LE (VRAI) CHAMPION…

9 mai 2010

AVERTISSEMENT : l’auteur de cet article te conseille un carton de mouchoirs kleenex ou si t’es en hass, de l’essuie tout marque Dia.

1983. L’année où Yannick Noah remporte le tournoi de Rolland Garros, en battant Mats Wilander en finale. Il pleure de joie dans les bras de son père. L’année où Herbert Léonard, et Julie Pietri forment le duo qui interprète « Amoureux Fous » que ma mère écoute en boucle, en imaginant que mon père a la classe d’Herbert Léonard. Cette même année, Coluche joue le rôle dramatique de Lambert, le pompiste de « Tchao Pantin ». Cette année c’est aussi celle où j’ai beaucoup pleuré à cause de ce bouffon de Ricky La Belle vie, qui finalement s’avère plus caillera que le plus K-sos d’entre nous.

Le succès du premier Rocky sorti en 1976, a influencé d’autres producteurs a tenté de faire du beurre sur le noble art. A priori, Le Champion, avec Jon Voight, et Ricky Schroder qui semble être un film de série B, est une puissante claque par sa justesse, et la prestation de ce gamin, T.J allias Rick Schroder. Pour la petite anecdote, Jon Voight est le daron d’Angelina Jolie. Il a fait la une des magazines peoples, avec la récente réconciliation avec sa fille. Vous l’avez vu dans Heat, Mission Impossible ou dans Transformers.

Nous sommes réunis en famille devant la télévision quand le film commence. Le Champion est l’histoire d’un mec de 37 ans, Billy Fly. Un ancien champion du monde de boxe, qui vit de jeux et de son passé de boxeur. L’ancien pugiliste élève son fils de 8 ans, un petit blondinet tout mignon. Si les blonds étaient à la mode à cette époque, ils peuvent remercier Rick Schroder, le gamin qui jouait Ricky La Belle Vie. On découvre l’amour entre ce père et son fils. Dans les yeux de mon daron, je vois de l’émotion parce qu’il kiffe les chevaux et la boxe. Je kiffe pas les chevaux car au bled mon père nous fait ramasser les excréments, et je n’aime pas la boxe car mon daron balance des crochets sur le visage de ma mère. T.J, a un cheval, c’est son père qui lui a offert. Et elle court dans un prix. Juste avant la course, le gamin croise une belle femme avec laquelle il parie dix dollars que son cheval va remporter la course. La jument qui s’appelle duchesse, se place en tête de la course hippique. Mais dans la dernière ligne droite, c’est le drame, elle chute ! Mon père tape du poing sur la table, et crie « putain de mirde ! » Et ma mère, « ô mon Dieu » en touchant sa petite vierge marie qu’elle a autour du cou. Je pense à T.J et avec mes frères ont crie « pleures pas T.J ! ». Le gamin n’a pas entendu à travers la télé nos cris, il chiale déjà et fonce rejoindre son cheval écroulé sur le champ de course. Toute la famille Santaki est au bord des larmes. De retour aux écuries, le cheval s’en sort, le vétérinaire donne le diagnostic. Ce n’est qu’une blessure superficielle. Nous sommes tous soulagés. La femme qui a parié avec le gamin, arrive dans l’écurie pour prendre des nouvelles. Elle voit le père du petit, qui n’est autre que son ex-mari. Elle réalise que le môme est son fils, qu’elle a confié à son ex. Son père lui met un coup de pression pour partir « Ça fait sept ans que tu es morte, colles toi ça dans la tête » et ne pas apprendre son existence. La juge a donné la garde au père, et que la mère a refait sa vie. Mon père s’énerve, et balance : « Connasse t’as abandonné ton fils ! » Personne ne tente de calmer mon père, par peur de se manger un coup. La mère du petit, demande en rigolant de rembourser les dix dollars puisque Duchesse a perdu, et invite T.J à passer une journée avec elle.

