Thon à la catalane : C’est ça avoir des potes…

1992. L’année où Whitney Houston chante I Will Always Love You, single de son premier film, The Bodyguard que je vois au cinéma avec Nora, et Naïma : deux meufs de ma classe. Nora, un peu fleur bleue versera une larme à la fin. A cause d’elle Naïma s’est aussi mise  à chialer, je n’ai pas été contaminé mais j’ai eu une ces gouttes de sueur sur le front par peur de craquer. Cette même année, Mc Solaar nous parle de Caroline, cette superbe fille… Je rencontrerai la mienne deux ans plus tard, mais j’en ferai pas un rap, mais des cauchemars ! (et même un livre). Cette année, c’est surtout l’époque du thon à la catalane et je peux te dire qu’avec mes potes, on en a vidé des boites de conserves.

Mai, Saint Ouen. La première année de BEP se termine dans deux mois, j’sais même pas ce que je ferai après ce fameux BEP, et même avant j’savais pas ! Toutes ces années à espérer ne pas redoubler pour éviter une carrière en manutention, ou dans les mines comme dans Germinal, ça fait flipper ! Mais d’autres choses plus dramatiques que mon futur occupent mon esprit, comme le présent et l’absence de mon frère défunt.

Je n’entends pas la voix d’Hubert qui me raconte l’histoire qui tombe d’un building de 50 étages. Et qui se répète sans cesse pour se rassurer que jusqu’ici tout va bien…  Je traîne (et chute) avec mes potes de Saint Ouen, Hicham et Mamadou, en attendant ce fameux atterrissage. Des potes c’est quoi ? Je n’ai pas de définition, mais à cette époque, c’est un moyen de combler le vide, ou les soucis. C’est aussi un partage. Ensemble, on a partagé malgré le peu qu’on avait. Finalement, c’est ça avoir des potes : Partager quand tu as peu, ou tu n’as rien (Je pense qu’avec les meufs c’est pareil, mais ça c’est un autre article).  Avec mes potes, nous avons tous les trois des profils atypiques, c’est ce qui nous rapproche. Hicham est déscolarisé depuis la 4eme techno, issu d’une famille modeste. c’est le pote de mon frère, et c’est donc devenu mon pote (je te la refais ?). Il est particulier, c’est un cleptomane et un mythomane mais il a un bon fond. Mamadou est en filière électrotechnique, il sourit tout le temps, malgré l’absence de son daron rentré au pays. C’est un bon gars mise à part regarder des revues avec Gian Coucou tout nu avec des filles.

Mes deux acolytes n’habitent pas dans mon quartier situé entre la mairie et Garibaldi. Ils sont du coté des puces de Saint Ouen, dans la rue des entrepreneurs. Les parents d’Hicham m’aiment bien, car j’ai une tête d’intello avec mes binocles. Ça les rassure qu’on traîne ensemble, ils pensent qu’Hicham va devenir un intellectuel, ou un riche industriel. Ils se trompent, il s’en sortira mais passera plusieurs fois par la case prison. Ce qui nous unit, c’est que chez nous, on a tous nos problèmes familiaux, et qu’on se rassure en rigolant, et avec la voix d’Hubert (quoi ? T’as pas vu la Haine ?!!).

A la maison, mon père écoute de moins en moins Kool & The Gang, et Chic. Au fond de lui, il est triste lui et moi savons pourquoi. Nos voisins, aussi. La vie lui a pris son fils. La Renault 18, elle, a pris la poussière, et ne nous emmène plus au bled. Dans mon quartier les petits ont pris des rôles ceux de Miklo dans Les Princes De La Ville, et O-Dog par Menace 2 Society. La fresque classique de la violence se répand près de chez moi. Les mecs se plantent pour un  regard de travers, ou pour une histoire de veste.

Après les cours au LEP du Globe, et le week-end, l’ennui est mon fidèle compagnon. J’ai beau le dégager, mais il revient. Je le tue avec mes potes, avec lesquels je partage tout sauf ce que j’ai sur le cœur. La pudeur est une règle entre nous. On s’assoit dans leur quartier pour commenter tout ce qui bouge, tout ce qui se passe, et surtout on se chambre sur les prénoms des dareunes. Le fait de rester avec eux, occupe mon esprit, et me permet de ne pas craquer face aux uppercut de la life. C’est ce que je retiens de notre amitié.

Tenir les murs du quartier,  nous étouffe, on décide de prendre le vert. On a découvert un superbe parc, à six stations de bus de chez nous. Le mois de mai, riment avec « Jours ensoleillés », on prend le 166, une ligne de bus qui relie la porte de Clignancourt et Colombes pour aller au parc de Villeneuve, c’est un grand parc, avec une plage artificielle, et même du sable. C’est beau, et surtout GRATUIT, un terme que tu kiffes quand t’es en chien. On passe du temps (pour ne pas dire tout notre temps) dans ce fameux parc. Y a quelques mecs et meufs de la cités des luth, on chambre en les appelant les lutins (facile je sais,  mais on est jeune et con). On profite du beau paysage et du soleil sur fond de funk. Je fais tourner une cassette de mon pote Mickael, avec des titres de Kleer, Delegation, D-Train. C’est la grande époque de la funk pour mes potes et moi. On kiffe le son, avec les voix de ces chanteuses qu’on imagine fraîches. On découvrira plus tard, qu’elles étaient loin d’être fraîches pour ne pas dire périmé. Je parlerai pas des tenues.

