Ikki, le vrai chevalier du Zodiaque

30 mars 2010

1988. L’année de naissance des 93NTM à Saint Denis. Au cinéma, Sean Penn tient le rôle de Danny Mc Gain, un jeune flic qui veut changer le monde dans Colors. C’est surtout cette année qu’a lieu la première diffusion sur TF1 des Chevaliers du Zodiaque. Et c’est grâce à ce dessin animé que j’ai découvert ce qu’était la haine, et l’île de la mort…

La conseillère d’éducation m’a envoyé en 4eme techno. D’après elle, avec une orientation technologique, je pourrai construire des avions, et même devenir Directeur général dans l’aérospatiale. En attendant mon ascension sociale, je suis élève dans un collège à Saint Denis. Le collège Jean Lurçat. C’est un établissement paisible de la Seine  Saint Denis, situé entre l’hôpital Delafontaine, et le parc de La Courneuve. A cette époque, je kiffe rentrer le mercredi après les cours, car c’est Le Club Dorothée.

A l’époque Dorothée qui est une vraie caillera, pas parce qu’elle a fait une apparition dénudée dans un téléfilm, mais parce qu’elle diffuse des dessins animés avec du sang : Ken Le Survivant. Malgré les critiques de l’opinion publique, l’animatrice de programme pour enfants a surtout permis aux plus grosses cailleras de débarquer à la télé : Les Chevaliers Du Zodiaque. Contrairement aux mecs de cités, eux avaient le droit de passer à la télé car ils ne portaient pas de casquettes à l’envers, et pas de Stan Smith.

Je ne reviendrai pas sur le générique que Dorothée a confié à Bernard Minet (Elle les a bien fait croquer ses potes d’AB Productions). Les Chevaliers du Zodiaque ? C’est une équipe de cinq vrais chauds : Seiya, shiryu, Hyôga, Shun et Ikki qui se tapent pour défendre Saori, une meuf avec des cheveux violets (véridique). La réincarnation d’Athena. A l’époque j’aime bien la voix douce et innocente de Saori. Une meuf, quoi ! Des journalistes qui n’aimaient pas le rap et la culture hip hop, disaient que les chevaliers la protégeaient contre Joeystarr. Mais en réalité, c’était des mecs avec des armures qui voulaient la pécho, des messagers de la mort, embauchés par le grand Pop.

J’sais pas pour vous, mais le personnage qui m’a marqué, c’est Ikki. Le chevalier du phoenix. C’était un mec avec un cœur de pierre, et c’était surtout un bonhomme. Le seul épisode que j’ai retenu, est son histoire, et son stage sur l’île de la mort. Souvenirs.

Alors qu’il vient juste de sauver Saori, et Seiya, le chevalier Pégase. Ikki retourne sur la terre où il a fait un stage de quatre ans : l’île de la mort.  Pas de transport en commun. Pas d’ère de jeux. Pas de terrain de foot. Pas de ciné. Rien. Juste un volcan. Alors qu’il marche avec son armure sur le dos, les chevaliers du diable l’arrêtent. Synopsis classique : ils embrouillent notre héros et racontent leur vie. Ikki leur dit qu’ils peuvent ramener Goldorak et même X-Or. Les mecs chauffent – T’as cru que t’étais chaud, mais tu nous fait golri ! – Ils commencent à mal parler, et là c’est le mot de trop. Y en a un qui parle mal de la mère d’Ikki ! Deux hypothèses : Soit Ikki, qui est un chevalier de bronze laisse passer l’insulte. Soit il les piétine avec l’une de ses attaques : les ailes, le vol ou l’illusion du Phoenix… Et oui, il décide de les hagar. * (hagra, zermi) . La suite ? Il déploie ses ailes, et envoi des flammes et des patates (C’est un peu mytho tout ça. Comment tu peux faire des flammes avec tes mains ?) Mais bon, c’est pas grave car à l’époque j’ai quatorze ans, et je veux juste de la baston et du sang.  Alors qu’il vient de les tuer. Ikki nous fait partager ses pensées : « J’étais comme eux avant : Rempli de haine et assoiffé de sang ». Le type vient de tuer trois mecs, et fait comme si il était « peace ». Normal ! Mais on relèvera pas.

