JE DANSE (PAS) LE MIA !

22 avril 2010

J’ai lu en quelques heures le livre d’Akhenaton « La Face B ». Le leader du groupe marseillais revient sur sa vie, son parcours et commente Le Mia : ce succès d’Iam que le groupe de rap n’a pas joué sur scène pendant seize ans. Le succès du Mia leur a échappé, et à moi aussi ! Souvenirs.

Akh, l’italien du groupe Iam a fait le Mia. Tu l’auras compris chère copine et copain lecteur, ce morceau qui reprend le sample de  Give Me the Night de Georges Benson m’a parasité. Le Mia, c’est d’abord mon frère qui en ce mois de mai 1994, s’agite à apprendre par cœur les paroles. Il passe tout l’après midi à noter les textes de la chanson, usant son index droit à rembobiner la cassette. Saoulé par sa phase du Mia, je lui demande d’arrêter. Il  me regarde en débitant : « Pas de pacotille, chaîne en or qui brille » Alors qu’il est en plein délire, j’ai dans l’esprit deux questions existentielles : Comment tu peux habiter la Seine Saint Denis, et kiffer Iam ? Iam c’est bien Marseille et c’est donc l’O.M?

Dans mon expérience avec 5Styles (spot pub : Il a 5Styles, il a tout compris), Akh est l’une des plus belles rencontres. Un mec simple, qui a joué le jeu  en interview  avec de vraies questions  : «  2Be3, depuis dix ans, on raconte qu’ils t’ont tapé ? », « C’est vrai que Georges Benson t’a payé le champagne ? » et « Le départ de la fameuse embrouille IAM-NTM ». Il a répondu, avec technicité. Un numéro de 5Styles mémorable, avec de bons retours du public, et des courriers d’insultes  à la rédaction envers Akh de la part de groupuscules d’extrême droite qui avaient lu le magazine. Véridique. Akh, c’est surtout un type qui connaissait mes potes de galère, et qui les a côtoyé pendant la période estivale à Casa, en 1993. Hicham et Mohamed passaient les vacances ensembles au bled. Ce ouf d’Hicham vendait ses jeans 501 pour financer la fin de ses vacances, il rentrait en caleçon en France. La pile de dossiers sur Hicham est balaise, il marchait avec une doudoune sur la plage en été, il a même fait une Garde à vue pour viol d’homme (il n’avait rien à voir, mais imaginez la tête de son daron venu le chercher au commissariat !). Un vrai ouf. Quand à Mohamed, c’était la classe. Allah Ya rhmo.

Le jour où j’en ai voulu à Akh, c’est à cause de son fameux Mia. Pas pour le fait qu’il a emprunté un sample de funk. Non, c’est pour une histoire de meuf ! 1995. Une nuit d’août. Je suis au Paradise, une boite de nuit à Marrakech, située sur l’avenue de France. Installé au bar avec mes potes Aziz, Mounir, et mon frère. On joue les princes de la nuit avec une conso. En réalité on est bien loin d’être des princes, mais plutôt les clochards de Marrakech. Un type, un rebeu de Marseille sympathise avec nous. Il est venu dans la ville rouge pour quelques jours, avec un de ses cousins. Le mec grand, fin, avec une tête marrante gratte l’amitié. Il danse avec mes potes, mon refré, et nous raconte sa vie entre deux morceaux. Il est golri. Un mec inoffensif et très gentil. Je scanne les gens dans la boite de nuit, et les meufs sur la piste. Y a Farid, un mec de l’Essone, que j’ai rencontré à Agadir,  dans une boite de nuit, quelques jours avant. Il s’approche avec son sourire. Rien qu’il chambre sur les conditions précaires du camping d’Agadir, la douche, les odeurs et le bruit. Je vois à l’autre bout de la piste, une tête que je connais. Une meuf d’Epinay, une certaine Wafaa. Grande, bronzée, elle me met la fièvre, car elle est sexy chocolat (si t’as pas vu un Prince à New York tu ne peux pas comprendre). On se connait de vue, car elle venait souvent chercher une de ses copines à la sortie du lycée. Alors que Farid chambre les meufs chelou assises au bar,  je me dirige vers Wafaa. Parler avec elle, est qu’une simple formalité. On s’installe au bar, et se tape des délires  sur les autres.

