Rocky, et le tigre est en toi !

27 janvier 2010

Bien que le premier volet de Rocky soit le plus rentable de toute la saga, bien que les spécialistes te diront que Rocky I est le meilleur, bien que le tournage n’ait duré qu’un mois et demi, et bien la vérité, c’est que le meilleur des Rocky III « L’oeil du tigre », et tu vas vite comprendre pourquoi.

La première fois que je vois Rocky, c’est en 1982, j’ai neuf ans. Mon père qui vient de rentrer à la maison après son taffe de manutentionnaire, et m’emmene à L’Alhambra, une salle de cinéma qui se trouve à deux pas de chez moi.  L’hotesse nous place alors que le film a déjà commencé, les gens crient « Non, Rocky te laisse pas faire ! ». Mon daron en m’amenant au cinéma, avait une idée derrière la tête : Faire de son fils, un Rocky. La réalité c’est que je ne suis jamais devenu Rocky car je n’avais rien d’italien, et rien d’un étalon. Même si j’ai fait ses footings, tester les jaunes d’œufs cru (véridique), eu les gants aux couleurs des États Unis, et même écouter ses musiques de rockeur. La vérité, c’est que Rocky y en a qu’un ! Et nous sommes des millions à avoir voulu être comme lui : un champion.

La première fois que j’ai (re)vu Rocky, c’est à la fin des années 80. Adolescent, j’étais tellement fan, que j’allais acheter des magazines avec des photos et des explications de ses films dans une boutique spécialisée sur Paris. J’ai plus passé mon temps à acheter les revues d’éditeurs que de réellement apprécier le film. La raison est simple : A la maison, on n’avait pas de magnétoscope. Avoir un lecteur VHS pour nous, c’était comme avoir la Porsche Panamera pour un smicard (oui, j’abuse c’est vrai). J’sais pas si tu vois le délire, copain et copine lecteur ?

C’est donc en 1989, que le magnétoscope a fait son apparition à la maison, (et pire le téléphone fixe est apparu en 1993 !). J’ai tout de suite récupéré les quatre volumes des Rocky chez mes voisins, les Boussouira. Les 1, 2, 3 et 4 sont passés en lecture normale, et ralentie. J’ai (re)visionné les entraînements de Rocky, et ses combats. J’ai kiffé, le téléviseur affichait « lâche le magnétoscope ».

Rocky, c’est un mec gentil. Un gars en qui personne ne croyait. Si le boxeur de Philadelphie a eu un tel succès, c’est tout simplement parce que dans le fond, on est tous comme lui. On veut tous s’investir, croire en nous, et donner le meilleur. Rocky…Quelle belle leçon de vie. Si t’enlèves ses entrainnements dans la chambre froide, son survetement moulant, ses kilos en trop. Tu te rend compte que Balboa, va tout donner. Parce que cette opportunité c’est sa chance, et qu’il a le coeur. La suite du premier Rocky, c’est qu’il perd. Mais dans le fond, il a gagné. Voilà pourquoi les gens ont kiffé le premier Rocky. Et malgré la défaite et le  visage gonflé, l’étalon italien est retourné sur le ring pour la seconde fois. Au final il va gagner contre le champion, Appolo Creed. Un styliste et une grande gueule. Une pale copie de « Mohamed Ali ». Appolo, il avait quand même la classe, il faut le dire, mais dans la vraie vie c’était un footballeur américain, la saga de Balboa sera son seul succès. Si je n’ai pas kiffé les deux premiers Rocky, y a un truc que j’aimais bien, c’était Adrianne. En primaire, j’étais amoureux de Virginie Lattenzio, et elle avait la même dégaine, je te jure c’est vrai copain et copine lecteurs.

Les deux premiers Rocky, c’était pour ceux qui voulaient une leçon de courage, pas de frime, pas de tunes, pas de superficiel. Car après ça, Rocky il s’est embourgeoisé : il a pris des grosses tunes ! Dans les premières séquences du troisième volet, voir Rocky rouler en bécane, galocher Adrianne dans l’herbe, ou encore faire la une de toutes les revues,  ça m’a fait kiffé. On dit que « l’argent ne fait pas le bonheur » mais je peux te dire que Rocky, ça l’a rendu beau l’argent, parce que t’as surement vu la différence, d’une il portait plus de survet converse, et de deux il a séché un truc de ouf !