Pourquoi ? (Bustaflex)

Notre héros reprend sa marche sur l’île de la mort. Il s’arrête devant une fleur, et sourit. La plante lui rappelle Esmeralda (Perso, j’ai pas compris pourquoi il compare la fleur à Esmeralda, alors qu’elle ressemble à Linda L*****y). Notre chevalier revoit son passé. Un gamin,  torse nu, qui poursuit cette petite meuf et rigole. Lui, avec une petite voix de BDM (ndla bouffon des meufs) : « Attends, je ne peux pas t’accompagner, je n’ai pas fini mon entraînement ». Esmeralda, qui est une petite meuf bien et qui a beaucoup écouté le morceau de Bustaflex – Pourquoi –  Demande à Ikki pourquoi il veut devenir chevalier de bronze. Et pourquoi les gens doivent se haïr, et se battre ? Et pourquoi Zemmour est méchant comme ça ? Et pourquoi y a ces ados qui arrachent des sacs à mains au feux rouge du Stade De France ? Et pourquoi ils ont arrêté Rapline ? Et pourquoi la vie a augmenté depuis l’Euro ? Franchement elle a raison. Le gen-ar, les balances, la drogue et j’en passe. La petite blonde explique que même sur cette île aride, les fleurs poussent. Mais les choses chauffent quand le daron d’Esmeralda débarque ! Il envoi une patate de ouf à sa fille. Normal ! Et le jeune apprenti s’emporte : Mais qu’est ce que t’as fat à ta fille, t’es un ouf, on va te retirer la garde, si tu la tapes ? Et tu toucheras plus la prime de la CAF (Caisse d’Allocation Familiale). Le daron d’Esmeralda porte un masque chelou qui fait flipper, et lui dit : De toute façon y a pas de réseau sur cette île, alors qu’est ce que tu vas faire ? Bouffon ! Ikki s’énerve. « Mais t’es un ouf ! ». Le gamin envoi une série de gauches, droites. Alors qu’il balance une patate avec une flamme (véridique). Ikki s’arrête. Le daron d’Esmeralda, qui doit kiffer se manger des coups, s’emporte : Imbécile ! Il expédie notre petit Ikki au sol avec un front kick du 43, suivi d’une droite. Le gamin esquive une autre droite. Mais le fulguro-point se plante dans la poitrine de la jeune fille qui s’effondre. Le jeune chevalier la tient dans ses bras. Elle meurt. Il pleure. Et là c’est la merde…

Ikki se relève, goutte le sang d’Esmeralda et balance une série de droite pendant dix minutes. Le père d’Esmeralda lui dit : Oui, vas y, continues c’est ça. La véritable haine, c’est le seul moyen de gagner ! Il continue à raconter sa vie, pendant qu’Ikki l’achève avec une droite dans le cœur. Le maître s’effondre. Son torse est transpercé. Le boitier de l’armure du  Phoenix s’ouvre. Le petit ikki est devenu chevalier de bronze. Notre héros quitte ses pensées pour conclure : Esmeralda avait raison, il existe des choses au monde plus belle, plus merveilleuse que la haine. Il a compris ça en rencontrant Seiya et les autres. Il faut souvent se battre pour conserver ses amis.

Alors qu’il se recueille sur la tombe de sa bien aimée. Jango, un chevalier du diable interrompt le chevalier Phœnix. Une bataille s’engage entre les deux hommes. L’adversaire n’est pas venu seul, il a ramené une équipe pour s’occuper d’Ikki. Parmi les hommes, il y a le chevalier noir du Phoenix qui l’attaque. Ikki se fait stranguler par le chevalier maléfique. Le point fantôme du phoenix noir l’a frappé, Ikki est figé. A  ce moment là, Seyia, Shun, et Shyriu  débarque sur l’île et tente d’aider notre copain, mal en point. Bien évidemment, notre ami n’est pas mort. Par sa volonté, le phœnix renaît de ses cendres. Il achève le phœnix noir, et les autres chevaliers s’occupent des autres méchants.

