COBRA

25 octobre 2009

1985.  L’année de la générosité ; Coluche lance les restos du cœur, et Michael Jackson nous fait pleurer sur We Are The World, chanson où il réunit les plus grands artistes internationaux de la musique.  C’est la musique anglo-saxonne qui domine les ondes : The Cure, A-Ha… Cette année là, ma mère kiffe Daniel Balavoine et sa chanson l’Aziza. Y a pas à dire, c’était un mec bien ce chanteur. Au cinéma, c’est Retour Vers Le Futur avec Marty Mc Fly et Doc.

cobra 1

Mais l’un des événements majeurs de cette année 1985, c’est bien sur un nouveau dessin animé, un blondinet qui dissimule un rayon laser dans son bras. Un certain Cobra.

Je suis âgé de douze ans, et élève au collège Jean Jaurès en cinquième avec Pascal Dareau, Laetitia Fournier, Stéphane Marc, karim Kelfaoui, les belles Evelyne et Linda. Mes matières préférées sont les arts plastiques, parce que j’aime dessiner, et l’EMT avec ce prof sympa, Monsieur Molk. Avec lui, on apprend à relier, et la vérité c’est qu’il a une sacrée moustache. Après l’école, c’est la maison, et malgré les conflits familiaux à la maison, avec mes frères, nous continuons de rêver du bled, de jouets par milliers, et surtout de nouveaux dessins animés.

Ce jour là, alors que nous sommes en fin d’après midi je rentre dans notre résidence à Saint Ouen. L’hiver est là, c’est le début de l’année et en enfant seul, je regarde le programme jeunesse. Un générique débute : Venu de Nulle part, c’est Cobra/Plus vif que le serpent, c’est Cobra/Personne ne l’aperçoit, c’est Cobra/Mais il est toujours là, c’est Cobra… Faut savoir que la voix du générique, est celle d’Antoine De Caunes, et que sa mère est alors directrice des programmes jeunesse d’Antenne 2. On a beau dire, mais fils de…ça date pas de l’affaire Jean Sarkozy… (Excuses-moi Antoines je sais que c’était que les génériques, ce n’est pas l’EPAD). Enfin en même temps moi aussi mon père me pistonnera plus tard pour faire de la manutention… Finalement on est tous « fils de… » Et c’est intéressant selon le milieu social. Tu connais la chanson d’Iam, nés sous la même étoile.

cobra 4Dans le générique, je vois la silhouette d’un mec balaise avec à la place du bras gauche, un canon laser. En plein générique, alors que je suis assis dans le canapé, le type défouraille direct ! L’épisode commence. Le mec qui vit dans le futur, les années 2000 (Je pense que toi aussi tu pensais que ce serait comme ça en 2000… Et oui, on s’est fait carna). Johnson, un smicard de l’espace est réveillé par son robot, alors qu’on est dimanche. Du coup, après avoir pris un café, le jeune homme se demande ce qu’il va faire aujourd’hui. Il se paye un ticket pour la maison des rêves, et il s’évade en devenant un pirate de l’espace, cobra. En réalité, Johnson ne fait que se souvenir qui il est, cobra. Il revoit sa vie passée, avec son lot de bastons, de trésor et de meufs. Un peu grande gueule, Johnson, emballé par cette expérience et son rêve se vante au casino d’être le fameux cobra, un pirate de l’espace. Après avoir remporté un paquet de fric, le patron du casino le convoque. De là, il se fait embrouiller par les videurs qui cherchent à le tuer, alors que les deux molosses sont sur le point de l’achever, le type découvre qu’il a une arme fatale dans son bras gauche, et leur fais un trou. Impressionnant ! C’est en panique qu’il se sauve chez lui. Mais le patron du Casino qui a découvert que c’est Cobra et qui le cherche depuis cinq ans décide de le tuer. Au final, Cobra l’abat et sous son robot domestique, se cache Armanoïde, une meuf en métal, et fidèle compagne d’arme.

EQUIPE RUGBALLJohnson qui se plaignait de sa routine, réalise que sa vie était plus qu’agitée auparavant. Il reprend la route de l’espace, (ce qui me parait chelou et peu crédible avec du recul, c’est que le type quitte sa vie, et ne pense même pas à faire le nécessaire pour toucher les Assedics) Si les premiers épisodes sont soft, la suite va me mettre en haleine. Cobra au delà d’être un dessin animé moderne, pour l’époque, fait sortir notre coté dalleux. Cobra, est un sadique, au même titre que Nicky Larson. Et du coup, nous aussi. Je me souviens que Marc, un de mes camarades de classe, n’en pouvait plus sur Jane, et Domnique. Un autre de mes potes sortir qu’avec des blondes. Quand à moi, je suis retourné le lendemain au collège, en me disant que j’avais perdu la mémoire et que j’étais moi aussi un pirate de l’espace. La vérité, j’étais juste un galérien de l’espace, mais à défaut d’avoir Dominique j’avais Evelyne, et Linda. Bon c’est vrai elles ne me calculaient pas, mais c’est une autre histoire. (ça te fait rire ? je vais te filer une paire de lunette Plasma, des Americana, et des gros cheveux, tu feras moins le malin !)