Dans ce troisième Rocky, y a un mec, un certain Clubber Lang. Il est joué par Mister T. Ce mec pour toute ma génération c’est Barracuda de l’agence tout risques, le mec à la crête, et personne n’a été lui dire que c’était pas bien la crête, parce qu’il casse des bouches. Il est intervenu dans Arnold et Willy, avait même sa propre série, ses figurines. Mais c’est surtout l’ancien garde du corps de Mohamed Ali. Je peux te dire que voir Clubber Lang regarder de travers Rocky, ça m’a tout de suite fait flipper, pour le gentil Rocky. Clubber avait une sa rage, le mec courrait et rugissait. Il fait même des tractions avec des muscles dans le dos que je n’ai jamais vu !

Deux opposés que tout va réunir sur le titre : Rocky qui se la joue Rickie la belle vie.  Clubber lang qui s’entraine dans la cave, et qui ne joue pas ! Puis y a eu cette cérémonie : Rocky qui se voit décerner par la ville de Philadelphie, une statut. Jusqu’ici tout va bien comme dirait Hubert (de la haine). Mais le plus dur, c’est pas la chute mais l’aterissage. Alors que Rocky prend le micro, et veut annoncer qu’il va raccrocher les gants. Cette caillera de Clubber lang,  fout tout en l’air. Ce qui m’a blessé, c ‘est qu’il a dit à la petite Adrianne « Si tu veux un vrai mec viens me retrouver ce soir dans ma chambre d’hotel ! ». Mais comment ? T’imagine la petite Adrianne avec cet animal de Clubber lang ?

Bref, puis c’est la grosse embrouille. Rocky le prend au défi. Mickey  ne veut pas. On comprend très vite, que ça va chauffer pour Rocky, et qu’il a affaire un mec chaud.

Tout le monde se quitte, le défi est lancé. alors que toute la famille Balboa est rentré, Mickey hebergé dans la grande villa de Rocky, fait le chelou et prépare sa valise. Il range ses slips kangourou, et avoue à son poulain que ses derniers combats, c’était des matchs, truqués comme la coupe du monde 98 (c’est Booba qui dit ça, pas moi). Après deux trois chambrettes sur les slips de Mickey, l’étalon italien convainc le vieux monsieur de relever le challenge : battre ce boxeur plein de haine. Au fond de lui, l’entraineur sait que son gars est un brave type, qui n’a pas de chance de gagner, il lui dit que c’est un tueur, et que rocky, ben l’argent a part le rendre beau, ça l’a rendu mou.

Alors là, c’est l’entraînement. D’un coté t’as Clubber lang qui perce des sacs, et rugit à cause de son excès de Frosties. Et l’autre coté Balboa qui s’entraîne devant les gens, et fait du merchandising. Le pire c’est la dégaine de Rocky, son bandana et son short Jaune. Il chante, danse mais tout va vite revenir à la (street) réalité.

Le jour J. Rocky fait le beau. Clubber lang a apparemment avalé plusieurs palettes de Frosties. Dans les couloirs, quelques secondes avant le match ça part en vrille, et les deux boxeurs se provoquent et se bousculent. Mickey qui se trouve au milieu de tout ça, chute et fait un malaise cardiaque. Il est accompagné dans les vestiaires et reste allongé. Rocky pense à annuler le match mais le vieux monsieur lui tape un coup de pression. Rocky va affronter son challenger, mais il a oublié une chose dans les vestiaires, ses testicules. Les deux adversaires se retrouvent face à face sur le ring. Et Rocky baisse la tête, direct ! Clubber Lang, lui est plus chaud que jamais. Et advient ce qui devait arriver. Rocky est mis KO, Lang est champion !

Et là c’est le double drame ! Mickey meurt dans les vestiaires, et rocky pleure devant nous ! Et y a cette musique triste. Enterrement de Mickey. Il a perdu une partie de lui, Rocky traine dans les rues de Philadelphie. Le truc c’est qu’il est en colère après son entraîneur. Il se rend compte que finalement sa vie était un château de cartes.  Clubber Lang l’a juste ramené à la réalité. Puis rebondissement, alors que Rocky a rodé dans la ville toute la journée, qu’il a jeté son casque contre sa propre statut, il entre dans la salle, on entend la voix de…de… pas de Mickey ! d’Appolo !!!! Appolo Creed, son ancien adversaire, qui vient lui redonner espoir. Truc de ouf ! Appolo veut gratter des tunes à Rocky ou quoi, je me suis dit. Mais non ! Appolo c’est un mec bien,  la preuve c’est qu’il emmène Rocky et sa petite famille à Los angeles. Et il n’a qu’un but que Rocky retrouve l’œil du tigre…

