La Petite Cité Dans La Prairie, chapitre 1

Chère copine et copain lecteur, j’ai décidé en plus de mes articles de te faire partager un extrait de mon premier livre « La Petite Cité Dans La Prairie », pour ceux qui l’ont lu, je ferai un commentaire, un petit bonus de cette première expérience qui date de 2008. Pour les autres une occasion de découvrir une autre facette de mec à l’ancienne. Bonne lecture, et lâchez vos commentaires.

Ce premier chapitre, je l’ai rédigé vers six heures du matin. Pour me souvenir de tout ça, je me suis mis un son celui de Michael Jackson, car mon père écoutait le king de la pop mais aussi Kool & The Gang, Barry White. J’ai replongé dans ce passé, et c’est comme ça qu’est née La Petite Cité Dans La Prairie. Ce matin d’hiver 2006, je n’aurai jamais pensé qu’écrire deviendrait un kiffe et m’amènerait aussi loin. C’est fou ce qu’on peut faire avec un BEP Chaussure, elle ne m’a pas menti la conseillère d’éducation, en me disant qu’avec un BEP je pourrai  construire des avions, et même écrire des livres : merci.

Chapitre 1 : « La Valise en carton »

Dire que cette histoire a commencé de l’autre coté de la Méditerranée, à Marrakech, il y a plus de cinquante ans ! Mon grand-père Yazid est marocain, il vit à Marrakech, fait partie de ces cochers qui promènent en carrosse les touristes, leur racontent les petites et grandes histoires de la ville et leur font voir ses quartiers et monuments. Veuf d’une femme stérile, il s’est remarié à une femme plus jeune que lui, Fatna. Ils ont eu six enfants, mon père est l’aîné. Mon daron, c’est quelqu’un de responsable, au tempérament dur et solide, car il n’a pas été élevé par sa mère, mais par sa grand-mère. Le manque d’affection, il l’a comblé par la hargne ; une vraie teigne. Dans son enfance à Bab-Doukala, un quartier proche de Djema’a el-Fna, comme les autres gosses, il joue au football avec une balle en papier, et pratique aussi le noble art. Au début, c’est pour le canaliser qu’un facteur du quartier l’emmène à la salle de boxe ; une boule de nerfs, ce Mohamed. À l’école, c’est exclusions et punitions. Il est trop impulsif, et après des bagarres à répétition, il se retrouve dans la vie active au bled. En 1958, âgé de douze ans, qu’il commence à travailler, aux côtés de mon grand-père. Il s’occupe d’abord des chevaux, puis, quelques années plus tard, devient cocher.

À Marrakech, les calèches, qu’on appelle « cotchi » en arabe, de couleur verte, sont un moyen de locomotion pour les touristes mais aussi pour les locaux. Elles permettent de découvrir la ville ou d’y voyager à ciel ouvert. Marrakech en compte plus d’une centaine. Celle de mon grand-père est particulière, c’est un carrosse importé d’Angleterre par le pacha de Marrakech, mais qui a été laissé à l’abandon dans un garage. Mon père, informé par un de ses amis de l’existence de l’engin, sollicite l’un des adjoints du pacha pour le racheter. Après des discussions et des négociations, il le paye avec ses économies. C’est le début de l’affaire familiale pour les Sirtaki, propriétaires de la calèche et de la licence d’exploitation numéro 53.

Marrakech, 1966. À l’aube de son vingtième anniversaire, la vie de mon père est sur le point de basculer. Un chef d’entreprise en vacances à Marrakech, confortablement installé dans la calèche, visite la ville. Ce touriste, comme tant d’autres, est enchanté et charmé par Marrakech, qu’on appelle la Ville Rouge à cause de la couleur de ses bâtiments et demeures. Il est vrai que l’accueil des Marocains est très chaleureux. Il est fréquent qu’ils vous invitent à venir partager un plat chez eux. L’homme est touché par tant d’égards, par cet art de vivre. Après un séjour de deux semaines au Maroc, il laisse ses coordonnées à mon père en lui proposant de venir travailler en Europe dans son entreprise de manufacture. Quelques années plus tard, après un accident de voiture, mon père se remet en question et s’interroge sur ses conditions de vie au Maroc. Il a de l’ambition, il veut changer de situation, quitter le Maroc, où il trime depuis son plus jeune âge. Après une longue réflexion, sa décision est prise : il immigre en France. C’est en 1969 qu’il débarque en région parisienne, à Saint-Ouen (93), où il vit et travaille. Saint-Ouen n’est pas une banlieue comme les autres, c’est un lieu de transit entre Paris et sa banlieue. Saint Ouen, va me permettre de connaître la capitale, et d’y découvrir sa mixité. Une fois qu’il a obtenu ses papiers et sa carte de résident étranger, mon père occupe le poste de manutentionnaire. Motivé, il apprend à parler, à lire et à écrire le français. Assez rapidement, il évolue, et d’ouvrier, il devient responsable de manutention ; lui dit qu’il est « brigadier de manutention ».

