Dear Mama…

30 mai 2010

1978. Le disco est à la mode. Le film Grease avec John Travolta cartonne au cinéma. Claude François et Jacques Brel disparaissent.  C’est L’année où je découvre le dessin animé Albator. C’est surtout l’année où j’ai perdu ma mère pour en avoir une nouvelle.

J’ai cinq ans et je vis au Maroc, à Marrakech dans un petit quartier de la ville rouge. Cette partie de la ville est animé avec les habitants et les commerçants de Bab Doukala : le cycliste avec sa coupe afro, et ses grosses lunettes répare les vélos et mobylettes des habitants du Derb. Le marchand du Hanoute avec sa moustache de ouf vend toutes sortes d’épices, et le restaurant du quartier cuisine la Hareira pour dix centimes de dirhams. Le portrait du Roi du Maroc, Hassan 2 est affiché partout du salon de coiffure jusqu’au salon de notre maison. Ma mère, femme au foyer, porte la djelaba, elle a la cinquantaine, mes grandes sœurs Malika, Latifa, et Naïma nous chouchoutent mon frère Hicham, âgé de 4 ans, et moi. Nous parlons le dialecte marocain couramment, et ne parlons pas un mot de français. Alors que nous jouons comme tous les matins avec les enfants du quartier dans la poussière avec un ballon en papier journal, un couple dans une superbe bagnole avec un enfant de deux ans, débarque. Les voisins qui voit les deux passagers crient : Mohamed Jâ !! Mohamed jâ !! Ils rentrent dans notre maison et viennent apparement de loin. Toute la famille est au petit soin pour eux et leur fils. L’homme, Mohamed est mon grand frère dont mes tantes me vantent ses talents de boxeur. Sa femme est une française. Elle est grande, blanche de peau et très belle. A chaque repas, ma mère m’oblige à m’approcher de cette femme qui dit Rachid, sans le « rh ». Elle me dit des choses, et se met à pleurer mais je ne comprend pas son langage. Mon frère Hicham ne l’aime pas, et l’appelle la sale française. Dès qu’elle l’observe ou lui sourit, il se sauve derrière notre mère. Il fronce des sourcils quand il parle d’elle. Le couple et l’enfant vivent parmi nous et visite Marrakech. Ils nous couvrent de bonbons et de gâteaux. Les jours s’écoulent avec cet étrange couple et leur fils.

Un vendredi, après avoir mangé le délicieux couscous de ma mère composé de carottes, courgettes, citrouilles et pois chiche, toute la famille fait une sieste sauf moi. Je cours après un des chatons qui se réfugie dans la chambre où ma mère fait la sieste. Le chat la réveille. Elle se tourne, et me dit de venir près d’elle. Ma mère me prends dans ses bras et se met à pleurer : Azziz oueldi (je t’aime mon fils). Je me blotti contre elle et lui répond : Ma’tabkich Moué ( ne pleures pas maman). Ses larmes coulent et je vois dans son regard qu’elle est très triste. Pourtant nous ne manquons de rien, si ce n’est l’absence de mon père décédé quelques années plus tôt…Pourquoi elle pleure ?

Le lendemain matin, les bagages du couple sont devant la porte métallique de notre maison. L’homme vient et me prends par la main. La « française » et son enfant sont assis dans la voiture. Mes sœurs, ma mère et mes frères qui pleurent nous disent : Trekh salama ! Ils m’installent à l’arrière de leur belle caisse, une Ford Capri. A l’extérieur, mon petit frère s’oppose à mon départ. Il insulte en arabe le couple et surtout la femme. Je  demande à Mohamed : Fin radi ? (Où On va ?), Mohamed me réponds radi França… F’dar ! (à la maison). Je n’ai pas peur, et je reste calme. Par le parebrise arrière, j’observe ma famille qui continue à s’effondrer en larmes. je ne comprend pas pas ce qui se passe ? Où je vais ? Mon frère Hicham court après la bagnole et se casse la gueule, un peu comme dans le générique de la petite maison dans la prairie. Une de mes soeurs le rattrape et le retiens. Je regarde la route. Que se passe t-il ? C’est quoi La France ? Sur le trajet, la femme se retourne et me sourit, elle parle avec l’homme en français mais je ne comprend rien. Je m’endors à coté du fils de la française. Je me réveille quand la voiture rentre dans un immense bateau, pleins de familles sont dans le bateau. J’admire par la fenêtre la route et les paysages. Nous roulons depuis trois jours et nous arrivons en France, à Saint Ouen. Il pleut, il y a de grands immeubles et pleins de bagnoles. Le couple décharge ses affaires et  nous rentrons dans un appartement. Les jours qui suivent, je n’entends plus l’appel à la prière comme à Marrakech, mais j’entends une sirène tous les premiers mercredi du mois comme si il y avait la guerre. Je rentre à l’école maternelle, et j’hurle le premier jour pour ne pas aller à l’école. La femme et son amie Annick m’amène de force en classe. J’apprends très vite le français.  Je partage ma nouvelle vie avec Sébastien, l’enfant du couple. Parfois, je pleure l’absence de ma mère mais les dessin animés et les jouets me permettent de m’évader.

