 février 2010

1988. L’année du Grand Bleu, et la fameuse réplique de Jean Reno « T’avais raison…On est bien mieux au fond ». Florent Pagny occupe la première place du top 50,  avec sa chanson « N’importe Quoi » qui évoque sa relation avec Vanessa Paradis la chanteuse de Joe Le Taxi, apparemment elle lui a fait du mal la petite Vanessa. Cette année là, les NTM se forment mais c’est surtout l’année où je découvre la Stan Smith, la plus caillera des baskets des années 80.

J’ai quatorze piges, je suis en 4eme techno, au collège Jean Lurçat. Un établissement scolaire tranquille près de la cité des Cosmonautes, et de Saint Rémy. J’ai du duvet, un pull rouge et un 501 que je porte tout le temps. Mes potes sont mes camarades de classe : Nordine, Mimi, Patrice Wanou. Je me sens proche des gens de Saint Denis. Mon frère Hicham est en 5eme au collège Jean Jaurès situé derrière la mairie de Saint Ouen. Il a redoublé. On partage la même chambre, le même lit superposé, les mêmes échecs scolaires pour ça qu’on est complices, pour ça qu’on glisse. Lui, est plus street que moi, plus caillera que moi. Lui rêve de devenir Michel Platini, et moi, je rêve de devenir Rocky Balboa. Ma mère a déposé une demande de divorce. On y croit pas, mais la juge va prononcer la séparation officielle de nos parents. Leur histoire meurt peu à peu dans leur comportement. Au fond de moi, je souffre de me dire que nos parents seront plus ensemble, j’espère que ma mère restera, mais au fond de moi  je sais que c’est mort entre eux. Alors je me réfugie  à la salle de boxe, imaginant que l’entraîneur est le vieux Mickey. Mais je n’ai rien de Rocky, et Stanly n’a rien de Mickey. Dans notre chambre, Hicham met à fond Full Of Fire de Shalamar. On parle d’après le divorce, et avec lequel de nos parents on va aller ? Et si nous reverrons la famille du bled ?

L’été revient sur la ville, et nos vies malgré cette épée de Damoclès qui pèse sur notre cellule familiale. Juin, c’est l’époque où notre mère nous achète des baskets avant d’aller au bled retrouver la millefa. Elle nous emmène dans le centre commercial de Saint Denis pour nous équiper.  En vérité, notre mère cherche à nous faire plaisir et a nous changer les idées. C’est réussi. Parmi les paires de baskets, je choisi des Nike, une nouvelle marque que mon voisin Grégory Habert porte. Il m’a dit qu’on ne prononce pas « Nique » mais « Naïki ». Il se la joue à l’américaine. J’ai trouvé une paire blanche en cuir avec une virgule bleue. Mon frère, lui a décidé de prendre des Stan Smith. Je les trouve pas belles, elles sont blanches, avec une languette verte. Lui, kiffe et me dit que je connais rien. On se chamaille dans le magasin. Le vendeur de Courir va chercher sa pointure, et les sort du carton. Mon frère les essaye. Il sourit frime en regardant le miroir. Je ne comprends pas son engouement pour ces baskets toutes simples. On rentre à la maison en métro, Mairie de Saint Ouen. Le soir mon frère marche dans l’appartement avec ses Stan Smith. Il est à la limite de dormir avec. Je l’observe sans vraiment comprendre son délire. Il met le son à fond de Shalamar et Full Fire, tape deux pas de danse comme notre père nous appris, son sourire me contamine. Il danse et  me regarde avec son sourire blanc et éclatant que ses baskets. Il chante « Your love is full of fire ». Je hoche la tête et regarde ma paire de Nike du 46.

Quelques années après la mort d’Hicham en 1991, j’ai compris l’ampleur du phénomène Stan Smith, et ce qui le faisait danser. Le groupe de IAM le soulignera dans son morceau « Je Danse Le Mia », Stan Smith au pied, le regard froid. La Stan Smith, au delà d’être la paire dédiée à un joueur de tennis du même nom, c’est la base de toute caillera des années 80. La basket blanche qui claque les premiers jours et dont la cote chute une fois les premières rayures visibles sur le cuir blanc. Hicham les portait avec un 501 brut, et les rachetait avec un casque de walkman sur la tête. J’ai pas suivi le mouvement car je chaussais du 46. J’sais pas si t’imagines copine et copain lecteur une paire de Stan Smith avec cette pointure ? J’ai préféré des montantes, ou au pire une paire d’Anastase. Je me souviens que tous les mecs de cités portaient des Stan Smith, même mon pote Michael avaient sa paire. Ils les nettoyaient avec un blanchisseur en cours de BEP, il a plus tard opté pour les Reebook Classics.