Le boxeur ne croit plus en lui. Il tente mais n’est pas là. Et ça Apollo le voit mais tente de ne pas en tenir compte. Puis c’est le comble, Rocky n’a plus rien. Apollo motivé, s’emporte et décide d’arrêter. Heureusement Virginie Lattenzio… Non, Adrianne vient voir rocky sur la plage et c’est le grand moment. Rocky avoue qu’il a peur ! Qu’il a peur de tout perdre! Rocky qui se souvient qu’il a oublié ses testicules dans les vestiaires, décide d’aller les chercher. Puis c’est parti ! Musique avec les trompettes. Rocky se remet dans le truc. J’ai tellement kiffé leurs footings sur la plage que j’ai eu l’impression d’avoir été aussi à L.A. Après plusieurs jours, l’intensité monte, Rocky a fondu, et nos deux potos se tapent des lignes droites sur la plage. La scène finale, il se saute dans les bras l’un de l’autre ! Mais une chose ! Les mecs c’est quoi ces Tee Shirt coupés au ventre ?

Tu connais la fin. Rocky revient avec un corps de ouf. Non, pas parce qu’il s’est entrainé à L.A mais parce qu’il a pris des produits. Je te jure ils l’ont attrapé quelques années plus tard. Rocky c’est un drogué, enfin il consomme des produits chelou pour nous faire rêver. Et il cogne Clubber Lang. Voilà, Rocky est de nouveau champion. Après ce volume, je n’ai pas kiffé les autres épisodes avec le russe, son poulain, ou encore qu’il revienne sur le ring à 60 balais.

Rocky m’a fait rêver, et je peux te dire qu’on en a tapé des délires. Demandes à Kamel Amrane, à six heures du mat au parc de la Courneuve, à se refaire un remake d’Appolo et Rocky sur la plage de L.A. Sauf que nous on portait pas de Tee shirt bizarre…Enfin je crois !

Après Rocky il est remonté trois fois sur le ring, mais on en parlera une autre fois…



BENNY B : On a été les premiers rappeurs commerciaux et les autres ont suivi

22 septembre 2009

En 1989 et 1990, Benny B explosait les ventes de disques et devenait le premier rappeur « commercial » avec ses tubes « Mais vous êtes fous », « Qu’est ce qu’on fait maintenant » et « dis-moi bébé ». En 1992, le B-Boy belge et son groupe disparaissaient du devant de la scène après avoir enflammé les plateaux des émissions « Club Dorothée », « L’école des Fans », « Sacrée soirée ». Aujourd’hui, mec à l’ancienne vous sort de la cave un entretien vérité avec Abdel-Hamid Gharbaoui allias « Benny B ». Le succès, sa vie aujourd’hui, NTM et leur look d’époque.


Présentations
Benny.B, mon vrai nom c’est Abdel-Hamid Gharbaoui, je suis dans le milieu hip hop depuis 1985.

Quel âge as-tu maintenant ?
J’ai quarante ans.

Que fais-tu aujourd’hui ?
Je suis coordinateur à l’aéroport de Bruxelles. Je suis responsable d’une équipe de 40 chauffeurs. Ce n’est pas la même vie que lorsque j’étais dans la musique, j’ai une femme et deux enfants.

Tu as travaillé parce que tu étais obligé ?
Quand la musique a commencé à s’arrêter, j’ai commencé à vivre de mes rentes. Un jour, après avoir eu un train de vie de fou, je me suis levé et je me suis dit que cela ne pouvait pas continuer comme ça. Il fallait que je travaille. Un pote m’a dit que je devais retrouver un travail, où on ne m’ennuie pas. Il m’a parlé d’une place de transporteur d’équipage. J’ai fait ça car c’était un emploi où je pouvais être tranquille. J’ai donc eu ce poste et j’ai évolué. En dix ans, je suis passé de chauffeur à responsable. Je suis aujourd’hui à ce poste et propriétaire d’un immeuble. Tout ça sans l’argent de la musique.

Vous avez vendus combien d’albums ?
On a vendu trois millions de disques, tout confondus.

