La carte téléphonique, bien avant le tam tam et le portable…

1994. L’année où Janet Jackson demande à Tupac Shakur de faire le test du VIH avant de la galocher dans le film Poetic Justice. Cela n’empêchera pas la sœur de Michael de fréquenter le plus thug des rappeurs américains. Cette année là, Keith Sweat sort son album Get Up On It, un album qui me marquera et que j’écouterai en boucle dans la Renault 18 GTX vitres électriques. C’est aussi l’année où je squatte la cabine téléphonique de Saint Ouen, avec les cartes à puces téléphoniques avant l’arrivée des tam tam et des portables.

C’est la fin de l’année, et la fin d’une carrière scolaire ratée (si tu es un de mes fidèles lecteurs, tu connais mon bad palmarès). J’arrête avec l’éducation nationale, la conseillère d’orientation aura eu raison de moi, je n’ai pas peur du chômage, ou de finir chauffeur livreur comme mon père. Après les vacances d’été, j’irai pointer à l’ANPE. Mon nom ne fait pas partie de la liste des heureux élu du BAC Pro chaussure.

Mes potes commencent à faire de l’argent, avec les trafics de shit pendant que je travaille le week-end, et quelques fois la semaine au Ritz. A la maison mon frère danse le Mia d’Iam. Dans la chaine HIFI du daron, il repasse les paroles des marseillais, qui semblent s’éclater depuis « Le sachet blanc ». J’aime trop la funk pour accepter de tromper cette musique avec du rap français sauf quand il s’agit d’NTM. Avec mon frère, on se fait des débats, des clashs musicaux. Je lui dis qu’Akhenaton et sa clique ont utilisé le son « Give Me The Night » de Georges Benson, et que sans ce sample, leur chanson ne vaut rien., c’était juste l’avis d’un mec qui ne voulait pas se pencher sur le rap français. Plus tard Akhenaton me dira dans une interview  pour 5Styles que son groupe enregistrait dans un studio aux Etats Unis, et que Georges Benson présent dans un des studios voisin a offert au groupe IAM des bouteilles de champagne, content d’avoir pris de l’argent grâce au succès de Je Danse Le Mia, véridique.

Même si je suis un ouf de funk et que j’ai passé des centaines de fois les titres de Jocelyne Brown, Shalamar, Delegation, je flirte déjà avec la new jack et le rap US. Si t’as connu Above The Rim, tu sais de quoi je parle. D’autres types sont bousillés par ce genre musical, je pense à Omar N’Zonzi mon camarade de classe qui m’a fait découvrir cette musique. Son voisin Camal Azzakour lui rachètera ses disques, et restera définitivement bloqué sur cette époque, un vrai mec à l’ancienne. En réalité mon addiction à la musique n’est qu’un prétexte pour fuir deux malaises : l’absence de mon frère, et cette meuf que j’aime mais qui ne m’aime pas. Rigole pas copine et copain lecteur car toi aussi t’as du te faire trainer (sentimentalement parlant, bien sur) au minimum une fois, si ce n’est pas le cas, tu y passeras. J’ai comme kiffe la musique, et une meuf avec laquelle je reste branché grâce à la cabine téléphonique, et la carte qui va avec.

Mon bourreau (ndlr ma meuf quoi) mesure un mètre soixante huit, j’en fais presque deux mètres mais cela n’a pas empêché de me retrouver déprimé. Elle, habite à deux cents bornes de chez moi, dans le cher. Cette histoire « d’amour », qui n’est qu’un pétard mouillé me fait comprendre que l’amour c’est comme une pancarte de voyage, c’est qu’un rêve qu’on te vend, que tu idéalises sur les sons de Keith Sweat qu’on ne conjugue pas. Non, la vérité je me fais des vidéos clips, m’imaginant avec elle sur les plages du bled. Putain, qu’est ce que t’es con quand t’es jeune (tu peux l’être aussi quand t’es vieux et aigri)… Plus tard je rejoindrai l’avis d’Oxmo Puccino, l’amour est mort, et ce n’est pas Wallen qui me convaincra du contraire. Pour entretenir cette version de Santa Barbara, version Seine Saint Denis Style sans argent et sans sentiments : j’ai toujours ma carte… Et ma carte n’est pas une American Express mais une carte téléphonique 120 unités!