Adidas commercialisera de nouvelles couleurs, mais aucune ne remplacera la paire classique blanche avec le vert en haut du talon. Cette paire restera celle qui me fera penser à mon frangin, mais aussi à tous les mecs de cités des années 80 qui écoutaient Shalamar.

Yasmina, une copine d’une copine avait flippé quand son premier mec et futur mari a débarqué au premier rendez vous avec la fameuse paire de Stan Smith. C’est aussi ce qui permettait d’identifier les tapeurs au Prisunic. A cause de cette paire de basket que certains types ne rentraient pas au Fun Raï, Farid te le dira.

Stan Smith est un américain, et un joueur de Tennis, classé numéro un mondial dans la première moitié des années 70. Plusieurs magazines de Tennis l’ont classé parmi les plus grands joueurs de tous les temps. La marque au trois bandes lui a dédié une chaussure à son nom. J’sais pas ce qui a fait que les mecs de quartiers ont plebiscité cette paire de shoes.

Lors de l’ouverture de sa première boutique ADIDAS ORIGNALS dans le quartier du Marais à Paris, l’enseigne a fait venir MONSIEUR STAN SMITH, paraît que certaines caillera se sont effondrés en pleurs devant le mec qui les a fait kiffer sur de la funk. Paraît que certains d’entre eux avaient sorti le cuir et le 501 qui va avec. Paraît qu’Hicham aurait kiffé…

Bande son :

Secret Weapon « Must Be The Music »
D-Train « Keep On »
Delegation « You and I »
Shalamar « Full Of Fire »
Barry White « Let The Music Play »


Le rubicube, la grosse embrouille des années 80

10 février 2010

1981. C’était l’année de la naissance de la fête de la musique mais aussi l’année où la mort emportait deux icônes internationales de la musique. La première figure s’appelle Bob Marley, il porte des dread locks, et incarne le reggae. Il  s’éteint d’un cancer en mai. La seconde personnalité, Georges Brassens, un grand monsieur de la chanson française, est lui aussi terrassé d’un cancer en octobre. On apprendra en classe quelques unes de ses chansons, dont Les Amoureux Des Bancs Publics, L’auvergnat. Au cinéma, Harrison Ford  vêtue d’un chapeau, incarne Indiana Jones, et cartonne au box office. François Mitterand devient président de la république.

J’habite à Saint Ouen, èlève en CP à l’école primaire Bachelet. Mes potes s’appellent Samir, Bruno ou Benjamin, c’est l’innocence, et surtout l’enfance dans la ville du marché aux Puces, et de Paulette Fost. Je kiffe regarder les aventures du capitaine Flam, d’Albator et courir dans la cour de récréation. Cette année, c’est celle où je vais prendre la tête à cause d’un mec, Erno Rubik. Un type des quartiers chauds de Hongrie.

Alors que nous sommes dans la cour d’école. Mon camarade de classe, et pote David Cohen qui est toujours en avance ramène une espèce de carré avec différente couleurs. David et Melinda habitent dans une maison près de la cité Emile Cordon. Ils ont les moyens, car il faut le reconnaître rien que la paire de basket de David, paye tout  les vêtements du marché de Garibaldi que j’ai sur moi. Mais il n’en joue pas, et c’est pour ça que j’aimais bien la famille Cohen. Ils étaient tellement sympa, et marrant qu’à chaque fois qu’ils arrivaient dans la cour d’école, ou que je les croisaient dans Saint Ouen, Kamel d’Alliance Ethnik apparaissait et chantait « Simple et Funky ». En fait, ces deux personnes me donnaient l’impression d’être sortis tout droit de Walnutt Grove par leur gentillesse. Nan, j’te jure copain et copine lecteur, et tout ceux qui les connaissaient te le diront.

David Cohen me dit que le machin en question c’est un cube magique et qu’il faut réunir toutes les couleurs sur la même face. Le frère de Melinda manipule le cube, et en quelques minutes il parvient à assembler les quatre faces. A première vue, ça a l’air simple son truc, et j’vois pas l’intérêt. Il mélange les couleurs, et me tends ce drôle de carré. J’agite mes doigts autour du carré. Une fois, deux fois, trois fois… Mais rien à faire, je ne comprends pas, et ne parviens pas. Je deviens ouf !! David sourit, pendant que je fronce mes sourcils. Tous les muscles de mes gros cheveux se contractent. La vérité, copine et copain lecteurs, c’est que je suis un petit du bled, et le rubicube ce n’est pas mon truc. Les autres copains dans la cour s’y mettent, et parviennent, je rage et rêve de réussir aussi. Mais rien à faire, une fois que j’ai presque tout aligné, y a ce carré tout seul qui fait sa caillera. Je ne tente rien à faire. Je fronce encore plus les sourcils, rien à faire.