Et qu’as-tu fais avec cet argent ?
J’en ai profité, j’ai eu un train de vie assez fou. Je sortais avec mes amis tous les jours de la semaine, je rentrais le matin. Et comme j’étais le seul à avoir de l’argent, j’invitais tout mes potes. Je n’ai rien gardé de cet argent. La seule chose que j’ai faite dès que j’ai eu mon premier cachet, c’est d’acheter une maison à mes parents.

Pourquoi vous êtes vous définitivement retirés de la musique en 1993 ?
On ne s’entendait plus au niveau artistique, je voulais amener des sons un peu plus matures et le producteur ne voulait pas. On a eu une grosse discussion avec Daddy, on a décidé de se séparer. J’ai gardé mon nom, Daddy a signé un single avec eux.

La rumeur qui disait que vous étiez mort, comment tu l’as vécu ?
C’était dingue. On ne sait pas d’où est parti cette rumeur, on s’est même dit que ça venait de NTM. Je me souviens qu’on a fait un démenti sur la place du Trocadéro. C’était dingue, je me souviens que les gens écrivaient des lettres par milliers. Nous avions des et des sacs remplis de lettres avec des gens en deuil et d’autres qui avaient écrit pour gagner un concours organisé avec une marque de basket. Ils écrivaient qu’ils étaient désolés que Benny B soit mort mais qu’ils voulaient recevoir la basket. C’était cynique et dingue.

Tu as coupé complètement avec le rap du coup ?
Je n’ai pas voulu revenir comme un rappeur fatigué. J’ai voulu amener d’autres sons plus matures que « vous êtres fous », mais ce qu’on attendait de moi c’était du Benny B. A cette période le rap commençait à émerger commercialement et j’ai évité de trop apparaître et me suis mis en retrait.

BENNY B 3

Ces projets de sons plus matures, c’était quoi ?
J’ai fait un album sous le nom de « Two be one », si tu l’écoutes tu verras que c’est le même styles funk et rap qu’Alliance Ethnik, Mellowman. D’ailleurs les producteurs qui avaient faits mes sons étaient les mêmes que ceux qui avaient fait l’album de Mellowman. Il y a beaucoup de similitudes qui sont parties de Belgique et qui sont arrivées en France.

Tu parles de ton projet Two Be One et il y a eu les 2be3, quand on regarde ça ressemblait à Benny B. Deux blancs, un rebeu…Quelque part quand tu dis qu’il y avait des similitudes, c’est juste que ce sont les mêmes producteurs mais pas du plagiat…
Non, je n’ai pas dit que c’est du plagiat. Mais quand j’arrive en France et qu’on me dit que c’est trop différent de ce que tu faisais, que j’apprends qu’il y a des choses qui sortent et qui sont dans le mêmes style que mes projets, tu te poses des questions.

Votre succès est dû à vos passages au Club Dorothée ?
Le Club Dorothée, c’est une émission comme les autres sauf qu’à la place d’avoir des adultes comme public, tu as des enfants. Et l’impact d’une émission de télévision n’est pas comparable à la publicité, à toute la promotion que tu peux faire. C’est un impact incomparable. Le club Dorothée nous a permis de toucher beaucoup de gens. Pour moi, c’était évident de faire une émission comme le club Dorothée. D’ailleurs je ne comprends pas pourquoi Dorothée a été critiquée et son émission supprimée.

On t’a reproché d’avoir participé à ces émissions?

J’ai eu pleins de discussions avec des rappeurs notamment Joeystarr au Palace. Et pour moi c’était logique de faire le club Dorothée. Quelque part, ça a fait avancer le hip hop. On était dans le milieu underground du hip hop depuis 1985 et avoir cette visibilité c’était une manière de faire avancer la culture.

Est-ce que tu penses que faire des plateaux de télévision comme ceux avec Jacques Martin qui s’éclate et se mets torse nue, on ne pouvais pas vous prendre au sérieux…
Ce jour là, c’était le summum. On était dans le délire et voir un papy comme Jacques Martin, paix à son âme, qui se déshabille, c’était amusant. Sur le coup tu n’es pas là pour véhiculer une image de méchants ou quoi que ce soit. On est devant le grand public et on fait notre truc. La culture hip hop on la connaît et on s’éclatait que ce soit à l’école des Fans, chez Dorothée ou même dans les soirées hip hop. Ce qu’on a retenu de Benny B, c’est Club Dorothée, Jacques Martin et on a jamais parlé des scènes hip hop qu’on a fait en banlieue et ailleurs.