Avec la musique, on a une habitude : passer à la grande surface située en Face du parc, Leclerc. Dans le rayon Conserve, on  achète deux boites de thon à la catalane. Quand tu dis Catalane, y a baguette qui va avec. Quand tu dis Catalane y a cinq francs qui va avec. Quand tu dis catalane y a surtout Parc des Chantereines et funk qui vont avec (du moins pour nous). Quand on a un peu plus de tunes, on prend une bouteille de coca, mais comme nos pères ne sont pas milliardaires, on se contente le plus souvent de thon et de pain. Quand on prends nos boites de thon à la Catalane, je ne peux m’empêcher de penser à mon enfance. Mon père était manutentionnaire et ramenait à la maison des dizaines de boites de conserves, du thon à la catalane, des filets aux maquereaux. Ces pensées me rendent parfois tristes, car je pense à mon frère, ma mère. Je me repasse la VHS de notre vie, avec ces piles de boites conserves.

Chargés en boite de conserves, pain, et boissons, on marche jusqu’en face de la plage artificielle. Le volume du poste est à fond. Les gens nous regardent arriver sur le titre de D-train « Walk On By », et je peux te dire que ça le fait. Des meufs nous rejoignent et trouvent des vieux prétextes comme « T’es pas le cousin à Samir », ou « T’étais pas à Agadir l’année dernière » pour gratter l’amitié et surtout le gros son. On s’assoit dans l’herbe et là on ouvre nos boites, tranche le pain à la main. La vérité, c’est qu’on a la dalle. Hicham, qui ment comme il respire, fait croire aux petites meufs avec nous que demain il va ramener  son scooter des mers sur le lac de Villeneuve (quel mytho !) Quand je l’entends, et quand je vois le regard de la meuf qui croit à ces salades, je me dis soit elle pense que le thon à la catalane, c’est du caviar ou que la musique l’a bousillé. Hicham a toujours eu la cote, pourtant on le connaît, il a des saignements de gencives, une putain d’acné mais malgré ça, il a la côte. Hicham c’est surtout un putain d’acteur. C’est peut être ce qui explique son succès. Si il attire les meufs, il a un don : nous dégoutter et pour nous couper l’appétit il a une spécialité, pas celle de cracher dans la boite de conserve mais de mettre un croc. A cause de ses saignements de gencives, on perd notre appétit. Les fois suivantes, pour parer à sa technique de bâtard, on évite de lui laisser la précieuse boite de conserve entre les gencives. Je me souviens qu’une fois il a partagé sa boite de conserve avec une meuf. Suite à ce repas, elle a eu des bouleversements physiques, et qu’elle a fini au bois de boubou (si tu traînes là bas tu peux la reconnaître elle accroche à son camion des boites vides de thon à la catalane).

Au delà des techniques de chacal d’Hicham, et du prix de la conserve de poisson. Le ton à la catalane nous a prouvé qu’avec peu, on pouvait kiffer. Que finalement et comme le dit ma pote Ikrame, le vrai bonheur c’est la suffisance. Une ou deux boites de thon nous suffisait largement, et je t’avoue qu’aujourd’hui, lorsque j’ouvre une boite de thon à la catalane, ce n’est plus pareil, mais cela reste un souvenir indélébile qui me fait sourire. Hicham, lui n’a pas arrêté de mentir et Mamadou n’a pas construit d’avion contrairement à ce que lui a vendu la conseillère d’orientation.

Bande son

Jah Cure – What Will It Take
Mc Solaar – Caroline
D-Train – Walk On Be
Delegation – You & I

3 commentaires pour Thon à la catalane : C’est ça avoir des potes…

  1. moi dit :

    de cet article je ne retiendrai qu’une phrase  » le vrai bonheur, c’est la suffisance ».

  2. Mélanie dit :

    j’aime bien aussi le thon à la catalane ça me rappelle les vacances en camping mais je n’aimais pas les em…. avec leur poste à fond qui gâchaient mon précieux silence apaisant !;=)

  3. Banlieufunk dit :

    Bvooooopo, le fameux thon à la catalane!!! C’est violent comme souvenir!!!… Même mais vraiment vécu, bon nous on allait au parc de la Courneuve avec le bus 153 et un peus plus tard quand le 1 er pote à eu une voiture bon même sans permis ont filait au lac de domont dans le 95 on y allait une vingtaine barbeuk vieux poste et funk à fond ça grésillait mais ont s’en foutait c’était le pied!!! Même si le lac étais interdis au public c’était un endroit ou les pompiers faisait leurs entraînement , mais nous ont kifaiiiii , j’en regarde les photos de temps en temps avec du baume au cœur !!! Avant ils nous faillait vraiment peus pour êtres heureux !!!! ….

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :