Mike Tyson

18 août 2009

Aujourd’hui, il n’est plus le même, les médias parlent de lui dans les rubriques faits divers ou people. Pourtant, dans les années 80 Mike Tyson a effrayé les plus « lourds » des rings …

Tyson 1On est dimanche après midi. C’est le jour où mon père va au PMU vers midi et demi, et revient pour qu’on mange tous en famille. Souvent ma mère cuisine des légumes verts, parce que c’est juste une boite de conserve à ouvrir, et un gigot à mettre au four. Un grand moment, le dimanche. On regarde la télé : « Starsky et Hutch », « achipé achopé », et on finit l’après midi en bas de chez moi à Saint Ouen, à jouer avec les voisins. Au bout de quelques heures, ma mère nous appelle – C’est l’heure de rentrer ! –

Mon père aime la boxe. Il en a fait au bled, et parfois dans les cafés. Un jour, j’ai vu mon père coucher un gars au bistrot. Mon père ne rigolait pas avec l’honneur, et pour le prouver tout simplement  il pouvait te balancer un gauche-droite, et te laisser au sol, sonné. Je comprenais pas ce qui animait avec autant de rage mon père, je l’ai compris plus tard en observant et décryptant  Mike Tyson.

Je m’assoie dans le canapé. La télévision est allumée. Je ne me souviens pas si c’est sur TF1 ou Antenne 2. Je n’ai même pas eu le temps de bien m’installer que le combat commence. Deux gars, vêtu de culottes noires. On dirait des potes, parce qu’ils  ont le même short. Puis la voix du commentateur s’élève. A cette époque, moi qui kiffe Mister T allias Barracuda, je me dis que ces deux types sur le ring ne lui arrivent pas à la cheville. Sinon ils joueraient le role de Barracuda dans l’agence tous Risques ? Je me trompe ? Le plus petit, Tyson a corrigé le plus grand en deux rounds, Trevor Berbick. Tyson l’a envoyé une première fois au tapis, une seconde puis une troisième fois. Mon père sursaute – Il est KO ! – Effectivement, Berbick est terminé entre les cordes. On dirait qu’il est bourré. Le match n’a pas duré longtemps. Et tyson en livrera d’autres impressionnants comme celui là.

Le lendemain, dans la cour du collège on ne parle que de lui. Mon pote Pascal Darreau et d’autres camarades refont le combat – Il a mis des sacrés patates – dit Pascal aux autres. Darreau était vraiment sympa, son père avait une boucherie tout près du métro Garibaldi. Je les écoutent parler de la performance de Tyson mais Je n’aime pas trop la boxe. Mon père m’a inscris à cette période mais je ne suis pas motivé et je  réussi même à me faire chasser de chez Mickalef. Tyson est balaise. Il est brutal avec ses adversaires, il esquive les coups et remise par des séries très rapides et puissantes. J’aime bien la rage qu’il dégage, et il m’impressionne mais ma référence en tant que Boxeur reste à cette époque des années 80 Mister T. Je n’ai pas encore vu Rocky, mais je trouve qu’il a quelque chose de fort, avec cette crète, et ce bouc, une expression du visage très bestiale dans cette photo affichée au cinéma de l’Alhambra.  Si le face à face Rocky et Clubber Lang me fascine c’est parce qu’en vrai, on a pas de magnétoscope à la maison, et les autres si. Et c’est pour ça que je suis resté bloqué sur Rocky. Les autres l’ont vu et revu.