A l’époque je me souviens que NTM faisait circuler des tracts avec une caricature de toi, recherché mort ou vif etc.
A l’époque 93 NTM nous critiquait. Et j’avais dis dans un canard que NTM avait fait le monde de demain, et demain ils feront le monde d’après demain. De là, on était en froid. Pourtant on s’est vu plusieurs fois avec Joeystarr dans des soirées. On a discuté deux ou trois fois. Et une fois aux Bains-Douches,  je lui disais, qu’il nous critiquait d’être commercial mais je lui disais que lui aussi faisait du rap avec pour objectif de vendre des disques. Il  n’arrivait pas à me répondre. Et maintenant je pense qu’il a compris.

Et du coup vous étiez en froid ?
On s’est parlé deux ou trois fois. Après chacun a fait ses trucs. On se croisait et aujourd’hui je me rends bien compte que toutes ces critiques à notre encontre n’étaient pas justifiées. On a été les premiers rappeurs commerciaux et les autres ont suivi.

Pour toi quelles étaient les critiques injustifiées ?
C’est les gens qui nous critiquaient et qui ne savaient pas la vie qu’on a vécu avant. On a fait du  rap, je peux même admettre qu’on a eu des versions qui n’étaient pas hip hop. Mais entendre que je n’étais pas dans le hip hop, qu’il fallait que j’arrête, c’est quelque chose que je ne souhaite à personne. A un moment je leur disais de se calmer, c’était injustifié.

A l’époque vous aviez beaucoup d’ennemis ?
Non, parfois on rencontrait des jeunes de banlieue qui nous charriaient d’autres qui nous appréciaient. Aujourd’hui avec du recul je n’ai pas eu d’ennuis comme ont eu certains rappeurs. Et quand on se promenait dans les rues ou on sortait, on n’avait pas de gardes du corps ou quoi.

Les gens te reconnaissent aujourd’hui ?
Oui, d’ailleurs ça fait bizarre pour les gens qui me côtoient. J’ai pris du poids mais les gens me reconnaissent, quelque part ça fait plaisir.

Et sur Internet tu regardes ce qu’on dit de vous ?
Je vais rarement sur le net et c’est un ami qui m’a dit d’aller voir ce qu’on dit de nous sur les forums. J’ai découvert ça récemment ce qu’on dit de nous sur tous ces sites.

C’est pas gratifiant  d’être référencé sur des sites comme bides et musiques…
Je sais. Mais je te dirai que l’important aujourd’hui c’est qu’on parle en mal ou en bien de toi, l’important c’est qu’on parle de toi. On a pas eu l’occasion de revenir parler de toutes ces critiques. Je sais très bien que si demain je devais faire un plateau avec tous les anciens du hip hop, il y a des vérités qui tomberaient et je sais très bien que j’en sortirai gagnant. Les sites qui nous réduisent à un succès d’un jour ce n’est pas grave, j’ai un caractère fort, la vie continue.  Il y a plein d’artistes dont on a jamais plus entendu parler comme Kamel d’Alliance Ethnik, Tonton David. On parle toujours de moi.

Tu as des regrets ?
Non, je n’ai pas de regrets. J’ai eu la chance de vivre tout ça. Je suis issu du peuple, je ne suis pas un américain, je ne suis pas un européen, je suis un marocain. Aujourd’hui je fais vivre ma femme mes enfants et c’est grâce à Dieu.

Tu as gardé ta salopette « Barth Simpson » (ndlr il portait cette tenue dans le clip dis moi bébé) ?
Oui, je l’ai toujours. On avait fait cette salopette car la série « les Simpsons » débarquait en Europe et faisait un carton, on a décidé d’en faire notre sponsor, pour nous démarquer et les gens en étaient fadas.

