Le bled

6 juillet 2009

Chère copine et copain lecteurs, j’en ai gros sur la patate quand je vois tous ces gens qui me parlent de Marrakech, et tu vas rapidement comprendre pourquoi le bled, c’était mieux avant…

jamaa-el-fna« Marrakech »(que des petits plaisantins appellent Arnakech), ce sont des émissions sur M6 avec des riads à 30 000 € (depuis cette émission les riads coutent 300 000 €, merci gros bât*** d’Emmanuel Chain !!), les soirées de P.Diddy avec Jamel Debouzze, les jets setters, Le Pacha discothèque… Mais c’est surtout la ville de mon daron, et ça personne n’en parle ! En dehors de ce coté strass et paillette, à Marrakech, il y avait ce coté stress à perpét’ parce que môme, on n’avait qu’une phobie, ne pas aller en été à Marrakech ! Le bled dans un premier temps, c’était un moyen pour mes parents d’envoyer pendant deux mois en vacances une famille nombreuse, à moindre frais. A l’époque nous n’avions pas la fameuse 504 « Pigeot ». On avait la Renault 18 break GTD, bleu marine avec les vitres électriques. Je sais que ça te fait golri, mais en 1986, c’était l’équivalent du Porsche Cayenne. Le père de mon pote Hicham L. conduisait une Renault 21 break Nevada, le classique des darons et les moins chanceux s’entassaient entre les frigos récupérés, les pneus usagés de tracteurs (aussi récupérés) dans l’utilitaire de leur father (pour ceux qui ne connaisse pas l’anglais et Dora prononcez Fazeur). Quand tu vas au bled, il y a une règle ! Tu n’y vas pas les mains vides. Alors pour débarquer mon père achetait des cadeaux, enfin un cadeau… Du thé, du thé et encore du thé. Non, je mens quand j’écris ça, car mon daron prenait aussi du café, attention pas n’importe lequel celui en promo de chez promo. Le butin se divisait entre membres de la famille. Rien que pour les cinquante kilos de thé et de café tu ne pouvais pas prendre l’avion. Puis vu le prix du billet à cette époque, c’était quasi impossible. Après le plein de super cadeaux, c’était l’heure de prendre la route. Mon père faisait péter les watts avec Kool & The Gang, Chic, The Whispers et Michael Jackson. Et on faisait les choristes sur tout le trajet, je ne rentrerai pas dans les détails… C’est grâce à mon daron que j’ai découvert les albums du king de la pop : Of The Wall, Thriller et Bad. Il enchainait le trajet en 24 h00, avec comme co-pilote ma daronne. L’un des moments fort du trajet, c’est la douane au Maroc. Les douaniers portaient un costume bleu foncé, et toujours une big moustache. D’ailleurs on savait qu’on était au Maroc car on voyait des grosses moustaches partout ! Au poste de douane, les autres familles patientaient chargées avec des baignoires, des chaises ou au pire des étagères en bois. Mon père était généreux avec les douaniers, il oubliait à chaque fois un billet dans le passeport. J’ai compris plus tard pourquoi…

Mon père était un mec marrant. Non, pas vraiment, mais il nous demandait une fois arrivés devant la rue du quartier de descendre de la bagnole pour aller taper à la porte et dire qu’on était venu seul. Il était fier de sa blague, je crois qu’il était le seul (excuses moi papa). Puis c’était les scènes de ouf, mes tantes hurlaient de joie, pleuraient, un peu comme dans « une famille en or » ou « qui veut gagner des millions ». Même notre voisin le menuisier s’y mettait en espérant recevoir un présent. Mon père avait tout prévue, il avait en bonus des rouleaux de d’Essuie tout, c’était moins cher que le thé ou le café… Après les émouvantes retrouvailles, le premier verre de thé à la mente et les récits du trajet, c’était sans doute le moment le plus dangereux pour nous… Enfin pour nos sapes.

Quand tu vas au Maroc, je crois que t’es obligé de pimper ta life, alors tu achètes les trucs à la mode. Le dernier walkman à cinquante balles, et souvent tout ça disparaît. Mon oncle nous tapait nos affaires, il pensait qu’en France on pesait. Mais ce qu’il ne savait pas c’est qu’en prenant mon haut de challenger, il me mettait dans une de ces merdes ! J’avais que ça pour aller au collège. Par contre, j’avais une chance, celle de chausser du 46 à quatorze ans, du coup il ne s’aventurait pas à me prendre mes Adidas. En même temps je comprends, je ne porterai pas des péniches du 46, si je chaussai du 41.

Avec mon daron, et face à la recrudescence du tapage de sapes, on avait monté une brigade. La BRSF, La Brigade de Récupération De Sapes de France. Mais rien à faire, on ne retrouvait pas le haut de mon challenger, il réapparaissait quelques années plus tard, dans un état lamentable ! Notre oncle nous a livré son astuce, il cachait le butin dans la terrasse ou le planquait chez son complice, notre voisin !