La journée se termine, et sur le chemin de l’école, je pense à ce drôle de casse tête : rien que je cogite. J’attends alors ma mère dans le couloir de notre bâtiment, et je repense à ce drôle de cube. Le soir, à la maison, je prends la tête à ma mère pour avoir mon rubicube.
reconstitution :
Maman, y a un truc pour devenir le plus fort du monde à l’école !
Quoi ?
Un cubicube…
Un quoi ?!! Demandes à ton père !
Un cubicube…
Mon père qui faisait de la boxe anglaise m’enchaine d’un crochet droit, d’un direct du gauche, suivi d’un uppercut droit. Sa combinaison me laisse à terre, pensant que j’avais dit un truc louche.

Pas de gros mot ici !!

Après avoir compris que c’est un jouet, mon père me regarde pendant que ma mère joue les soigneurs. Elle décide de me l’acheter car je lui promets d’avoir de bonnes notes à l’école, de porter les courses pour aller au marché, et quand je serai milliardaire de lui acheter une maison à Barlin. Rassures toi, je n’ai jamais eu de bonnes notes… Les courses au marché, je les esquivais… Et à priori, sur mon compte, y a pas eu plus de deux zéros… Mon père qui a grandi au bled, et qui a commencé à travailler à douze piges ne comprend pas pourquoi un gosse peut réclamer des jouets.

La journée passe, et David me prête encore son rubicube. Le problème est toujours le même, ce carré rebelle continue à foutre le bordel dans ma vie de gosse. L’école se termine. J’attends dans le couloir, et voit défiler les voisins. Vers 18h00, ma mère rentre avec dans son sac le précieux Rubicube, qu’elle a acheté au prisu. (A ce moment là, y a le générique de Mama Lova d’Oxmo Puccino qui se déclenche). Je pose mon cartable, serre fort ma mère dans mes bras puis m’assoie dans le canapé. Je mettrai toute ma volonté à tenter d’aligner les neufs cases de la même couleur. Impossible. Mon père rentre du travail, et qui fait mine de lire le journal, ne s’aventure pas dans ce genre de défi. Je passe ma soirée devant mon carré, mon frère Hicham me regarde. Il tente aussi. En vain, le rubicube devient rapidement une family affair.

Le soir dans ma chambre, je pose le rubicube à coté de moi. Tu sais copine et copain lecteur, quand on est petit, on a tendance à gober tout et n’importe quoi. A cette époque, je me suis dit que le magic cube, ben c’était peut être comme les pouvoirs de Spectreman, ou d’Hulk. Un truc qui allait dégager des rayons gamma et me rendre fort. J’ai passé plus d’une heure à attendre que le Magic cube émette des radiations, on a rien vu.

Le lendemain, dans la cour d’école, les plus forts en maths, s’amusent à aligner rapidement les neufs carrés de la même couleur, j’ai lâché l’affaire depuis la veille. Pire!! Certains réunissaient les couleurs du rubicube, les yeux fermés ! Même avec les yeux grands ouverts, en position plein phare et anti-brouillard, j’y parviens pas. J’avais déjà des signes, ceux que mon Q.I ne dépassait pas celui du daron Simpsons. Un jour, pour me faire remarquer par Virginie Lattenzio, je trouve une parade un peu pourrie. Les couleurs du rubicubes sont juste des carrés de couleurs adhésifs. Alors j’intervertis la couleur qu’il me manque. Mais pas de chance, je perds une des couleurs.
Mon rubicube : Cousin, tu fais quoi ??!! T’es un ouf toi ! Tu fais tout ça pour une meuf !!
Moi (les sourcils froncé et en train de faire une baston de regard) Pourquoi !!
Mon rubicube (quatre stickers en moins, en train d’hurler) lâches moi, pourquoi je suis tombé sur le seul arabe qui sait pas compter ! On  serait jamais arriver à Poitiers avec toi, cousin !
Moi (les ongles affutés ) Je vais arracher tous les autres carrés jaunes comme ça, ça fera une face noire.
Mon rubicube : Il va me démonter ce ouf. Mais c’est quoi ce mec ! Hey Lattenzio, dis à ton vieux mec de me lacher…Laches moi j’tai dis !!

Plus tard, je démonterai mon rubicube pour comprendre le système, et ma mère se tirera les cheveux, le jouet n’a pas tenu la semaine, et Erno Cubik s’est fait un billet sur nous. Le fameux casse tête a même été décliné en porte clefs, Nike en a fait une édition collector, et True Soul a fait un T-shirt avec ce thème.

L’année d’après le rubicube est devenu un triangle mais plus personne ne kiffait. Malgré les années, je pense que je serai toujours aussi nase pour aligner les cases, alors j’ai choisi d’écrire des livres. Quand à toi, copine et copain lecteur, tu finiras de lire ces lignes en te souvenant que t’as du toi aussi décoller les couleurs, mais tu hocheras la tête, comme si c’était pas le cas.