Quelqu’un s’occupait de votre look ?
Non. Perfect, Daddy K et moi nous occupions nous même de notre look. On s’identifiaient beaucoup aux rappeurs américains. A l’époque, en France, les gens de la culture hip hop s’habillaient à la mode de Public Enemy. Je leur disais que ça datait de 1985. Je me souviens que NTM faisait son clip « Le Monde De Demain » avec les fringues de Jean-Paul Gauthier.

entretien réalisé par Rachid Santaki (Janvier 2008)


L’agence tous risques

23 juillet 2009

L’agence tous risques, c’est comme les Haribo : pour les grands et les petits. Je l’ai découverte en 1984. Aujourd’hui, le ciné veut adapter la série mais je peux dire que c’était mieux avant…

1984. La Soul Music est en deuil, Marvin Gaye s’est éteint en avril dernier. En France, Peter et Sloane « Besoin de rien, envie de toi », Jean Jacques Goldmann « Envole-moi » cartonnent dans les charts. Dans nos trois pièces de cette paisible résidence de Saint Ouen, mon père passe en boucle le titre « Fresh » de Kool And The Gang sur sa chaine Hi fi.La vérité, c’est qu’on kiffe grave !

AGENCE TOUS RISQUES

Le mois de juillet. C’est la période de l’été. D’ici quelques semaines je rentrerai au collège Jean Jaurès. L’établissement est situé derrière la mairie, à coté du commissariat. Je suis loin de me douter que cette future période va bouleverser ma vie. Si t’as lu la petite cité dans la prairie, tu connais la suite : La DASS, Linda Larr**y, Evelyne Lep**it et de nombreux souvenirs. Je viens de quitter ma classe de CM2. Je ne reverrais peut être pas mes camarades de classe : Samir, Virginie Lattenzio et les autres. Cette année était dingue. La classe de neige à Saint-Véran, les bons délires avec notre instituteur Boudy. Et depuis quelques mois je porte de grosses lunettes, « des carreaux », comme disait mon père.

Dans quelques jours, on part en voiture au Maroc, à Marrakech. Mes parents achètent déjà le thé et le café. Ma grand-mère m’a beaucoup manqué pendant cette longue année. On va revoir mes tantes, mes cousins, et s’éclater. En attendant le Jour J, on tue le temps dans notre quartier paisible de Saint-Ouen avec mes frères, et nos voisins. Pour ça, on a un ballon. Parfois la piscine municipale. Puis y a cette série qui passe sur la première chaine.

L’agence tous risques. L’histoire à l’époque je ne la comprends pas. Y a juste un générique qui claque : « L’agence tous risques, c’est vraiment/La dernière chance au dernier moment/Les mauvais coups, des truand/L’agence les règle au comptant/Si l’injustice, vous attend/L’agence tous risques, l’attend au tournant ». Je regarde plus les images que le scénario. Putain, le type avec une coupe d’iguane a un sacré camion. Je kifferai avoir le même pour aller au bled, et écouter du Kool And The Gang. T’imagines le nombre de paquets de thé et de café qu’on pourrait mettre à l’arrière. Dans la série, chaque personnage est  particulier. Y a un fou qui s’appelle Looping et qui à chaque épisode tape un délire. Un coup c’est une fleur, un autre un réalisateur. Lui nous fait bien marrer. Y aussi ce mec BCBG, capable de baratiner, lui c’est futé. Et le chef de bande, Hannibal Smith. Un monsieur avec les cheveux gris qui se déguise tout le temps. Il me fait penser un peu au chef Gonthier dans l’inspecteur Gadget. Et il a une phrase qu’on répète tous le temps : « J’adore quand un plan se déroule sans accroc ». Mon personnage préféré c’est bien sur Mister T allias Barracuda allias Clubber Lang parce qu’il a joué dans Rocky 3. Il porte vingt cinq kilos d’or, et c’est un chaud. Mon père le respecte parce qu’il a couché Rocky. Mais la vérité, c’est qu’on  a trop tendance à penser que Rocky ce n’était pas qu’un film mais la vie.  J’ai grandi et avec les années, j’ai compris que L’agence tous risques aidait les plus démunis. Que Barracuda faisait le nerveux mais que c’était un vrai gentil et surtout qu’il avait peur de l’avion. Y a eu quelques invités de marque, je pense à cet épisode avec Rick James et Isaac Hayes. Je m’étais imaginé aussi que Rocky ferait une apparition… J’ai attendu mais je n’ai jamais vu…  L’agence tous risques a duré de nombreuses années et a été rediffusé sur toutes les chaines du câble.

Le temps passe vite, et si Mister T a gagné son combat contre le cancer. Hannibal Smith est décédé en 1994. Futé a fait quelques apparitions ici et là. Et notre fêlé de Looping est réapparu dans quelques séries.

En 2010, L’agence tous risques sortira au cinéma. Et ma première question – qui pourra jouer le rôle de Mister T ? –

Rachid Santaki