L’épisode se termine par le combat singulier entre Ikki et le chef des chevaliers du diable. Alors qu’il a envoyé un poing du feu, le chevalier noir ricane. Mais le phœnix lui envoi une attaque, et le touche au point fantôme. Son adversaire chute dans la lave du volcan, et il golri moins. Alors que les chevaliers du zodiaque se retrouvent, le grand Pop décide de détruire l’île en libérant le volcan.

Au delà des combats mythos, et de ses chorégraphies, Ikki m’a permis de montrer que la haine était utile (oui tu as bien lu : UTILE !). La haine finalement c’est comme l’urgence, ça peut nous permettre d’être productif. A une condition, qu’elle ne prenne pas le contrôle de nos sentiments.

Rachid Santaki

Bande son :
SOS Band – Week-End Girl
NTM – Le Monde De Demain
Janet Jackson – Let’s Wait Awhile
SOS Band – Even When You Sleep


La Petite Cité Dans La Prairie, chapitre 1

29 mars 2010

Chère copine et copain lecteur, j’ai décidé en plus de mes articles de te faire partager un extrait de mon premier livre « La Petite Cité Dans La Prairie », pour ceux qui l’ont lu, je ferai un commentaire, un petit bonus de cette première expérience qui date de 2008. Pour les autres une occasion de découvrir une autre facette de mec à l’ancienne. Bonne lecture, et lâchez vos commentaires.

Ce premier chapitre, je l’ai rédigé vers six heures du matin. Pour me souvenir de tout ça, je me suis mis un son celui de Michael Jackson, car mon père écoutait le king de la pop mais aussi Kool & The Gang, Barry White. J’ai replongé dans ce passé, et c’est comme ça qu’est née La Petite Cité Dans La Prairie. Ce matin d’hiver 2006, je n’aurai jamais pensé qu’écrire deviendrait un kiffe et m’amènerait aussi loin. C’est fou ce qu’on peut faire avec un BEP Chaussure, elle ne m’a pas menti la conseillère d’éducation, en me disant qu’avec un BEP je pourrai  construire des avions, et même écrire des livres : merci.

Chapitre 1 : « La Valise en carton »

Dire que cette histoire a commencé de l’autre coté de la Méditerranée, à Marrakech, il y a plus de cinquante ans ! Mon grand-père Yazid est marocain, il vit à Marrakech, fait partie de ces cochers qui promènent en carrosse les touristes, leur racontent les petites et grandes histoires de la ville et leur font voir ses quartiers et monuments. Veuf d’une femme stérile, il s’est remarié à une femme plus jeune que lui, Fatna. Ils ont eu six enfants, mon père est l’aîné. Mon daron, c’est quelqu’un de responsable, au tempérament dur et solide, car il n’a pas été élevé par sa mère, mais par sa grand-mère. Le manque d’affection, il l’a comblé par la hargne ; une vraie teigne. Dans son enfance à Bab-Doukala, un quartier proche de Djema’a el-Fna, comme les autres gosses, il joue au football avec une balle en papier, et pratique aussi le noble art. Au début, c’est pour le canaliser qu’un facteur du quartier l’emmène à la salle de boxe ; une boule de nerfs, ce Mohamed. À l’école, c’est exclusions et punitions. Il est trop impulsif, et après des bagarres à répétition, il se retrouve dans la vie active au bled. En 1958, âgé de douze ans, qu’il commence à travailler, aux côtés de mon grand-père. Il s’occupe d’abord des chevaux, puis, quelques années plus tard, devient cocher.

À Marrakech, les calèches, qu’on appelle « cotchi » en arabe, de couleur verte, sont un moyen de locomotion pour les touristes mais aussi pour les locaux. Elles permettent de découvrir la ville ou d’y voyager à ciel ouvert. Marrakech en compte plus d’une centaine. Celle de mon grand-père est particulière, c’est un carrosse importé d’Angleterre par le pacha de Marrakech, mais qui a été laissé à l’abandon dans un garage. Mon père, informé par un de ses amis de l’existence de l’engin, sollicite l’un des adjoints du pacha pour le racheter. Après des discussions et des négociations, il le paye avec ses économies. C’est le début de l’affaire familiale pour les Sirtaki, propriétaires de la calèche et de la licence d’exploitation numéro 53.