Nous sommes au début des années 70, les grands ensembles comme les 4 000 logements existent depuis plus de sept ans. Mon père habite avenue Michelet, non loin du marché aux puces de la porte de Clignancourt. Suivant les conseils d’un collègue de travail, il passe une petite annonce pour rencontrer une femme. Celle qui deviendra ma mère, alors caissière à Barlin dans un petit bled du Pas-de-Calais, y répond. Elle fuit son foyer où le climat familial est devenu trop lourd. Elle rêve de rencontrer le prince charmant. C’est ainsi qu’elle débarque avec sa valise à la gare du Nord où elle fait la connaissance de mon père. Elle a alors une vingtaine d’années. Mon père : un mètre soixante-quinze, brun, svelte, beau gosse à la carrure d’athlète. Ma mère : un mètre soixante-quinze, grande, svelte, très belle. Mais l’histoire commence mal : l’ex de ma mère, un gars de Barlin, la retrouve à Saint-Ouen. Il vient carrément taper à la porte de leur domicile. Ma mère essaie de le repousser ; elle s’est rangée, veut oublier sa difficile adolescence au sein de sa famille nombreuse. Lui, d’origine algérienne, est là car il l’aime, mais aussi parce qu’il est harcelé par le père de ma mère qui le soupçonne de cacher sa fille. Mon grand-père maternel a débarqué chez lui avec un fusil. Mon père entend ma mère discuter à la porte pendant une dizaine de minutes avec un homme qui prétend être son cousin. Après une claque en pleine gueule, et la pression imposée par mon père, les deux hommes se posent dans un café où ledit cousin fait des révélations sur cette femme qui s’est enfuie de chez elle. Très rapidement, mon père comprend qu’elle a de sérieux problèmes familiaux, mais malgré tout, il prend son parti et l’épouse. Tout cela a un prix, celui des coups ; ma mère ne dit rien. Contrairement à elle, je ne supporterai pas l’affrontement, les oppositions, quitte à être violent : le mal par le mal…

Mes parents ont trois enfants. Je suis le premier, né le 20 octobre 1973. Les deux cadets sont nés respectivement le 13 septembre 1974 et le 8 avril 1976. J’ai donc deux frères, Stéphane et Christian. Stéphane s’appelle Hicham. Car dès le début, mes parents ne sont pas d’accord. Ma mère l’appellera Stéphane, mon père Hicham. J’ai de la chance : moi, c’est Rayane, malgré mon deuxième prénom, Philippe. Christian est le préféré. Ma mère le considère comme la fille qu’elle n’a jamais eue, peut-être pour vivre, elle aussi, une enfance à ses côtés ? Il sera choyé par mon père, car il a grandi avec eux, contrairement à Hicham et moi, qui avons été envoyés au Maroc. Mon frère, Hicham, va se sacrifier pour moi, et sa disparition va faire de moi, ce que je suis devenu aujourd’hui…

Mes parents travaillent tous les deux. Mon père a toujours ce poste de manutentionnaire, ma mère est caissière au Prisunic de Saint-Ouen, à Garibaldi. Elle se rend au travail en cinq minutes. Hicham et moi, nous avons été élevés au Maroc par notre grand mère dans la ville natale de notre père, Marrakech. Mon grand père est décédé quelque temps après avoir vu ses petits-enfants et sa belle-fille. Ma famille me raconte souvent l’anecdote suivante : la première fois que nous avons débarqué au Maroc, je me serais sauvé dans l’aéroport pour m’arrêter devant un homme, lui tirant sa djellaba. Cet homme était mon grand-père, accompagné de mon oncle Moulay Ahmed. Ma mère m’ayant rattrapé, il comprit qui j’étais et me prit dans ses bras, pleurant de bonheur. Réalité ou imagination ? Dans les deux cas, c’est touchant… Mon grand-père fait alors découvrir Marrakech à ma mère. Il la promène dans les alentours de Bab-Doukala et Djema’a el- Fna. Il lui fait visiter les tombeaux saadiens, la Ménara, tous les endroits classiques et à la fois magiques de Marrakech. Quelques jours plus tard, Yazid, mon grand-père, décède dévoré par son diabète. Ma mère m’a raconté que, lors de son enterrement, les mendiants du quartier de Bab-Doukala pleuraient, demandant ce qu’ils allaient devenir sans lui. Il avait la réputation d’être généreux, de distribuer tout son argent. C’est de lui que j’ai appris l’importance de la générosité, par forcément pécuniaire, mais humaine.

Après sa mort, c’est mon père qui subvient aux besoins de la famille, car ma grand-mère, son frère et trois de ses enfants n’ont aucun revenu. Il garde la calèche ; pour les touristes c’est un moyen de découvrir Marrakech, et pour la famille, une source de revenus. Les mandats de mon père, nous permettent de grandir à Bab-Doukala. Nos tantes, les sœurs de mon père s’occupent de nous. Nous partageons la vie de Naïma, âgée de sept ans, Latifa, quinze ans et Malika, vingt ans. Nous vivons heureux dans un cocon familial paisible. Mon oncle Moulay Ahmed s’occupe de nous comme si nous étions des petits princes. Il nous sort dans sa Renault 12. C’est un charmeur, il mesure un mètre quatre-vingt-dix, il est classe, toujours élégant : costard à pattes d’éléphant, col à l’italienne. Il y a aussi Abdelharim avec son handicap à une jambe. Nos moments sont partagés entre le bain pris dans la cour de la maison, les jeux avec nos voisins dans la poussière de l’impasse du quartier Derb Jadid (« quartier neuf » en arabe). Nos voisins sont les Mrabet. Nous grandissons avec Aïcha, Toufikh et Nordine. L’aîné de la famille, Mohamed, est un ami de mon père. Il l’admire. Leurs parents sont considérés comme des membres de notre famille. Les empreintes et souvenirs de cette enfance sont quelques photos en noir et blanc prises à la Ménara avec mon oncle et mon frère Hicham. Des moments gravés dans la mémoire, une période de bonheur que j’aurai voulu (ré)animer.

Un commentaire pour La Petite Cité Dans La Prairie, chapitre 1

  1. Mélanie dit :

    Ah ben en voilà une bonne idée !! Je vais offrir votre bouquin à mon fils !

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