La boite de nuit Le Fun Raï !

26 juin 2009

Les gens de ma génération le savent : les années 90 pour les mecs de cités, ont été marquées par 3 choses : les Air Max, le hip hop et le Fun Raï.

FUN RAILes Air Max et le hip hop, inutile de vous les présenter, mais le Fun Raï, si ! Le Fun Raï, c’est la seule boite dont les meufs disaient qu’il y a de la meuf ! T’imagines le power ? C’était une boite de nuit située dans l’Essonne. Au départ, l’Essonne je pensais que c’était à l’étranger car pour y aller, il fallait une voiture avec un plein. Désolé pour les gens du 91, mais franchement, c’était la mission pour aller chez vous ! Heureusement que c’était à 01h00 du matin. Bref, en général, je disais à mon père que j’allais lui emprunter sa voiture pour aller chercher un truc chez l’épicier (j’avoue que c’était du mytho, on sait jamais si tu n’as pas compris cher lecteur/chère lectrice !). Mon père me demandait pourquoi je sentais autant le parfum ? Pourquoi je portais une chemise à 23h00 ? Je lui disais que je me préparais pour aller à l’école lundi. Il me mettait une grosse baffe en me disant : « Ti crois qui ji pas compris que ti va voir des pites ! », suivi d’un enchaînement high kick-coup de coude (cher lecteur, c’est pour le style que je mets ça ! Mon père c’est pas Jet Li !). Bref, après avoir emprunté tant bien que mal, la Renault 18 GTX, il fallait rejoindre mon pote Hicham Lamatti, et surtout récupérer deux meufs pour pouvoir rentrer. Dans les cités, on nous parle souvent de la condition de la « meuf ». J’avoue qu’on ne nous parle jamais des meufs « T.E » (Ticket d’Entrée) : ce sont ces meufs qui galèrent et qui sont toujours OP pour une mission. Nous, notre but c’était d’entrer au Fun Raï, il nous fallait donc deux meufs pour pouvoir entrer, mais des meufs qu’on pouvait ne plus calculer une fois à l’intérieur. Car on voulait en serrer d’autres. En général, avec mon pote on avait Habiba et sa copine. Sa copine, tellement qu’elle était là comme T.E, je lui ai jamais demandé son prénom. Habiba, elle, elle était stylée : aucune question et dans la boite, elle ne faisait que danser pendant que nous, on chassait. Arrivés devant la boite, on trouvait souvent des mecs en galère qui attendaient à 50m de la boite pour demander aux meufs seules s’ils pouvaient rentrer avec elles. Ces gars, on les dénigrait, alors qu’un an avant notre ascension dans le monde de la nuit, on était à leurs places, à attendre sous la pluie, la neige, à quêter des meufs : « excuses-moi, ça te déranges pas de faire style on est avec vous, pour pouvoir rentrer ? Sur la tête de ma mère c’est pas pour te draguer, c’est juste pour pouvoir danser un peu ! ». Arrivés devant la boite, j’étais toujours en panique malgré le fait que j’avais la paire de Muratti imitation Weston (celle qu’on achetait à André pour 500 francs), le 501 avec la chemise Celio (celle qu’on nous donnait à la pelle pour 30 francs), et la coupe au gel (celui qui s’approchait plus de la colle à papier-peint qu’autre chose). Le videur, (qui portait des gants, et un gros blouson de braqueur) nous regardait, puis lâchait « bonne soirée, messieurs dames ». On déboursait nos 100 francs pour rentrer. Une fois dans la place, on regardait les autres, genre « on est les caïds ». La réalité était autre : les pauvres (nous) étaient en bas, les riches en haut. La vérité, c’est qu’on dansait et qu’on accostait les meufs, mais il y avait toujours un mec sous alcool pour chercher embrouille. Mais dès que les videurs l’accompagnaient violemment à la sortie, l’ambiance reprenait. Les sons, c’était du New Jack. Il y avait l’hymne des mecs de cités, Teddy Pendergrass « Believe in love » et tellement on kiffait cette musique, elle était devenue la musique officielle du Fun Raï. Je me demandais même si certains ne venaient pas ici juste pour l’écouter ! Bref, on la connaissait par cœur. Le DJ la mettait au moins 5 fois dans la soirée. Aaron Hall, Teddy Ryley, Black Street mais aussi la musique officielle des rebeu, la funk avec du Délégation, Shalamar, Midnight Star etc… Là-bas, on revoyait toujours des meufs qu’on connaissait, ou d’autres qui nous avaient permis d’entrer. Bien sûr avec le temps, on a atteint le sommet de la pyramide. On connaissait les videurs, les meufs, mais aussi le DJ, Omar, qui nous enregistrait des cassettes. Le pire, c’est qu’une fois j’ai vu Jérôme Prister là-bas, pour moi c’était dingue, il ressemblait à un mec du foyer ! Un jour, ils ont fermé le Fun Raï, et on a changé pour le Beverly Hills dans le 77.