Marrakech, 1966. À l’aube de son vingtième anniversaire, la vie de mon père est sur le point de basculer. Un chef d’entreprise en vacances à Marrakech, confortablement installé dans la calèche, visite la ville. Ce touriste, comme tant d’autres, est enchanté et charmé par Marrakech, qu’on appelle la Ville Rouge à cause de la couleur de ses bâtiments et demeures. Il est vrai que l’accueil des Marocains est très chaleureux. Il est fréquent qu’ils vous invitent à venir partager un plat chez eux. L’homme est touché par tant d’égards, par cet art de vivre. Après un séjour de deux semaines au Maroc, il laisse ses coordonnées à mon père en lui proposant de venir travailler en Europe dans son entreprise de manufacture. Quelques années plus tard, après un accident de voiture, mon père se remet en question et s’interroge sur ses conditions de vie au Maroc. Il a de l’ambition, il veut changer de situation, quitter le Maroc, où il trime depuis son plus jeune âge. Après une longue réflexion, sa décision est prise : il immigre en France. C’est en 1969 qu’il débarque en région parisienne, à Saint-Ouen (93), où il vit et travaille. Saint-Ouen n’est pas une banlieue comme les autres, c’est un lieu de transit entre Paris et sa banlieue. Saint Ouen, va me permettre de connaître la capitale, et d’y découvrir sa mixité. Une fois qu’il a obtenu ses papiers et sa carte de résident étranger, mon père occupe le poste de manutentionnaire. Motivé, il apprend à parler, à lire et à écrire le français. Assez rapidement, il évolue, et d’ouvrier, il devient responsable de manutention ; lui dit qu’il est « brigadier de manutention ».

Nous sommes au début des années 70, les grands ensembles comme les 4 000 logements existent depuis plus de sept ans. Mon père habite avenue Michelet, non loin du marché aux puces de la porte de Clignancourt. Suivant les conseils d’un collègue de travail, il passe une petite annonce pour rencontrer une femme. Celle qui deviendra ma mère, alors caissière à Barlin dans un petit bled du Pas-de-Calais, y répond. Elle fuit son foyer où le climat familial est devenu trop lourd. Elle rêve de rencontrer le prince charmant. C’est ainsi qu’elle débarque avec sa valise à la gare du Nord où elle fait la connaissance de mon père. Elle a alors une vingtaine d’années. Mon père : un mètre soixante-quinze, brun, svelte, beau gosse à la carrure d’athlète. Ma mère : un mètre soixante-quinze, grande, svelte, très belle. Mais l’histoire commence mal : l’ex de ma mère, un gars de Barlin, la retrouve à Saint-Ouen. Il vient carrément taper à la porte de leur domicile. Ma mère essaie de le repousser ; elle s’est rangée, veut oublier sa difficile adolescence au sein de sa famille nombreuse. Lui, d’origine algérienne, est là car il l’aime, mais aussi parce qu’il est harcelé par le père de ma mère qui le soupçonne de cacher sa fille. Mon grand-père maternel a débarqué chez lui avec un fusil. Mon père entend ma mère discuter à la porte pendant une dizaine de minutes avec un homme qui prétend être son cousin. Après une claque en pleine gueule, et la pression imposée par mon père, les deux hommes se posent dans un café où ledit cousin fait des révélations sur cette femme qui s’est enfuie de chez elle. Très rapidement, mon père comprend qu’elle a de sérieux problèmes familiaux, mais malgré tout, il prend son parti et l’épouse. Tout cela a un prix, celui des coups ; ma mère ne dit rien. Contrairement à elle, je ne supporterai pas l’affrontement, les oppositions, quitte à être violent : le mal par le mal…