Alors que je suis à 30%, je décide de passer la vitesse supérieure. Wafaa est dans l’ambiance, moi aussi. Mais le Deejay du bled  fait basculer mon plan quand il passe un son : Le Mia. Je parle à Wafaa, en mode vendeur au rayon disquette, j’entends la voix d’Akh dans les enceintes de la discothèque : Tu es fada… Le jeune marseillais qui parle avec son cousin, se précipite sur la piste. Il ouvre le haut de sa chemise à fleur, et laisse apparaître une petite chaîne brille sur son torse. Il danse le mia, j’éclate de rire et commente : Il est tout raide ce mec ! Wafaa fonce le rejoindre sur la piste et voilà comment tout s’est aggravé en un quart d’heure. Le type commence à tourner sur lui-même, et chauffe la piste à la Aldo Macionne. Wafaa est de plus en plus euphorique et danse avec lui. Mon frère, qui ne s’est pas vu quand il a bu, tape des pompes et récite la chanson. Véridique. Les mecs du bled tapent des barres. Le marseillais me vole ma meuf. Des gestes lents, c’était vraiment trop moche. Aziz a coté de moi, me graine.  « Défonce-le ! Il est train de pécho ta meuf, le gars ?! » J’ai le réflexe d’aller voir le deejay. Je lui demande alors de ne plus passer le mia. Je retourne au bar, le deejay arrête le son… Pour imiter Def Bond « …Merci à tous et à toutes d’être au New Star flash… » Tout le monde le regarde. Il remet encore le morceau ! Je deviens ouf ! Le marseillais continue à faire son chaud face à une Wafaa qui n’en peut plus. Je pense qu’elle a fait un transfert sur le type, et qu’elle l’a pris pour Akh. C’est la seule explication. J’ai essayé de danser le Mia mais avec des crocodiles partout, et un refré qui encourage le marseillais devenu mon ennemi, j’ai perdu. J’ai ramassé ma fierté, et j’ai tracé, sans Wafaa bien sur. J’entends encore la voix d’Aziz, se foutre de ma gueule sur le retour de la boite de nuit : « Aïe, Aïe, Aïe il danse le mia… » Merci Akh !

Akhenaton – La Face B – Editions Don Quichotte – Déjà disponible


Les moustachus des années 80…

8 avril 2010

La CLA-CLA-CLA-CLASSE !Tous les darons (et même les douaniers du bled) ont voulu l’imiter…

CLAN-CLANDé !Le seul barbu que la télé n’a pas fait passer pour un danger…

CLA-CLAQUéTous les mecs de cité avait peur que la conseillère les envoi en flilère pro espace vert, tu sais pourquoi maintenant !

CLA-CLA-CLAVIERCharlie Oleg, bien entouré : un vrai beatmaker.

IN-CLA-CLA-CLASHABLELe patron, et la vraie caillera de la chanson française…

CAL-CAL-CALVITIEAvoir une moustache et une calvitie, et cela ne l’a pas empêché de réussir…

BONUS

No comment


Thon à la catalane : C’est ça avoir des potes…

8 avril 2010

1992. L’année où Whitney Houston chante I Will Always Love You, single de son premier film, The Bodyguard que je vois au cinéma avec Nora, et Naïma : deux meufs de ma classe. Nora, un peu fleur bleue versera une larme à la fin. A cause d’elle Naïma s’est aussi mise  à chialer, je n’ai pas été contaminé mais j’ai eu une ces gouttes de sueur sur le front par peur de craquer. Cette même année, Mc Solaar nous parle de Caroline, cette superbe fille… Je rencontrerai la mienne deux ans plus tard, mais j’en ferai pas un rap, mais des cauchemars ! (et même un livre). Cette année, c’est surtout l’époque du thon à la catalane et je peux te dire qu’avec mes potes, on en a vidé des boites de conserves.

Mai, Saint Ouen. La première année de BEP se termine dans deux mois, j’sais même pas ce que je ferai après ce fameux BEP, et même avant j’savais pas ! Toutes ces années à espérer ne pas redoubler pour éviter une carrière en manutention, ou dans les mines comme dans Germinal, ça fait flipper ! Mais d’autres choses plus dramatiques que mon futur occupent mon esprit, comme le présent et l’absence de mon frère défunt.