Les mois défilent et l’été arrive. Nous retournons au Maroc en voiture où je retrouve toute la famille, très émue de me revoir. Hicham me parle mais je ne comprends pas ce qu’il me dit, je ne parle plus l’arabe.  On passe les vacances avec ma mère, et mes sœurs mais ce n’est plus pareil, la télévision et Albator me manquent, et je suis très proche de ma mère française. Je ne joue plus avec les enfants du quartier qui s’amusent toujours avec une boule en papier alors que je joue avec de beaux jouets. Le séjour au Maroc s’achève et on rentre en France. On emmène avec nous, mon frère Hicham qui crache à la figure de la femme. Il hurle et Mohamed le fait taire avec des coups. Rien à faire, Hicham explose de nerfs.

Avec le temps, j’ai oublié ma mère marocaine, et j’ai appris à vivre avec ce couple, qui n’étaient pas des étrangers mais mes véritables parents!
Moué, Allah Ya rhma nous a quitté en 2000. Après une vie pleine de galères. Son fils emprisonné, les embrouilles de famille, et la disparition d’Hicham à 17 ans. Je n’ai pas exprimé l’estime et le mérite qu’avait cette femme de m’avoir élevé avec ses enfants, avec tellement d’amour. La française, ma vraie mère a vécu deux divorces, les galères de mes frères et la violence de mon père. L’une et l’autre ont beaucoup porté comme toutes les mamans. Avoir deux mères, une de cœur et une de chair, m’a fait perdre l’amour pour ma mère de chair, qui en a sûrement souffert même si elle ne me l’a jamais dit. Le choix d’être éduqué par notre grand mère était celui de mon père parce que lui aussi avait grandi avec sa grand mère. Finalement si la fête des mères n’a jamais eu un autre goût que celui de l’amertume, ou l’impression d’une feuille blanche,  c’est parce que je suis encore bloqué entre l’amour naturelle de ma grand mère « Moué » et celui de ma mère qui m’a toujours gâté mais qui n’a jamais pu me rendre l’amour auquel on m’a arraché.

Mon rapport avec ma mère n’a rien à voir avec celui d’Oxmo et son Mama Lova, ni de celui de Tupac Shakur et son Dear Mama et encore moins celui d’Akh et une femme seule. Aujourd’hui encore je suis incapable de réparer ou de combler  ce vide qui date des années Disco…Une période musicale que je n’ai jamais aimé… Maintenant tu comprendras pourquoi…

Une forte pensée pour les mamans disparues, celles qui se battent au quotidien et qui donnent tout pour leurs enfants, je pense à Rizlaine, Linda et « celles qui seront les mères de demain… »

Bande son :
Dear Mama, Tupac
Une Femme Seule, Iam.
Mama Lova, Oxmo Puccino
Glamour Life, Big Pun


LES 5 PLUS GROSSES CRAPULES DES ANNEES 80

28 mai 2010

OMAR SUAREZIl faisait moins le malin pendu à l’hélicoptère…

JR EWING
Le type qui a influencé Georges Bush Junior…

FREDDY KRUEGGEROn n’est pas encore couché…

YVAN DRAGOPourquoi t’as tué Appolo ?!! Pourquoi ?!!!