Mes parents ont trois enfants. Je suis le premier, né le 20 octobre 1973. Les deux cadets sont nés respectivement le 13 septembre 1974 et le 8 avril 1976. J’ai donc deux frères, Stéphane et Christian. Stéphane s’appelle Hicham. Car dès le début, mes parents ne sont pas d’accord. Ma mère l’appellera Stéphane, mon père Hicham. J’ai de la chance : moi, c’est Rayane, malgré mon deuxième prénom, Philippe. Christian est le préféré. Ma mère le considère comme la fille qu’elle n’a jamais eue, peut-être pour vivre, elle aussi, une enfance à ses côtés ? Il sera choyé par mon père, car il a grandi avec eux, contrairement à Hicham et moi, qui avons été envoyés au Maroc. Mon frère, Hicham, va se sacrifier pour moi, et sa disparition va faire de moi, ce que je suis devenu aujourd’hui…

Mes parents travaillent tous les deux. Mon père a toujours ce poste de manutentionnaire, ma mère est caissière au Prisunic de Saint-Ouen, à Garibaldi. Elle se rend au travail en cinq minutes. Hicham et moi, nous avons été élevés au Maroc par notre grand mère dans la ville natale de notre père, Marrakech. Mon grand père est décédé quelque temps après avoir vu ses petits-enfants et sa belle-fille. Ma famille me raconte souvent l’anecdote suivante : la première fois que nous avons débarqué au Maroc, je me serais sauvé dans l’aéroport pour m’arrêter devant un homme, lui tirant sa djellaba. Cet homme était mon grand-père, accompagné de mon oncle Moulay Ahmed. Ma mère m’ayant rattrapé, il comprit qui j’étais et me prit dans ses bras, pleurant de bonheur. Réalité ou imagination ? Dans les deux cas, c’est touchant… Mon grand-père fait alors découvrir Marrakech à ma mère. Il la promène dans les alentours de Bab-Doukala et Djema’a el- Fna. Il lui fait visiter les tombeaux saadiens, la Ménara, tous les endroits classiques et à la fois magiques de Marrakech. Quelques jours plus tard, Yazid, mon grand-père, décède dévoré par son diabète. Ma mère m’a raconté que, lors de son enterrement, les mendiants du quartier de Bab-Doukala pleuraient, demandant ce qu’ils allaient devenir sans lui. Il avait la réputation d’être généreux, de distribuer tout son argent. C’est de lui que j’ai appris l’importance de la générosité, par forcément pécuniaire, mais humaine.

Après sa mort, c’est mon père qui subvient aux besoins de la famille, car ma grand-mère, son frère et trois de ses enfants n’ont aucun revenu. Il garde la calèche ; pour les touristes c’est un moyen de découvrir Marrakech, et pour la famille, une source de revenus. Les mandats de mon père, nous permettent de grandir à Bab-Doukala. Nos tantes, les sœurs de mon père s’occupent de nous. Nous partageons la vie de Naïma, âgée de sept ans, Latifa, quinze ans et Malika, vingt ans. Nous vivons heureux dans un cocon familial paisible. Mon oncle Moulay Ahmed s’occupe de nous comme si nous étions des petits princes. Il nous sort dans sa Renault 12. C’est un charmeur, il mesure un mètre quatre-vingt-dix, il est classe, toujours élégant : costard à pattes d’éléphant, col à l’italienne. Il y a aussi Abdelharim avec son handicap à une jambe. Nos moments sont partagés entre le bain pris dans la cour de la maison, les jeux avec nos voisins dans la poussière de l’impasse du quartier Derb Jadid (« quartier neuf » en arabe). Nos voisins sont les Mrabet. Nous grandissons avec Aïcha, Toufikh et Nordine. L’aîné de la famille, Mohamed, est un ami de mon père. Il l’admire. Leurs parents sont considérés comme des membres de notre famille. Les empreintes et souvenirs de cette enfance sont quelques photos en noir et blanc prises à la Ménara avec mon oncle et mon frère Hicham. Des moments gravés dans la mémoire, une période de bonheur que j’aurai voulu (ré)animer.