Quartier du vieux Saint Ouen
Moi (en mode Rox et Rouky) : Hey les gars…C’est où l’Ile des Vannes ?
Eux (en mode pirates de l’espace) : Prêtes-moi ta veste de challenger…
Moi (en mode Cobra) : Ecoutez les gars, ne me cherchez pas…
Eux (en mode Connards mort de rire) : Ah ouais…Tu vas faire quoi Yves Mourousi (Yves Mourousi portaient lui aussi des lunettes marrantes)
Moi (essayant de retirer mon bras gauche) : Rayon Deltaaaaaaaaaa !!!!
Eux (en mode warriors la partie commence) : Tous sur Yves Mourousi !!!!
Moi (en pleur, et en sang) : Merde…Mon rayon Delta ne marche pas.

Tu l’auras compris, chère copine et copain lecteur, ne confonds pas la fiction et la réalité. Le problème c’est qu’à l’époque, après les dessins animés, on ne précisait pas : « Toute ressemblance avec des situations réelles ou avec des personnes existantes ou ayant existés ne saurait être que fortuite »

ARMANOIDECobra, m’a fait kiffer, car il avait de l’humour, et surtout que c’était un mec humble, et un chaud. Un vrai héros, presque comme moi à l’époque. Tous les aficionados du mec le plus chaud de l’espace te le diront, les épisodes les plus fous étaient bien entendu ceux avec la compétition de Rugball. Un sport violent entre le baseball, et le football américain avec aucune règle, puisque tous les coups sont permis. Parmi les membres de l’équipe, un grand nombre d’entre eux resteront sur le carreau. Je tiens à souligner qu’y avait des têtes qui faisaient flipper… Y a eu bien sur les épisodes de ouf comme l’homme de verre, et aussi Salamandar. D’ailleurs, Cobra ira retrouver deux de ses potos super chauds pour affronter ce redoutable ennemi. La série s’est terminée après m’avoir fait kiffer, bon bien sur à la fin de l’année j’aurai bien voulu avoir un canon laser, quand au conseil de classe, on a décidé de me faire redoubler. Mais ça c’est une autre histoire.

Plus tard, j’apprendrai que le dessinateur fan de Jean Paul Belmondo s’est inspiré de lui pour les traits du personnage Cobra, et de Jane Fonda pour les sœurs Jane, et Dominique (je ne me rappelle plus du blase de la troisième)… Ah si ! …Catherine. Il y a eu un film aussi. Mais je me suis arrêté au dessin animé.

Rachid Santaki

Bande son de l’article :
Prince « Purple Rain »
Samantha Fox « Touch Me »
Michael Jackson, Lionel Richie «We Are The World»
Rockwell «Somebody’s Watchin me»
Renaud «Mistral Gagnant»


BENNY B : On a été les premiers rappeurs commerciaux et les autres ont suivi

22 septembre 2009

En 1989 et 1990, Benny B explosait les ventes de disques et devenait le premier rappeur « commercial » avec ses tubes « Mais vous êtes fous », « Qu’est ce qu’on fait maintenant » et « dis-moi bébé ». En 1992, le B-Boy belge et son groupe disparaissaient du devant de la scène après avoir enflammé les plateaux des émissions « Club Dorothée », « L’école des Fans », « Sacrée soirée ». Aujourd’hui, mec à l’ancienne vous sort de la cave un entretien vérité avec Abdel-Hamid Gharbaoui allias « Benny B ». Le succès, sa vie aujourd’hui, NTM et leur look d’époque.


Présentations
Benny.B, mon vrai nom c’est Abdel-Hamid Gharbaoui, je suis dans le milieu hip hop depuis 1985.

Quel âge as-tu maintenant ?
J’ai quarante ans.

Que fais-tu aujourd’hui ?
Je suis coordinateur à l’aéroport de Bruxelles. Je suis responsable d’une équipe de 40 chauffeurs. Ce n’est pas la même vie que lorsque j’étais dans la musique, j’ai une femme et deux enfants.