T.J débarque sur un énorme bateau, il porte un petit costard bleue. La vérité c’est qu’une dareune comme ça, je l’aurai pas lâché. Champion ou pas champion. La journée se termine, et le gamin rejoint son père avec un tas de cadeau. Alors que tout semble beau dans le meilleur des mondes, le champion fait le con. Il joue aux jeux depuis toujours, et doit 2000 dollars. Le champion qui agit comme un schlague, signe une reconnaissante de dette, et met en gage le cheval de son fils. Il récupère l’argent auprès de son ex-femme, mais trop tard, le prêteur vient récupérer Duchesse. Fou de rage, Billy cogne le type et son acolyte. Les gens tente de le calmer il tape tout le monde, et casse la mâchoire à un flic. Il est expédié derrière les barreaux. Un avocat, payé par son ex-femme vient l’assister. Et y a cette scène de ouf. Le gamin rejoint son père en cellule qui décide de le confier à son ex femme. T.J avec  sa petite voix innocente supplie son père, il dit qu’il mangera moins, sil te plait champion comme toi je ferai comme toi.  Le père agacé et vénère lui balance une baffe. Le gamin a les larmes aux yeux et continue à supplier son père. Cette scène m’a marqué car elle me fait penser à mon frère Hicham, qui a été élevé par ma grand mère, et arraché par ma mère à l’âge de cinq ans. Il ne voulait pas entendre parler d’elle. Pour lui, elle n’était pas sa mère. Je vois mon frère, pleurer. Et je suis contaminé par ses larmes. Le soir même dans la chambre il me parle de T.J et me dit qu’il a mal loin de sa maman d’adoption. Véridique.

Alors que le film dure deux heures, c’est à la fin qu’on voit un peu de boxe. Le champion a décidé de remonter sur le ring. Certaines scènes ressemblent à celle avec mon daron, il court pendant que le gamin fait du vélo. Ils se mettent à danser.

Le jour du combat arrive, et le père est dans les vestiaires. Son entraîneur lui fait les bandes, son gamin est là. Les deux adversaires se croisent du regard. Le gamin fixe l’adversaire de son père. Le match débute, dans la foule les amis du champion sont là et également son ex-femme. Billy envoi la même combinaison gauche-droite-gauche qui rentre en pleine tronche de son adversaire. Il mène le match et se permet d’envoyer au tapis le jeune prétendant. Le gamin dans le coin de son père, lui essuie les épaules entre les rounds. Le père du petit se retrouve en difficulté, et pleure en voyant son père manger des coups. On pleure tous aussi sauf mon père qui se lève et balance les consignes à Billy ; monte la garde, fais pas le cave ! Le combat se termine, quand Billy met K.O le type. Mais il est salement amoché, et rejoint les vestiaires en délirant. Il fait un malaise, et son staff l’allonge. Il réclame son fils qui pleure toutes les larmes de son corps, il demande à son gamin pourquoi il pleure. Et mon père se tourne vers nous et nous dit, et vous pourquoi vous pleurez là ?! Il a gagné ! –  Le docteur vient dans les vestiaires, et donne le verdict. Le champion est mort. T.J est effondré et crie contre le corps inerte de son père  – Non… Non… Champion, il est malade. CHAM-PION RE-VEI-LLE TOI… Le champion réveille toi… Le Champion réveille toi… Pas maintenant, il faut rentrer à la maison ! – La scène dure plusieurs minutes, et je n’ai qu’une envie ne plus voir ce gamin pleurer. La vérité c’est que le père du petit est mort, et qu’il ne rentrera plus à la maison. Dans notre trois pièces, c’est un silence de mort. Ma mère a les yeux rouges. Mon père sert des dents. La mère du p’ti rentre dans les vestiaires avec un sourire, qu’elle perd quand elle entend «  Il est pas mort, champion » Puis le gamin s’avance et se colle à sa mère qui ne verse pas une larme. Mon père s’emporte et crie – T’es contente connasse tu vas garder le gosse !! –

Le générique défile, et mon père nous envoie au lit. Dans le fond, on se rend compte que l’apparence ne veut rien dire. Sous sa chevelure dorée, ses yeux bleus, et sa petite voix, T.J montre qu’on peut être un vrai bonhomme, et avoir plus de problèmes que le plus K-sos d’entre nous, sans le démontrer. Ce film, montre aussi à travers l’histoire de ce gamin, élevé sans sa mère, et qui perd son père que  » L’amour n’existe pas, mais qu’il existe des preuves d’amour ».