Je n’entends pas la voix d’Hubert qui me raconte l’histoire qui tombe d’un building de 50 étages. Et qui se répète sans cesse pour se rassurer que jusqu’ici tout va bien…  Je traîne (et chute) avec mes potes de Saint Ouen, Hicham et Mamadou, en attendant ce fameux atterrissage. Des potes c’est quoi ? Je n’ai pas de définition, mais à cette époque, c’est un moyen de combler le vide, ou les soucis. C’est aussi un partage. Ensemble, on a partagé malgré le peu qu’on avait. Finalement, c’est ça avoir des potes : Partager quand tu as peu, ou tu n’as rien (Je pense qu’avec les meufs c’est pareil, mais ça c’est un autre article).  Avec mes potes, nous avons tous les trois des profils atypiques, c’est ce qui nous rapproche. Hicham est déscolarisé depuis la 4eme techno, issu d’une famille modeste. c’est le pote de mon frère, et c’est donc devenu mon pote (je te la refais ?). Il est particulier, c’est un cleptomane et un mythomane mais il a un bon fond. Mamadou est en filière électrotechnique, il sourit tout le temps, malgré l’absence de son daron rentré au pays. C’est un bon gars mise à part regarder des revues avec Gian Coucou tout nu avec des filles.

Mes deux acolytes n’habitent pas dans mon quartier situé entre la mairie et Garibaldi. Ils sont du coté des puces de Saint Ouen, dans la rue des entrepreneurs. Les parents d’Hicham m’aiment bien, car j’ai une tête d’intello avec mes binocles. Ça les rassure qu’on traîne ensemble, ils pensent qu’Hicham va devenir un intellectuel, ou un riche industriel. Ils se trompent, il s’en sortira mais passera plusieurs fois par la case prison. Ce qui nous unit, c’est que chez nous, on a tous nos problèmes familiaux, et qu’on se rassure en rigolant, et avec la voix d’Hubert (quoi ? T’as pas vu la Haine ?!!).

A la maison, mon père écoute de moins en moins Kool & The Gang, et Chic. Au fond de lui, il est triste lui et moi savons pourquoi. Nos voisins, aussi. La vie lui a pris son fils. La Renault 18, elle, a pris la poussière, et ne nous emmène plus au bled. Dans mon quartier les petits ont pris des rôles ceux de Miklo dans Les Princes De La Ville, et O-Dog par Menace 2 Society. La fresque classique de la violence se répand près de chez moi. Les mecs se plantent pour un  regard de travers, ou pour une histoire de veste.

Après les cours au LEP du Globe, et le week-end, l’ennui est mon fidèle compagnon. J’ai beau le dégager, mais il revient. Je le tue avec mes potes, avec lesquels je partage tout sauf ce que j’ai sur le cœur. La pudeur est une règle entre nous. On s’assoit dans leur quartier pour commenter tout ce qui bouge, tout ce qui se passe, et surtout on se chambre sur les prénoms des dareunes. Le fait de rester avec eux, occupe mon esprit, et me permet de ne pas craquer face aux uppercut de la life. C’est ce que je retiens de notre amitié.

Tenir les murs du quartier,  nous étouffe, on décide de prendre le vert. On a découvert un superbe parc, à six stations de bus de chez nous. Le mois de mai, riment avec « Jours ensoleillés », on prend le 166, une ligne de bus qui relie la porte de Clignancourt et Colombes pour aller au parc de Villeneuve, c’est un grand parc, avec une plage artificielle, et même du sable. C’est beau, et surtout GRATUIT, un terme que tu kiffes quand t’es en chien. On passe du temps (pour ne pas dire tout notre temps) dans ce fameux parc. Y a quelques mecs et meufs de la cités des luth, on chambre en les appelant les lutins (facile je sais,  mais on est jeune et con). On profite du beau paysage et du soleil sur fond de funk. Je fais tourner une cassette de mon pote Mickael, avec des titres de Kleer, Delegation, D-Train. C’est la grande époque de la funk pour mes potes et moi. On kiffe le son, avec les voix de ces chanteuses qu’on imagine fraîches. On découvrira plus tard, qu’elles étaient loin d’être fraîches pour ne pas dire périmé. Je parlerai pas des tenues.