Iron Man, un verre ça va, deux verres bonjour les dégats…

20 mars 2010

1985. Les années de Michael Jackson, de Kool And The Gang, et surtout les premières années collèges. A Jean Jaurès, le collège de ma ville, je suis avec mes camarades de classe, si t’es de Saint Ouen, et de ma génération tu les connais, et me connais surement. Le collège c’est une période difficile parce que je me cherche, parce que je suis un adolescent qui change, et qui n’est pas sur de lui, parce que c’est la transition entre l’enfant et l’adulte qui sommeillent en moi. Cette année là, je découvre un super héros, Iron Man, et derrière la machine il y a un mec torturé malgré qu’il soit pété de tunes : Tony stark (Comme quoi l’argent ne fait pas le bonheur…).

« TATA CAILLERA »

Tous les samedis après midi, la sœur de ma mère me garde: Suya je l’aime beaucoup. Elle habite dans un petit studio du 16eme arrondissement, et viens me chercher à Saint Ouen pour passer l’après midi avec elle. Son délire est d’aller du coté de Barbès chercher du tissu, elle travaille dans la couture, et me laisse dessiner. Souvent elle m’encourage car j’ai un coup de crayon, et me rassure. Suya, c’est elle qui m’a permis d’avoir « le goût »(rien à voir avec Quick, merci) malgré son fort caractère, et son impulsivité.  Je n’ai jamais compris son train de vie, car elle me traine dans les transports, et à d’autres périodes elle a sa voiture, une Renault 5. La classe ! Quand c’est le week end, j’attends avec impatience son arrivée, installé dans le canapé en cuir de notre salon. J’observe mon père qui lit son journal de course Spéciale Dernière. Il cherche le bourrin qui fera de lui un milliardaire. Il fronce les sourcils, et entoure avec son stylo Bic les numéros qu’il va jouer le lendemain. Je m’ennuie à regarder mon père faire ses pronostics bidons, mais l’ennui est rompu quand ma tante tape très fort à la porte. Elle me fait flipper à chaque fois, car quand elle tape à la porte, on dirait qu’elle va tout casser. Je cours lui ouvrir, elle m’embrasse et dit bonjour  froidement à mon père, qu’elle appelle « Momo ». Mon vieux ne peut s’empêcher de lui dire de frapper doucement à la porte, elle ne peut s’empêcher de lui répondre en zozotant, « Ca va ! Elle n’est pas cassé ta porte ! ». Entre eux, c’est loin d’être la grande entente. Elle sait que mon père tape ma mère, et elle a la rage contre lui. Et lui a la rage contre elle, car Suya est une grande gueule, c’est la première meuf bonhomme que je connais, à part ma voisine Lætitia Fournier. Quand on quitte le bâtiment de la résidence Bachelet, elle m’emmène toujours chez le marchand de journaux du coin de la rue. Tata Suya me laisse prendre ma revue Strange, et lâche la pièce de 5 francs au vieux buraliste.

NAISSANCE D’IRON MAN

On marche jusqu’au métro Garibaldi, et je tiens fort ma bande dessinée. Je n’ai qu’une hâte commencer à lire les aventures de mon héros préféré. Dans les comics édités par la société Lug, je retrouve les aventures de mes supers héros, et celui qui me fait rêver, c’est Iron Man, l’homme de fer. On s’installe dans le wagon, et je commence à lire la série. Iron Man est une armure construite par Tony Stark, un milliardaire, qui s’est fait capturé et blessé pendant la guerre du Viêt-Nam par un chef de guerre. Alors séquestré, il a construit avec un autre chercheur une armure, qu’il a endossée pour devenir The Invincible Man, la première version du super héros. Son armure initiale est grise, et elle évoluera au fil des épisodes pour devenir jaune, puis bicolore. C’est dans le Strange Spécial Origines que j’ai découvert l’histoire de Stark. A l’époque où je lis Iron Man, la série est réalisée par trois employés de la Marvel Company, et le trio donne lieu entre 1980 et 1985 à l’âge d’or du héros de métal rouge et jaune. Quand nous sommes dans le wagon du métro, ma tante me prends la tête avec les hommes. Elle me dit, encore un truc de mec, et me pose des questions sur mes héros. Je lui parle de Stark, et Suya s’emballe et me dit que de toute façon Stark a une gueule de con, et qu’il doit mal se comporter avec les femmes. Je ne comprends pas pourquoi elle juge Tony, qui est loin d’être celui qu’elle croit. Mais quand elle parle, je ne réponds pas, à tous les coups je n’aurai plus sa visite. Alors je la regarde et je l’écoute zozoter. Sacré tata !