CHONG LITricheur !!!! (non, j’ai rien dit…Me frappes pas)



LE (VRAI) CHAMPION…

9 mai 2010

AVERTISSEMENT : l’auteur de cet article te conseille un carton de mouchoirs kleenex ou si t’es en hass, de l’essuie tout marque Dia.

1983. L’année où Yannick Noah remporte le tournoi de Rolland Garros, en battant Mats Wilander en finale. Il pleure de joie dans les bras de son père. L’année où Herbert Léonard, et Julie Pietri forment le duo qui interprète « Amoureux Fous » que ma mère écoute en boucle, en imaginant que mon père a la classe d’Herbert Léonard. Cette même année, Coluche joue le rôle dramatique de Lambert, le pompiste de « Tchao Pantin ». Cette année c’est aussi celle où j’ai beaucoup pleuré à cause de ce bouffon de Ricky La Belle vie, qui finalement s’avère plus caillera que le plus K-sos d’entre nous.

Le succès du premier Rocky sorti en 1976, a influencé d’autres producteurs a tenté de faire du beurre sur le noble art. A priori, Le Champion, avec Jon Voight, et Ricky Schroder qui semble être un film de série B, est une puissante claque par sa justesse, et la prestation de ce gamin, T.J allias Rick Schroder. Pour la petite anecdote, Jon Voight est le daron d’Angelina Jolie. Il a fait la une des magazines peoples, avec la récente réconciliation avec sa fille. Vous l’avez vu dans Heat, Mission Impossible ou dans Transformers.

Nous sommes réunis en famille devant la télévision quand le film commence. Le Champion est l’histoire d’un mec de 37 ans, Billy Fly. Un ancien champion du monde de boxe, qui vit de jeux et de son passé de boxeur. L’ancien pugiliste élève son fils de 8 ans, un petit blondinet tout mignon. Si les blonds étaient à la mode à cette époque, ils peuvent remercier Rick Schroder, le gamin qui jouait Ricky La Belle Vie. On découvre l’amour entre ce père et son fils. Dans les yeux de mon daron, je vois de l’émotion parce qu’il kiffe les chevaux et la boxe. Je kiffe pas les chevaux car au bled mon père nous fait ramasser les excréments, et je n’aime pas la boxe car mon daron balance des crochets sur le visage de ma mère. T.J, a un cheval, c’est son père qui lui a offert. Et elle court dans un prix. Juste avant la course, le gamin croise une belle femme avec laquelle il parie dix dollars que son cheval va remporter la course. La jument qui s’appelle duchesse, se place en tête de la course hippique. Mais dans la dernière ligne droite, c’est le drame, elle chute ! Mon père tape du poing sur la table, et crie « putain de mirde ! » Et ma mère, « ô mon Dieu » en touchant sa petite vierge marie qu’elle a autour du cou. Je pense à T.J et avec mes frères ont crie « pleures pas T.J ! ». Le gamin n’a pas entendu à travers la télé nos cris, il chiale déjà et fonce rejoindre son cheval écroulé sur le champ de course. Toute la famille Santaki est au bord des larmes. De retour aux écuries, le cheval s’en sort, le vétérinaire donne le diagnostic. Ce n’est qu’une blessure superficielle. Nous sommes tous soulagés. La femme qui a parié avec le gamin, arrive dans l’écurie pour prendre des nouvelles. Elle voit le père du petit, qui n’est autre que son ex-mari. Elle réalise que le môme est son fils, qu’elle a confié à son ex. Son père lui met un coup de pression pour partir « Ça fait sept ans que tu es morte, colles toi ça dans la tête » et ne pas apprendre son existence. La juge a donné la garde au père, et que la mère a refait sa vie. Mon père s’énerve, et balance : « Connasse t’as abandonné ton fils ! » Personne ne tente de calmer mon père, par peur de se manger un coup. La mère du petit, demande en rigolant de rembourser les dix dollars puisque Duchesse a perdu, et invite T.J à passer une journée avec elle.