Tu as travaillé parce que tu étais obligé ?
Quand la musique a commencé à s’arrêter, j’ai commencé à vivre de mes rentes. Un jour, après avoir eu un train de vie de fou, je me suis levé et je me suis dit que cela ne pouvait pas continuer comme ça. Il fallait que je travaille. Un pote m’a dit que je devais retrouver un travail, où on ne m’ennuie pas. Il m’a parlé d’une place de transporteur d’équipage. J’ai fait ça car c’était un emploi où je pouvais être tranquille. J’ai donc eu ce poste et j’ai évolué. En dix ans, je suis passé de chauffeur à responsable. Je suis aujourd’hui à ce poste et propriétaire d’un immeuble. Tout ça sans l’argent de la musique.

Vous avez vendus combien d’albums ?
On a vendu trois millions de disques, tout confondus.

Et qu’as-tu fais avec cet argent ?
J’en ai profité, j’ai eu un train de vie assez fou. Je sortais avec mes amis tous les jours de la semaine, je rentrais le matin. Et comme j’étais le seul à avoir de l’argent, j’invitais tout mes potes. Je n’ai rien gardé de cet argent. La seule chose que j’ai faite dès que j’ai eu mon premier cachet, c’est d’acheter une maison à mes parents.

Pourquoi vous êtes vous définitivement retirés de la musique en 1993 ?
On ne s’entendait plus au niveau artistique, je voulais amener des sons un peu plus matures et le producteur ne voulait pas. On a eu une grosse discussion avec Daddy, on a décidé de se séparer. J’ai gardé mon nom, Daddy a signé un single avec eux.

La rumeur qui disait que vous étiez mort, comment tu l’as vécu ?
C’était dingue. On ne sait pas d’où est parti cette rumeur, on s’est même dit que ça venait de NTM. Je me souviens qu’on a fait un démenti sur la place du Trocadéro. C’était dingue, je me souviens que les gens écrivaient des lettres par milliers. Nous avions des et des sacs remplis de lettres avec des gens en deuil et d’autres qui avaient écrit pour gagner un concours organisé avec une marque de basket. Ils écrivaient qu’ils étaient désolés que Benny B soit mort mais qu’ils voulaient recevoir la basket. C’était cynique et dingue.

Tu as coupé complètement avec le rap du coup ?
Je n’ai pas voulu revenir comme un rappeur fatigué. J’ai voulu amener d’autres sons plus matures que « vous êtres fous », mais ce qu’on attendait de moi c’était du Benny B. A cette période le rap commençait à émerger commercialement et j’ai évité de trop apparaître et me suis mis en retrait.

BENNY B 3

Ces projets de sons plus matures, c’était quoi ?
J’ai fait un album sous le nom de « Two be one », si tu l’écoutes tu verras que c’est le même styles funk et rap qu’Alliance Ethnik, Mellowman. D’ailleurs les producteurs qui avaient faits mes sons étaient les mêmes que ceux qui avaient fait l’album de Mellowman. Il y a beaucoup de similitudes qui sont parties de Belgique et qui sont arrivées en France.

Tu parles de ton projet Two Be One et il y a eu les 2be3, quand on regarde ça ressemblait à Benny B. Deux blancs, un rebeu…Quelque part quand tu dis qu’il y avait des similitudes, c’est juste que ce sont les mêmes producteurs mais pas du plagiat…
Non, je n’ai pas dit que c’est du plagiat. Mais quand j’arrive en France et qu’on me dit que c’est trop différent de ce que tu faisais, que j’apprends qu’il y a des choses qui sortent et qui sont dans le mêmes style que mes projets, tu te poses des questions.

Votre succès est dû à vos passages au Club Dorothée ?
Le Club Dorothée, c’est une émission comme les autres sauf qu’à la place d’avoir des adultes comme public, tu as des enfants. Et l’impact d’une émission de télévision n’est pas comparable à la publicité, à toute la promotion que tu peux faire. C’est un impact incomparable. Le club Dorothée nous a permis de toucher beaucoup de gens. Pour moi, c’était évident de faire une émission comme le club Dorothée. D’ailleurs je ne comprends pas pourquoi Dorothée a été critiquée et son émission supprimée.

On t’a reproché d’avoir participé à ces émissions?

J’ai eu pleins de discussions avec des rappeurs notamment Joeystarr au Palace. Et pour moi c’était logique de faire le club Dorothée. Quelque part, ça a fait avancer le hip hop. On était dans le milieu underground du hip hop depuis 1985 et avoir cette visibilité c’était une manière de faire avancer la culture.