Mon boucher et moi, on s’est rencontré pendant les vacances. J’ai vingt piges, et je pense que c’est la meuf de ma vie, elle pense que je suis le pigeon de sa vie. J’ai vingt piges, et j’suis juste pas lucide. Mon état d’esprit pue la défaite, mes actes aussi. Je suis troublé par mes échecs, et le doute sur l’avenir. Je ne vois pas la vie en rose mais je fais semblant d’être bien. Alors que ma camarade de classe, Marie France se pisse dessus parce que les examens se sont mal passés, je ne me pose pas de questions, je roule dans la 18 GTX, et écoute en boucle Keith sweat : Jusqu’ici tout va mal alors avec ou sans le bac ma vie ne changera pas.

Tous les soirs, pour des raisons d’intimité, je vais sur l’avenue Gabriel Péri. Je rentre dans la cabine, et je compose le numéro de chez sa copine, Fabienne. A l’époque on n’a pas de portable. Au mieux tu demandes à une meuf qui passe de demander ta meuf. Au pire t’appelles, et tu raccroches si tu vois que ce n’est pas elle qui décroche. T’as compris le système, c’est pas elle, tu raccroches ! Des missions qu’on n’a pas évité, et c’est là que tu te rends compte de l’utilité du téléphone portable, et des SMS. A cette époque on squatte la cabine de La Poste Principale de Saint Ouen, on mettait un bout de scotch qui sert de languette que la carte à puce et au moment de composer et on tirait sur la carte, un nombre d’unités s’affichait et on appelait à l’œil. On en profitait pour appeler notre tante Naïma qui vit en Suisse. Elle hallucinait sur nos systèmes de débrouille. Elle flippait sur la France, pensant qu’ici c’était New York. (D’ailleurs si tu travailles chez Orange aka France Télécom, et que tu souhaites voir de nouveaux articles, je te conseillerai de ne pas me dénoncer à tes collègues, merci)

La cabine nous a vu grandir, des délires d’adolescents à appeler chez nos voisines, ou des inconnus. On est passé en mode canard, à faire Coin Coin avec les meufs qu’on kiffait. Plus tard, la cabine servira à ne pas être épié par le daron à la maison.

J’ai délaissé la cabine, le jour où je me suis permis de faire comme dans Arnold et Willy, mettre dans ma chambre une ligne téléphonique. C’est l’influence américaine qui m’a amené à faire ça.

Plus tard, j’apprendrai que la France est le premier pays à avoir utilisé la carte à puce, et que c’est France Télécom qui l’a commercialisé pour le téléphone au milieu des années 80. C’est à cette époque que j’ai passé mes premiers coups de fil, le téléphone me permettait de tuer le temps, les soirs où on galérait. Y avait toujours un con pour venir hurler derrière toi. Plus tard, les cartes téléphoniques seront customisées avec des versions collector, mon frère les gardait à la maison.

Plus tard, on a joué les américains avec le bip bop, mon pote Hicham cherchait des bornes, et appelait dans le tramway. Genre, il est coté. Tu me diras ça marchait, un type qui passe des coups de fil dans le tramway, c’est forcement un type intéressant, non ?

La cabine téléphonique est toujours sur l’avenue, et la carte à puce fonctionne toujours, et ça dépanne quand t’as parfois plus de batterie, mais cette endroit n’est qu’une époque révolue à cause de la téléphonie mobile et du net.

3 commentaires pour La carte téléphonique, bien avant le tam tam et le portable…

  1. malou dit :

    un ton au-dessous des autres textes… Attention pas de laisser-aller non mais !!lol!

  2. Mélanie dit :

    ben alors plus rien depuis des semaines !!!!!!!!!!!!

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