T.J débarque sur un énorme bateau, il porte un petit costard bleue. La vérité c’est qu’une dareune comme ça, je l’aurai pas lâché. Champion ou pas champion. La journée se termine, et le gamin rejoint son père avec un tas de cadeau. Alors que tout semble beau dans le meilleur des mondes, le champion fait le con. Il joue aux jeux depuis toujours, et doit 2000 dollars. Le champion qui agit comme un schlague, signe une reconnaissante de dette, et met en gage le cheval de son fils. Il récupère l’argent auprès de son ex-femme, mais trop tard, le prêteur vient récupérer Duchesse. Fou de rage, Billy cogne le type et son acolyte. Les gens tente de le calmer il tape tout le monde, et casse la mâchoire à un flic. Il est expédié derrière les barreaux. Un avocat, payé par son ex-femme vient l’assister. Et y a cette scène de ouf. Le gamin rejoint son père en cellule qui décide de le confier à son ex femme. T.J avec  sa petite voix innocente supplie son père, il dit qu’il mangera moins, sil te plait champion comme toi je ferai comme toi.  Le père agacé et vénère lui balance une baffe. Le gamin a les larmes aux yeux et continue à supplier son père. Cette scène m’a marqué car elle me fait penser à mon frère Hicham, qui a été élevé par ma grand mère, et arraché par ma mère à l’âge de cinq ans. Il ne voulait pas entendre parler d’elle. Pour lui, elle n’était pas sa mère. Je vois mon frère, pleurer. Et je suis contaminé par ses larmes. Le soir même dans la chambre il me parle de T.J et me dit qu’il a mal loin de sa maman d’adoption. Véridique.

Alors que le film dure deux heures, c’est à la fin qu’on voit un peu de boxe. Le champion a décidé de remonter sur le ring. Certaines scènes ressemblent à celle avec mon daron, il court pendant que le gamin fait du vélo. Ils se mettent à danser.

Le jour du combat arrive, et le père est dans les vestiaires. Son entraîneur lui fait les bandes, son gamin est là. Les deux adversaires se croisent du regard. Le gamin fixe l’adversaire de son père. Le match débute, dans la foule les amis du champion sont là et également son ex-femme. Billy envoi la même combinaison gauche-droite-gauche qui rentre en pleine tronche de son adversaire. Il mène le match et se permet d’envoyer au tapis le jeune prétendant. Le gamin dans le coin de son père, lui essuie les épaules entre les rounds. Le père du petit se retrouve en difficulté, et pleure en voyant son père manger des coups. On pleure tous aussi sauf mon père qui se lève et balance les consignes à Billy ; monte la garde, fais pas le cave ! Le combat se termine, quand Billy met K.O le type. Mais il est salement amoché, et rejoint les vestiaires en délirant. Il fait un malaise, et son staff l’allonge. Il réclame son fils qui pleure toutes les larmes de son corps, il demande à son gamin pourquoi il pleure. Et mon père se tourne vers nous et nous dit, et vous pourquoi vous pleurez là ?! Il a gagné ! –  Le docteur vient dans les vestiaires, et donne le verdict. Le champion est mort. T.J est effondré et crie contre le corps inerte de son père  – Non… Non… Champion, il est malade. CHAM-PION RE-VEI-LLE TOI… Le champion réveille toi… Le Champion réveille toi… Pas maintenant, il faut rentrer à la maison ! – La scène dure plusieurs minutes, et je n’ai qu’une envie ne plus voir ce gamin pleurer. La vérité c’est que le père du petit est mort, et qu’il ne rentrera plus à la maison. Dans notre trois pièces, c’est un silence de mort. Ma mère a les yeux rouges. Mon père sert des dents. La mère du p’ti rentre dans les vestiaires avec un sourire, qu’elle perd quand elle entend «  Il est pas mort, champion » Puis le gamin s’avance et se colle à sa mère qui ne verse pas une larme. Mon père s’emporte et crie – T’es contente connasse tu vas garder le gosse !! –

Le générique défile, et mon père nous envoie au lit. Dans le fond, on se rend compte que l’apparence ne veut rien dire. Sous sa chevelure dorée, ses yeux bleus, et sa petite voix, T.J montre qu’on peut être un vrai bonhomme, et avoir plus de problèmes que le plus K-sos d’entre nous, sans le démontrer. Ce film, montre aussi à travers l’histoire de ce gamin, élevé sans sa mère, et qui perd son père que  » L’amour n’existe pas, mais qu’il existe des preuves d’amour ».

Rachid Santaki