Par la suite, et à la DASS, j’ai découvert Rocky 4, et aussi le 3. J’ai vu la boxe autrement, et je me suis intéressé à Tyson. J’ai découvert ses entrainements et ses footings très matinaux. Une fois, il a répondu à un journaliste, qui lui posa la question, sur la raison de ses footing à trois heures du matin. Tyson avec la capuche sur la tête lui dit – Je suis sur qu’à cette heure ci mon adversaire dort !- J’ai souvent fait comme lui, lors de mes insomnies, sauf que je n’avais pas d’adversaires. Les années sont passées, j’ai quitté le collège, et même Saint Ouen. J’ai découvert la vie de Tyson. Sa force, et paradoxalement son innocence d’enfant qu’il avait gardé et qui ont permis à sa femme Robin Givens, Don King de le dépouiller. Tyson n’était pas un tendre avec les femmes, et parce qu’il était surtout un enfant effrayé. On peut être le plus fort et le plus explosif du monde, mais en fait, on peut se faire coucher par les sentiments… C’est ce que m’a appris un type comme Mike Tyson. J’ai quelque part grandi avec lui. J’ai gagné, perdu à ses cotés comme ce fameux K.O à Tokyo en 1990.  Et j’ai même été triste quand il l’ont mis au placard pendant trois piges. Je me disais que cette histoire de viol, c’était pas lui… Je n’ai jamais rien compris. Je me souviens de ce dimanche matin, où Canal Plus a diffusé la sortie de prison de Mike Tyson. Il s’était converti à l’Islam, rebaptisé Malik Abdul Aziz, et tout ce qu’il y a eu autour de sa sortie m’a touché. Je me disais qu’il allait tous les coucher. La réalité encore une fois, l’a rattrapé et m’a sonné. Tyson, n’était plus que l’ombre de lui même, un triste souvenir parce que sa rage s’est étouffée sous les draps de la prison de Minneapolis, avec ses pleurs.  Au delà de sa violence, Tyson était un enfant qui n’avait pas fini de grandir. En 1995, il a perdu par K.O contre Evander Holyfield, puis lors de la revanche Iron Mike en est arrivé à craquer pour lui arracher un bout d’oreille. Tyson s’est fait terminer par Lewis en 2002 et depuis n’a plus brillé. Puis y a eu ce  film-documentaire sur sa vie qui n’est jamais sortie. Et ce champion qui a énormément grossi.

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Avec le temps, et un peu comme Tyson, mon père a cessé de coucher les gars dans les cafés. Avec le temps Léo Ferré disait que tout s’en va, je pense que quelque part, c’est vrai. Tyson a perdu sa rage, avec le temps. Et j’espère juste que Mac Tyer se trompe quand il dit qu’il – Y a plus de boss, même Tyson peut se faire coucher par Lara Croft – Mon père, je ne l’ai pas revu depuis, alors je ne sais pas si avec le temps, sa rage s’en est allée…

* Nous ne remboursons pas les mouchoirs utilisés à la suite de la lecture de cet article – La Direction –

Rachid Santaki


La cassette audio

11 juillet 2009

Alors que tu dégaines dans les transports avec ton I-Pod, ton Mp3, ou dans ta caisse avec ton dernier disque laser, je peux te dire que rien ne rivalise avec ma bonne vieille cassette TDK. copine et copain lecteurs tu vas rapidement comprendre pourquoi !

Black_cassette_tapeLa cassette date de 1961. Je l’ai découvert vingt trois ans plus tard. 1984. C’est l’année de la réélection de Ronald Reagan à la tête des Etats Unis, la naissance de Canal Plus et du top 50 avec Marc Toesca. J’ai onze ans, j’habite Saint Ouen dans le 93.

Comme chaque été on part au Maroc en Renault 18. Mon père passe dans son autoradio autoreverse l’album Jacksons « Victory ». Les kilomètres du bitume de France, d’Espagne et du nord du Maroc défilent sur les voix des frères Jackson. On se tape toujours la face A avec les titres « Torture » et « Wait ». Malgré le temps de rembobinage on écoute deux mille fois ces morceaux. Pour nous, c’est la haute technologie parce que dis toi qu’on sort de l’époque du disque vinyle. Mon père a pas mal de sons cela va de Chic à Barry White. Il tient à ses cassettes, ça vaut cinquante balles un album, et si il grille tes paluches ou tes empreintes sur ses albums de Barry White, Michael Jackson, ou Kool & The Gang, ça vaut cinquante baffes. Ma mère aussi a ses cassettes, mais on kiffe moins : Hervé Vilar, Michèle Thor ou encore Herbert léonard.

Grâce au radio recorder de mes parents, je me souviens avoir entamé une grosse carrière musicale. Si, si copine et copain lecteur j’ai chanté comme Michael Jackson, enfin moi c’était « Rachid » Jackshun. J’avais à la place du gant blanc le gant de ménage rose de la dareune, et les lunettes de vue qui prenaient tout le visage à la place de celles du king de la pop. Franchement… Je ne lui ressemblais grave pas à Michael. J’aurai bien voulu te mettre une photo dossier mais j’en ai pas…(oh le mytho) Sur ces live, je pense à ma camarade de classe Linda L, métisse antillaise et cubaine, elle déclasse trop de monde… Je suis son nounours à lunette…Donc je chante en pensant à elle.