LA PUISSANCE…

Iron Man a une force surhumaine, il vole et peut atteindre Mach 3 grâce à ses répulseurs énergique, il équipé de missiles, supports de protection et de soin. Mais ce qui me fait kiffer chez Iron Man, c’est l’homme en dessous de l’armure, Tony Stark. Il est blindé, et le brun à moustache a tout : voitures, avion privée et j’en passe. Il peut aller au Maroc en avion, pendant que nous on y va en Renault 18. Mais le truc qui me fait comprendre plein de choses, c’est Tony Stark et son problème avec la bouteille. L’industriel est tombé dans l’alcoolisme. Il boit avec excès, comme mon père. Stark est un vrai schlague face à la tise. Dans le fond, quand je regarde les déboires de Tony Stark, je pense à mon père.  A la différence de mon héros, quand mon père boit il ne s’auto-détruit pas, il détruit la famille et s’emporte sur ma daronne. A travers Stark, je vois mon père et ses plaies. Gamin de douze ans, je me demande pourquoi papa boit ? Un jour, je pose la question à ma tante qui m’expliquera que son père avait le même problème, et que tous les mecs sont des cons. Alors je me dis que j’aurai le même. Mais la vie fera que je ne tutoierai pas la tise parce que je n’ai pas envie de devenir ivrogne comme Stark, et violent comme mon père.

Tout comme Spiderman et Peter Parker, Superman et Clark Kent : Iron Man, et Tony Stark ne font qu’un. Et l’autre problème du milliardaire, ce sont les femmes, le grand problème des hommes. A chaque épisode il se fera avoir comme un débutant. Pourtant Stark n’a rien d’un nouveau né mais rien à faire, il tombe sur des femmes vénales, ou à l’ouest. L’une des plus sincères est sa secrétaire : Virginia « Pepper » Potts (A ne pas confondre avec la vieille Peper Pot !). Je me souviens d’un épisode où Iron Man emmène la veuve noire, une espionne russe qui va l’assommer, et le piéger afin de dérober une puissante arme.  Mais  une fois de plus Iron Man s’en sortira en rendant l’arme inutilisable. Plus tard, elle le rejoindra au sein des Vengeurs, un collectif de super héros. Stark et les femmes c’était aussi un aspect humain, et fort. Le petit coté lover qui était en moi se réveillait. Iron Man né en 1963, a été inventé par Stan Lee, l’un des barbus le plus célèbre de mon époque avec Carlos. Le papa d’Iron Man lui donnera fin courant des années 90, après 332 aventures. C’est au 284eme épisode après avoir fait de lui un type perdu que Stark meurt.

Iron Man, c’était avant tout un mec en dessous d’une armure. Une série qui a duré de longues années, et que certains ont pu retrouver sur grand écran avec une belle prestation de Robert Downey Junior. Un type qui a  aussi eu des problèmes avec l’alcool. C’est peut être ce qui a fait de lui, un vrai Tony Stark ? Le film a cartonné lors de sa sortie dans les salle en 2008, et les fans ont apprécié car c’était l’adaptation la plus proche des comics Marvel. En même temps, qu’est ce qu’ils ont été nous le mettre en Afghanistan, alors qu’il était au Viêt-Nam. Les fans attendent impatiemment de retrouver Tony Stark face à ses démons, et la bouteille. Quoi qu’il en soit, Iron Man, m’a permis de comprendre que si mon père buvait c’était pour se consoler de ses blessures. Même si avec mon daron, on a jamais réparé ce qui était cassé. Merci Tony Stark…

Rachid Santaki

Bande son :
Kool & The Gang – Cherish
René & Angela – I’ll Be Good
Shalamar – Full Of Fire
Whitney Houston-How Will I Know
Break Machine-Street Dance