Rachid Santaki


Le bled

6 juillet 2009

Chère copine et copain lecteurs, j’en ai gros sur la patate quand je vois tous ces gens qui me parlent de Marrakech, et tu vas rapidement comprendre pourquoi le bled, c’était mieux avant…

jamaa-el-fna« Marrakech »(que des petits plaisantins appellent Arnakech), ce sont des émissions sur M6 avec des riads à 30 000 € (depuis cette émission les riads coutent 300 000 €, merci gros bât*** d’Emmanuel Chain !!), les soirées de P.Diddy avec Jamel Debouzze, les jets setters, Le Pacha discothèque… Mais c’est surtout la ville de mon daron, et ça personne n’en parle ! En dehors de ce coté strass et paillette, à Marrakech, il y avait ce coté stress à perpét’ parce que môme, on n’avait qu’une phobie, ne pas aller en été à Marrakech ! Le bled dans un premier temps, c’était un moyen pour mes parents d’envoyer pendant deux mois en vacances une famille nombreuse, à moindre frais. A l’époque nous n’avions pas la fameuse 504 « Pigeot ». On avait la Renault 18 break GTD, bleu marine avec les vitres électriques. Je sais que ça te fait golri, mais en 1986, c’était l’équivalent du Porsche Cayenne. Le père de mon pote Hicham L. conduisait une Renault 21 break Nevada, le classique des darons et les moins chanceux s’entassaient entre les frigos récupérés, les pneus usagés de tracteurs (aussi récupérés) dans l’utilitaire de leur father (pour ceux qui ne connaisse pas l’anglais et Dora prononcez Fazeur). Quand tu vas au bled, il y a une règle ! Tu n’y vas pas les mains vides. Alors pour débarquer mon père achetait des cadeaux, enfin un cadeau… Du thé, du thé et encore du thé. Non, je mens quand j’écris ça, car mon daron prenait aussi du café, attention pas n’importe lequel celui en promo de chez promo. Le butin se divisait entre membres de la famille. Rien que pour les cinquante kilos de thé et de café tu ne pouvais pas prendre l’avion. Puis vu le prix du billet à cette époque, c’était quasi impossible. Après le plein de super cadeaux, c’était l’heure de prendre la route. Mon père faisait péter les watts avec Kool & The Gang, Chic, The Whispers et Michael Jackson. Et on faisait les choristes sur tout le trajet, je ne rentrerai pas dans les détails… C’est grâce à mon daron que j’ai découvert les albums du king de la pop : Of The Wall, Thriller et Bad. Il enchainait le trajet en 24 h00, avec comme co-pilote ma daronne. L’un des moments fort du trajet, c’est la douane au Maroc. Les douaniers portaient un costume bleu foncé, et toujours une big moustache. D’ailleurs on savait qu’on était au Maroc car on voyait des grosses moustaches partout ! Au poste de douane, les autres familles patientaient chargées avec des baignoires, des chaises ou au pire des étagères en bois. Mon père était généreux avec les douaniers, il oubliait à chaque fois un billet dans le passeport. J’ai compris plus tard pourquoi…

Mon père était un mec marrant. Non, pas vraiment, mais il nous demandait une fois arrivés devant la rue du quartier de descendre de la bagnole pour aller taper à la porte et dire qu’on était venu seul. Il était fier de sa blague, je crois qu’il était le seul (excuses moi papa). Puis c’était les scènes de ouf, mes tantes hurlaient de joie, pleuraient, un peu comme dans « une famille en or » ou « qui veut gagner des millions ». Même notre voisin le menuisier s’y mettait en espérant recevoir un présent. Mon père avait tout prévue, il avait en bonus des rouleaux de d’Essuie tout, c’était moins cher que le thé ou le café… Après les émouvantes retrouvailles, le premier verre de thé à la mente et les récits du trajet, c’était sans doute le moment le plus dangereux pour nous… Enfin pour nos sapes.