Est-ce que tu penses que faire des plateaux de télévision comme ceux avec Jacques Martin qui s’éclate et se mets torse nue, on ne pouvais pas vous prendre au sérieux…
Ce jour là, c’était le summum. On était dans le délire et voir un papy comme Jacques Martin, paix à son âme, qui se déshabille, c’était amusant. Sur le coup tu n’es pas là pour véhiculer une image de méchants ou quoi que ce soit. On est devant le grand public et on fait notre truc. La culture hip hop on la connaît et on s’éclatait que ce soit à l’école des Fans, chez Dorothée ou même dans les soirées hip hop. Ce qu’on a retenu de Benny B, c’est Club Dorothée, Jacques Martin et on a jamais parlé des scènes hip hop qu’on a fait en banlieue et ailleurs.

A l’époque je me souviens que NTM faisait circuler des tracts avec une caricature de toi, recherché mort ou vif etc.
A l’époque 93 NTM nous critiquait. Et j’avais dis dans un canard que NTM avait fait le monde de demain, et demain ils feront le monde d’après demain. De là, on était en froid. Pourtant on s’est vu plusieurs fois avec Joeystarr dans des soirées. On a discuté deux ou trois fois. Et une fois aux Bains-Douches,  je lui disais, qu’il nous critiquait d’être commercial mais je lui disais que lui aussi faisait du rap avec pour objectif de vendre des disques. Il  n’arrivait pas à me répondre. Et maintenant je pense qu’il a compris.

Et du coup vous étiez en froid ?
On s’est parlé deux ou trois fois. Après chacun a fait ses trucs. On se croisait et aujourd’hui je me rends bien compte que toutes ces critiques à notre encontre n’étaient pas justifiées. On a été les premiers rappeurs commerciaux et les autres ont suivi.

Pour toi quelles étaient les critiques injustifiées ?
C’est les gens qui nous critiquaient et qui ne savaient pas la vie qu’on a vécu avant. On a fait du  rap, je peux même admettre qu’on a eu des versions qui n’étaient pas hip hop. Mais entendre que je n’étais pas dans le hip hop, qu’il fallait que j’arrête, c’est quelque chose que je ne souhaite à personne. A un moment je leur disais de se calmer, c’était injustifié.

A l’époque vous aviez beaucoup d’ennemis ?
Non, parfois on rencontrait des jeunes de banlieue qui nous charriaient d’autres qui nous appréciaient. Aujourd’hui avec du recul je n’ai pas eu d’ennuis comme ont eu certains rappeurs. Et quand on se promenait dans les rues ou on sortait, on n’avait pas de gardes du corps ou quoi.

Les gens te reconnaissent aujourd’hui ?
Oui, d’ailleurs ça fait bizarre pour les gens qui me côtoient. J’ai pris du poids mais les gens me reconnaissent, quelque part ça fait plaisir.

Et sur Internet tu regardes ce qu’on dit de vous ?
Je vais rarement sur le net et c’est un ami qui m’a dit d’aller voir ce qu’on dit de nous sur les forums. J’ai découvert ça récemment ce qu’on dit de nous sur tous ces sites.

C’est pas gratifiant  d’être référencé sur des sites comme bides et musiques…
Je sais. Mais je te dirai que l’important aujourd’hui c’est qu’on parle en mal ou en bien de toi, l’important c’est qu’on parle de toi. On a pas eu l’occasion de revenir parler de toutes ces critiques. Je sais très bien que si demain je devais faire un plateau avec tous les anciens du hip hop, il y a des vérités qui tomberaient et je sais très bien que j’en sortirai gagnant. Les sites qui nous réduisent à un succès d’un jour ce n’est pas grave, j’ai un caractère fort, la vie continue.  Il y a plein d’artistes dont on a jamais plus entendu parler comme Kamel d’Alliance Ethnik, Tonton David. On parle toujours de moi.

Tu as des regrets ?
Non, je n’ai pas de regrets. J’ai eu la chance de vivre tout ça. Je suis issu du peuple, je ne suis pas un américain, je ne suis pas un européen, je suis un marocain. Aujourd’hui je fais vivre ma femme mes enfants et c’est grâce à Dieu.

Tu as gardé ta salopette « Barth Simpson » (ndlr il portait cette tenue dans le clip dis moi bébé) ?
Oui, je l’ai toujours. On avait fait cette salopette car la série « les Simpsons » débarquait en Europe et faisait un carton, on a décidé d’en faire notre sponsor, pour nous démarquer et les gens en étaient fadas.

Quelqu’un s’occupait de votre look ?
Non. Perfect, Daddy K et moi nous occupions nous même de notre look. On s’identifiaient beaucoup aux rappeurs américains. A l’époque, en France, les gens de la culture hip hop s’habillaient à la mode de Public Enemy. Je leur disais que ça datait de 1985. Je me souviens que NTM faisait son clip « Le Monde De Demain » avec les fringues de Jean-Paul Gauthier.

entretien réalisé par Rachid Santaki (Janvier 2008)