Avec la musique, on a une habitude : passer à la grande surface située en Face du parc, Leclerc. Dans le rayon Conserve, on  achète deux boites de thon à la catalane. Quand tu dis Catalane, y a baguette qui va avec. Quand tu dis Catalane y a cinq francs qui va avec. Quand tu dis catalane y a surtout Parc des Chantereines et funk qui vont avec (du moins pour nous). Quand on a un peu plus de tunes, on prend une bouteille de coca, mais comme nos pères ne sont pas milliardaires, on se contente le plus souvent de thon et de pain. Quand on prends nos boites de thon à la Catalane, je ne peux m’empêcher de penser à mon enfance. Mon père était manutentionnaire et ramenait à la maison des dizaines de boites de conserves, du thon à la catalane, des filets aux maquereaux. Ces pensées me rendent parfois tristes, car je pense à mon frère, ma mère. Je me repasse la VHS de notre vie, avec ces piles de boites conserves.

Chargés en boite de conserves, pain, et boissons, on marche jusqu’en face de la plage artificielle. Le volume du poste est à fond. Les gens nous regardent arriver sur le titre de D-train « Walk On By », et je peux te dire que ça le fait. Des meufs nous rejoignent et trouvent des vieux prétextes comme « T’es pas le cousin à Samir », ou « T’étais pas à Agadir l’année dernière » pour gratter l’amitié et surtout le gros son. On s’assoit dans l’herbe et là on ouvre nos boites, tranche le pain à la main. La vérité, c’est qu’on a la dalle. Hicham, qui ment comme il respire, fait croire aux petites meufs avec nous que demain il va ramener  son scooter des mers sur le lac de Villeneuve (quel mytho !) Quand je l’entends, et quand je vois le regard de la meuf qui croit à ces salades, je me dis soit elle pense que le thon à la catalane, c’est du caviar ou que la musique l’a bousillé. Hicham a toujours eu la cote, pourtant on le connaît, il a des saignements de gencives, une putain d’acné mais malgré ça, il a la côte. Hicham c’est surtout un putain d’acteur. C’est peut être ce qui explique son succès. Si il attire les meufs, il a un don : nous dégoutter et pour nous couper l’appétit il a une spécialité, pas celle de cracher dans la boite de conserve mais de mettre un croc. A cause de ses saignements de gencives, on perd notre appétit. Les fois suivantes, pour parer à sa technique de bâtard, on évite de lui laisser la précieuse boite de conserve entre les gencives. Je me souviens qu’une fois il a partagé sa boite de conserve avec une meuf. Suite à ce repas, elle a eu des bouleversements physiques, et qu’elle a fini au bois de boubou (si tu traînes là bas tu peux la reconnaître elle accroche à son camion des boites vides de thon à la catalane).

Au delà des techniques de chacal d’Hicham, et du prix de la conserve de poisson. Le ton à la catalane nous a prouvé qu’avec peu, on pouvait kiffer. Que finalement et comme le dit ma pote Ikrame, le vrai bonheur c’est la suffisance. Une ou deux boites de thon nous suffisait largement, et je t’avoue qu’aujourd’hui, lorsque j’ouvre une boite de thon à la catalane, ce n’est plus pareil, mais cela reste un souvenir indélébile qui me fait sourire. Hicham, lui n’a pas arrêté de mentir et Mamadou n’a pas construit d’avion contrairement à ce que lui a vendu la conseillère d’orientation.

Bande son

Jah Cure – What Will It Take
Mc Solaar – Caroline
D-Train – Walk On Be
Delegation – You & I

La Petite Cité Dans La Prairie, nouvel extrait.

4 avril 2010

Ô revoir Marrakech, et  le quartier de bab Doukala. Après avoir connu la vie de rêve, qui n’a rien à voir avec celle de Tony Montana, je suis de retour en France.