Quand tu vas au Maroc, je crois que t’es obligé de pimper ta life, alors tu achètes les trucs à la mode. Le dernier walkman à cinquante balles, et souvent tout ça disparaît. Mon oncle nous tapait nos affaires, il pensait qu’en France on pesait. Mais ce qu’il ne savait pas c’est qu’en prenant mon haut de challenger, il me mettait dans une de ces merdes ! J’avais que ça pour aller au collège. Par contre, j’avais une chance, celle de chausser du 46 à quatorze ans, du coup il ne s’aventurait pas à me prendre mes Adidas. En même temps je comprends, je ne porterai pas des péniches du 46, si je chaussai du 41.

Avec mon daron, et face à la recrudescence du tapage de sapes, on avait monté une brigade. La BRSF, La Brigade de Récupération De Sapes de France. Mais rien à faire, on ne retrouvait pas le haut de mon challenger, il réapparaissait quelques années plus tard, dans un état lamentable ! Notre oncle nous a livré son astuce, il cachait le butin dans la terrasse ou le planquait chez son complice, notre voisin !

Les moments en famille était trop bien, et ma tante m’a appris une devise : « La vie est dure sans confiture ». Toute l’année, elle n’avait pas droit à la marmelade, parce que ma famille était loin d’être blindée. Du coup, pendant qu’on était là, les pots de confiture format familiaux de la marque Aïcha se vidaient à une vitesse. Tu te retournais, le pot s’était fini de moitié, tu te retournais une seconde fois le pot était complètement vide ! Personne ne te l’a dit mais c’est grâce à nous que petit(e) t’as joué à « un deux trois soleil », mais initialement c’était « un deux trois confiture ! ». Ma tante se cachait à la terrasse et tapait dans le pot de confiture à la cuillère à soupe, elle avait deux mois pour faire le plein, car le reste de l’année, le niveau de vie chutait. Et c’était pareil avec les limonades : La Cigogne, Hawaï, Pom’s, Judor etc. Elle nous a bien fait flippé le soir avec ses histoires sur les diables, et Aïcha Comdicha. Et parfois pour nous faire des blagues elle se planquait au premier avec un drap blanc, comme on était des bonshommes on en restait tétanisés.Il y avait ma grand-mère, qui passait ses journées et ses soirées à nous préparer tagine, couscous et les fameuses kafta. Notre oncle qui lui nous amenait sur chella França (l’équivalent d’Hollywood Boulevard), l’avenue sur laquelle tous les complexes hôteliers ont depuis poussés.

Au bled, il y avait les potes et les cousins. Les journées se passaient entre la maison, la place Djemââ Fna, et la piscine municipale. On y entrait pour un dirham, et fallait éviter le vendredi, jour du couscous, car y avait toujours un ouf pour plonger et s’ouvrir l’estomac. Du coup, tu nageais parmi des grains de semoule, et les restes de légumes.

Les vacances terminées, on rentrait et tout le monde nous chambrait car Marrakech n’était pas connu, et surtout il n’y avait pas la plage. Aujourd’hui, ce sont les mêmes qui rêvent d’avoir une résidence là bas.

Je te passerai les histoires de meufs, de keufs corrompus et de trafic de scooters. J’y ai retrouvé certains potes comme Mickael du Moulin Neuf, rencontré Farid d’Athis Mons, et perdu des amis. Aujourd’hui, Marrakech c’est devenu Miami avec les enseignes Mac Do, Marjane, Pizza Hut, et j’en passe. Heureusement il nous reste la Place Jamâa El Fna avec ses jus d’orange coupés si t’es pas de chez nous…Des souvenirs qui confirment que le bled c’était mieux avant…

Rachid Santaki