Tu me diras j’ai onze ans, donc c’est excusable comme dossier. Mais en BEP, y a eu une anecdote comme ça. Un mec de notre classe, Gregory Lamarche, il demande à mon pote Mohamed Baklouti de lui enregistrer du rap. Mohamed est à la page, il traîne sur les terrains vagues et kiffe le graffiti. Ce con de Gregory en donnant la cassette a précisé – Surtout tu n’écoutes pas la face A ! Surtout !- Quand un type te dit ça, qu’est ce que tu fais ? Ben ouais, tu écoutes  la face A, volume à fond. Le problème c’est que Gregory chante en acapella sur trente minutes de la fameuse face A – Sophie revient…Sophie j’ai pour toi des sentiments alors laisse moi le temps – Et il se met à pleurer sur les paroles. Purée, cet enfoiré de Mohamed arrive le lendemain avec dix minutes d’avance en cours. Et toute la classe écoute le live de Gregory dans la voiture d’un des gars de la classe puis en cours. Pendant que lui pleure pour sa meuf, nous on pleure de rire pour lui. Le chanteur est arrivé en retard, et a demandé ce que nous écoutions dans le walkmann. Mickael lui a balancé – Sophie… Espèce de baltringue… Barre ta gueule ! – La suite c’est que Gregory a quitté la classe en pleurs.

Cette même année, je squatte au Parc de La Courneuve avec les gens du lycée. Mickael Dracius me passe une cassette TDK 90. Elle va bouleverser ma vie. C’est simple, mon pote a un pote collectionneur de disques vinyles qui lui faisait des sons. Ce jour là il me lâche sa TDK. Je  pourrai te citer quelques uns des morceaux qu’elle contenait : Barkays, Lew Kirton et d’autres morceaux de funk 80. Une tuerie. C’est sur ces sons que j’ai kiffé  et morflé avec ma première meuf Malika. Ces mêmes morceaux qu’on a déliré au Maroc avec les 40 voleurs. Et puis à force de rembobiner je suis passé au lecteur CD. Et j’ai abandonné ma TDK. J’avais entre temps cumulé pas mal de cassettes originales les compilations Tonton Funk, les albums de Bobby Brown ou encore de Barry White.

1996. L’époque où je commence à acheter des disques chez les jumeaux de la place de Clichy. A cette période, pour en mettre plein la vue aux meufs, on leur enregistre une cassette. C’est l’occasion de faire partager ta musique avec une petite meuf sympa, mais aussi de lui « mettre une cassette ». Ben oui copine et copain lecteurs on ne disait pas « mettre une pilule », ou »mettre une disquette » dans les années 80. Du coup la meuf pensait à toi sur du son. Avec mon pote Mehdi, on se prenait pour Cut Killer, et on faisait nous aussi nos compilations avec des étiquettes personnalisés : Compilation DJ Rachid, son de ouf, tuerie remix etc.

Avec le temps, et la technologie je me suis éloigné de mes cassettes et pire je les ai utilisé pour enregistrer mes premiers interviews pour 5Styles. Depuis je saoule Michael Dracius pour me retrouver les sons de l’époque. Malgré Internet, les MP3 et je sais pas quoi, rien ne remplacera ma bonne vieille cassette.

Rachid Santaki


Mon premier balladeur

29 juin 2009

Aujourd’hui, on peut marcher dans la rue ou prendre les transports avec de la musique et même de la vidéo : Archos, Ipod, NokiaNséries et j’en passe. Mais rien ne remplacera mon premier « Walkman » !