Saint-Ouen, 1978. Nous retournons vivre chez nos parents en France. Je ne souffre pas vraiment d’être séparé de ma grand-mère, mais il en est tout autrement pour mon frère, Hicham, qui la considère comme sa propre mère. Que de hurlements et de pleurs sur le chemin du retour ! Il aurait craché à la figure de ma mère en lui disant que ce n’était pas elle sa mère, mais « Moué 1 »( « Maman » en arabe). Cette anecdote m’a toujours fait pensé qu’Hicham ressemblait beaucoup à mon père au niveau de l’état d’esprit, et qu’il a vécu la même chose que notre père, élevé par une femme qui n’était pas sa mère, mais qui dans son coeoeur, avait beaucoup plus de place… Nous voici donc en France, à Saint-Ouen. Je vais avoir cinq ans. Mes parents m’ont ramené avec eux après les vacances d’été pour que j’entre en maternelle. Je n’ai pas vraiment été encadré au Maroc ; en revanche, j’ai reçu beaucoup d’affection. Le jour de la rentrée en maternelle, rue Bachelet. J’hurle, je m’agrippe aux rampes des escaliers. Ma mère et sa copine Annick, qui est aussi notre nourrice, essayent de me maîtriser. Ne me reste en mémoire que cette crise de nerfs durant laquelle je m’accroche partout.

Nous habitons dans un appartement de quatre pièces, rue d’Estiennes-d’Orves, qui se situe entre la mairie de Saint-Ouen et Garibaldi, en plein centre-ville de Saint-Ouen, loin des quartiers plus populaires comme le vieux Saint-Ouen, Pagel, Les Boute-en-Train ou Garibaldi. Ce n’est pas une cité mais plutôt une résidence privée. Les bâtiments possèdent quatre étages sans ascenseur. Ma famille réside au premier, les familles Fournier au deuxième, Habert au troisième, Boussouira au quatrième. Au rez-de-chaussée, il y a Sophie et ses parents. Ils ont un chien, Bobby, qui aboie souvent, quand il est seul. Quand je sors, l’école est là, tout de suite en bas de chez moi. Je suis assez perturbé par ce changement : entre l’attention permanente qui a bercé mes premières années au Maroc et cette société indifférente dans laquelle je suis un enfant parmi tant d’autres. Ma mère s’occupe beaucoup de nous. Le mercredi, je retrouve Annick, la nourrice,  et sa fille Aline, qui a mon âge. J’aime beaucoup le mercredi, car à midi ma nourrice me prépare de la purée avec de la viande hachée. Cela me fait penser au Maroc. L’affection de ma grand-mère me manque, celle de mes tantes aussi. Et aujourd’hui, je comprends l’importance de sa présence et des sacrifices qu’elle a fait pour ses enfants et petits-enfants.

Saint-Ouen, 1979. Je rentre en primaire. Hiver 1980, le soir après l’école, j’allume la télévision ; c’est interdit mais je le fais quand même. Je regarde Récré A2, un programme pour enfants. Un dessin animé surtout me fascine, Goldorak. L’émission diffuse aussi Albator. Je suis fou de ces dessins animés. Je rêve devant les Astéro-Haches du robot, et le vaisseau d’Albator. Je regarde toujours par la fenêtre, pour voir si papa n’arrive pas…

Même si je suis rêveur, je suis tout de même agité ! C’est l’heure de mes premières conneries, comme cette fois où je simule un mal de ventre, dans le fond de la classe, pour sortir le dernier et prendre au passage l’enveloppe de la cantine. À l’intérieur, quelques centaines de francs avec lesquels j’achète à la boulangerie plein de bonbons, de Kinder et autres friandises. Je suis peut-être un peu plus malin (malhonnête aussi), mais sans doute trop généreux : je distribue tous les bonbons aux enfants de l’école, du coup, un des élèves me dénonce. L’une des institutrices vient me voir et me demande d’où viennent ces friandises. Je lui réponds que je travaille tellement bien à l’école que mon père m’a donné plein d’argent. Pas difficile de comprendre que c’est un mensonge, vu que je suis le dernier de la classe. Mon père ne peut donc pas m’acheter autant de bonbons avec de telles notes, si basses que, pour les voir, « faudrait se faire mal au dos » comme dirait Fabe. Ça finit dans le bureau de la directrice qui me menace d’appeler les flics. Je nie. Elle prend le téléphone, un de ces combinés avec un cadran rond. Elle dit qu’elle va appeler les flics. J’ai peur, je me mets à pleurer. Les mensonges prennent fin rapidement, j’avoue. Mes parents convoqués viennent me chercher le soir, remboursent l’argent. Une fois que nous sommes rentrés à la maison, mon père brandit son ceinturon. Après cette sévère correction, je reste dans mon lit, effrayé dans le noir, espérant que mon père ne reviendra pas me taper. Tout jeune, l’échec scolaire me pend déjà au nez. Je redouble mon CP. Truc de ouf, si mon institutrice de l’époque me voyait, aujourd’hui, elle serait bien surprise !