Mon walkmanAnnée 1987, nous sommes en vacances au bled entre Marrakech et la plage d’Eljadida. Mon père invite deux de ses  potes de Saint Ouen à  passer leur congés au Maroc, Jean Luc D et Farid A. Farid est mon aîné de dix ans, et cela fait de lui un grand frère. T’inquiètes pas copain lecteur, rien à voir avec Pascal, le grand frère de Tf1. Non, Farid c’est le VRAI grand frère qui écoute de la funk, porte les dernières Nike et nous fait golri. Pendant son séjour, il a une machine avec un casque. Avec laquelle on peut écouter les cassettes audio. Cet objet m’interpelle, quand tu mets le casque sur tes oreilles, y a Thriller qui tourne ! Il l’a tout le temps avec lui, casque sur les oreilles posé sur les oreilles. Farid m’explique que c’est un walkman et que le nom veut dire en français – l’homme qui marche- Parce qu’on pouvait finalement marcher avec la musique, et gamin que je suis je me dis – Mais comment appelait-t-on alors celui qui ne marchait pas en écoutant de la musique ? (je sais copain lecteur c’est pourri mais c’est pour mettre du style) Comme Farid était un mec cool, il me prête son baladeur, quelques minutes c’est à dire le temps d’une chanson. J’écoute un peu, kiffe et lui rends. Le problème quand t’as deux frères, c’est qu’eux aussi veulent écouter. Farid en plus d’être plus cool avait du bon son, d’ailleurs mon père lui tapait ses cassettes : Delegation, Shalamar, Kool And The Gang, Michael Jackson, Imagination etc. Y a pas à dire Il était vraiment à la page. Après les vacances au Maroc, comme mon père les a bien accueilli, Farid lui avait offre son baladeur. C’était un Sanyo, de couleur bordeaux. Mon daron l’avait rangé dans une commode à la maison. Mais dès qu’il n’est pas là, j’en profite pour l’allumer à fond… A force de mettre le volume à toute patate, j’use les piles et forcément mon père grille que je l’utilise sans sa permission. C’est la grosse baffe à la Bud Spencer et le traditionnel « touche pas à mes affaires connard ! ». Mais c’était plus fort que moi et je recommençais. Et bien sûr je me remangeais la baffe ! C’était plus fort que moi Je kiffais trop son Walkman. En vrai avec le recul, c’est vrai qu’il était énorme le lecteur audi portable. L’équivalent d’un réfrigérateur ou d’une machine à laver. Non, mais c’était du lourd, fallait prévoir un sac à dos pour le porter. C’était marrant car son Walkman n’était pas « auto-reverse » mais avait une fonction exceptionnelle : on pouvait ralentir ou accélérer la vitesse de lecture. Il y avait aussi une fonction micro, qui me permettait de parler et de nous entendre sur la musique. Autant vous dire que je chantais sur du Kool and The Gang ou du Thriller. Sur le refrain de Kool And The Gang «Fresh », au lieu de chanter « she’s fresh, she’s so fresh », je balançais «Chizefunchchizesinflunch ». Je me prenais pour un chanteur, un peu comme le font les candidats d’émission de télé réalité devant des millions de téléspectateurs. Ridicule. J’aurais pu mettre ça sur le compte de la jeunesse mais j’avais déjà quatorze ans ! Ce qui était contraignant avec le baladeur, c’est que lorsque tu écoutais une chanson d’environ 3 à 4 minutes, il fallait rembobiner pendant 30 minutes pour la réécouter, c’était long. Comme mon père était très strict avec ses affaires, que j’en avais marre d’user ses piles et de me manger la baffe, je me suis débrouillé, j’ai eu par le biais de ma copine, Mimi des Francs Moisins, un Walkman. Je l’avais payé 100 francs. Une affaire. Mon premier. Il était bordeaux comme le Sanyo, les touches étaient grises et « auto-reverse » pour changer la face d’écoute sans sortir la cassette. C’était un Aïwa. Je marchais dans la rue avec mon casque et prenait les transports pour aller en cours. A l’intérieur j’ai écouté, réécouté, ré-réécouté… l’album de Michael Jackson « Bad ». A force je connaissais le tracklisting par coeur. J’allais au fond de la cour de récréation avec le son à fond et je regardais les autres, je clippais ça dans ma tête. A la maison, mes frères voulaient me l’emprunter, impossible de le lâcher. Par contre quand mon père le voulait, impossible de refuser. Sinon c’était la grosse baffe… Mon Walkman m’a lâché un an après mais je m’en fichais, j’avais découvert la technologie. Depuis j’ai fait toute ma scolarité avec une paire d’écouteurs et des baladeurs de plus en plus légers. L’inconvénient des baladeurs numériques, c’est qu’ils ne font pas office de machine de musculation, parce que tous les mecs de ma génération vous le diront, c’était (du) lourd, un Walkman !

Rachid Santaki