Le week-end, nous sommes à la maison. Maman, toujours caissière au Prisunic de Saint-Ouen, n’est pas là. C’est papa qui nous garde. Son rituel est le même. Il se lève vers 10 heures. Il regarde ses journaux — Le Week-End, Le Parisien, Paris Turf, Spécial dernière — que je vais chercher chez le marchand de journaux, un homme âgé, très gentil, le front dégarni, portant des lunettes. Sur place, je rêve en regardant les comics, les Strange, Marvel, etc., puis je rentre à la maison. Parfois mon père me demande d’acheter aussi une baguette. Nous prenons le petit-déjeuner en famille : café au lait et pain grillé. Je lis, je   regarde plutôt Le Parisien, car il y a quelques images. Parfois, quand mon père est de bonne humeur, on a droit aux programmes télé : Télé Star, Télé 7 jours. Avec mes frères, on galère tellement qu’on s’amuse à se prendre le programme télé, dès qu’on tourne les pages, on dit : « C’est à moi ! » Le samedi — nous sommes en 1980 — pendant plus de un an, TF1 diffuse une série qui va me marquer : Hulk. Ça passe en fin d’après-midi. C’est l’histoire d’un docteur qui reçoit accidentellement une radiation de rayons gamma. Dès qu’il souffre, il se transforme en une énorme créature verte. Hulk en réalité n’est pas méchant, bien au contraire ; il est juste impressionnant. J’aime beaucoup ce personnage ; j’attends toujours le moment où le docteur Banner va se transformer. Je rêve devant cette série. Fasciné, je m’identifie à ce gentil docteur. Dans mon imaginaire, je suis comme lui. Alors je m’amuse à me transformer, genre je suis le plus fort. À l’école j’ai tout fait : mangé de la colle, le mec qui se prenait pour Hulk quand il s’énervait et bien d’autres conneries. Je suis un peu plus calme à présent. Les autres gamins me prennent pour un fou, je l’étais un peu. Je pense que ce sont les séquelles du bled. A force de jouer dans la poussière, et d’être en mode enfant sauvage, tu es forcèment en décallage.

Rachid Santaki



10 bonnes raisons de ne pas retourner dans les années 80 !

2 avril 2010

Copine et copain lecteurs, t’es trop nostalgique alors tu vas vite te calmer car j’ai trouvé 10 bonnes raisons qui te passeront l’envie de retourner dans les années 80/90.

Se taper les tubes de Jimmy Somerville…

(Non Jimmy steuplait)

Redoubler le CP !

(Toi aussi ton daron te donnait des cours de danse ?)

Loucher sur Ariane…

(J’étais en galère de meufs, je pense que c’est la seule explication plausible…)

Péta la fameuse boite de playmobil

(Franchement…Quelle idée de voler une boite de playmobil Police !)

Avoir la même coupe que Mireille Matthieu

(Merci Papa, merci maman…Vous auriez pu prendre un crédit pour m’éviter cette coupe…)

Etre empilé à l’arrière de la Renault 18 GTX avec les paquets de thé et de café

(Je ne suis pas à plaindre…)

Dépendre de la cabine téléphonique

(Désolé mais Google m’a pas laissé le choix)

Rester sur un coursi devant la maison du bled à manger des pépites et téma les voisines
(L’activité préférée de mon frère)

Porter le même challenger toute la semaine…

(Je rectifie…Toute l’année…)

Les télévisions

(j’ai pleuré de joie la première fois que j’ai utilisé une télécommande)

Copine et copain lecteurs, quelles sont tes dix raisons de ne pas retrourner dans les années 80 ?