Les moments en famille était trop bien, et ma tante m’a appris une devise : « La vie est dure sans confiture ». Toute l’année, elle n’avait pas droit à la marmelade, parce que ma famille était loin d’être blindée. Du coup, pendant qu’on était là, les pots de confiture format familiaux de la marque Aïcha se vidaient à une vitesse. Tu te retournais, le pot s’était fini de moitié, tu te retournais une seconde fois le pot était complètement vide ! Personne ne te l’a dit mais c’est grâce à nous que petit(e) t’as joué à « un deux trois soleil », mais initialement c’était « un deux trois confiture ! ». Ma tante se cachait à la terrasse et tapait dans le pot de confiture à la cuillère à soupe, elle avait deux mois pour faire le plein, car le reste de l’année, le niveau de vie chutait. Et c’était pareil avec les limonades : La Cigogne, Hawaï, Pom’s, Judor etc. Elle nous a bien fait flippé le soir avec ses histoires sur les diables, et Aïcha Comdicha. Et parfois pour nous faire des blagues elle se planquait au premier avec un drap blanc, comme on était des bonshommes on en restait tétanisés.Il y avait ma grand-mère, qui passait ses journées et ses soirées à nous préparer tagine, couscous et les fameuses kafta. Notre oncle qui lui nous amenait sur chella França (l’équivalent d’Hollywood Boulevard), l’avenue sur laquelle tous les complexes hôteliers ont depuis poussés.

Au bled, il y avait les potes et les cousins. Les journées se passaient entre la maison, la place Djemââ Fna, et la piscine municipale. On y entrait pour un dirham, et fallait éviter le vendredi, jour du couscous, car y avait toujours un ouf pour plonger et s’ouvrir l’estomac. Du coup, tu nageais parmi des grains de semoule, et les restes de légumes.

Les vacances terminées, on rentrait et tout le monde nous chambrait car Marrakech n’était pas connu, et surtout il n’y avait pas la plage. Aujourd’hui, ce sont les mêmes qui rêvent d’avoir une résidence là bas.

Je te passerai les histoires de meufs, de keufs corrompus et de trafic de scooters. J’y ai retrouvé certains potes comme Mickael du Moulin Neuf, rencontré Farid d’Athis Mons, et perdu des amis. Aujourd’hui, Marrakech c’est devenu Miami avec les enseignes Mac Do, Marjane, Pizza Hut, et j’en passe. Heureusement il nous reste la Place Jamâa El Fna avec ses jus d’orange coupés si t’es pas de chez nous…Des souvenirs qui confirment que le bled c’était mieux avant…

Rachid Santaki


Les Air Max

26 juin 2009

Air MaxA force de m’avoir acheté des baskets sans marque quand j’étais enfant, mes parents m’ont donné le syndrome de la chaussure. Cette maladie qui consiste à dépenser des milles et des cents dans la chaussure de sport toute ta vie. Depuis ma majorité, je n’ai cessé d’acheter des paires et des paires de Nike. J’ai dû en avoir une centaine. Un vrai fou de la bulle d’air. Air Max 90, Air Max BW, Air Max 95, Air Max 97, Air Burst et même la Spiridon (qui n’a pas de bulle d’air). J’en ai eu des paires mais rien ne vaudra ma première, la BW. Récit. Novembre 1991. J’habite à Saint Ouen. Nous sommes à la maison avec mes frères. Ce soir là, je suis devant la télévision. C’est la rediffusion du best of des Inconnus sur Antenne 2. Il y a ce gag : « Athlétisme». Les inconnus parodient les commentateurs sportifs. Avec la fameuse réplique « …cela ne nous regarde pas… ». Dans ce sketch, les comiques portent une paire de basket très belle. Je bloque dessus. Cette paire ne ressemble en rien à celles qu’on connaît. A l’écran, elles ne passent pas inaperçues. Pascal Campan qui joue le rôle d’un coureur de fond les a. Didier Bourdon en sprinteur et Pascal Légitimus aussi. Elles sont noires avec une bande blanche et la virgule violette. Mon frère me dit que ce sont les Air Max, qu’il peut les avoir ! Le lendemain, mon frère revient avec une paire, un de ses potes lui a prêté. Je deviens fou. Il les rendra à Madjid. Quelques mois plus tard, je décide de les trouver. Je cherche aux Halles, à Saint Denis. A l’époque les Air Max et moi, c’est comme les envahisseurs et David Vincent. Je suis le seul à les avoir vues. Mais impossible de mettre la main dessus. Pendant un bon moment je passe du temps le week-end end et les mercredis après midi à faire les magasins de sport. Même les puces. Rien. C’est un mercredi après-midi de retour des 4 temps de la Défense que je tombe par hasard sur une boutique de sport située sur le boulevard Jean Jaurès, à Clichy (92). Surprise ! Elles sont là en vitrine. Je rentre vite et demande s’il reste des modèles. Le vendeur me dit que les pointures disponibles sont supérieures d’une taille. Pas grave, je prends du 47 ! Le prix, 600 francs. Je la cherche depuis un moment et hors de question de la laisser filer. Complètement fou, je lui demande de mettre mes anciennes baskets dans la boite et de porter tout de suite MES Air Max. Cet après midi là, je suis fou et content. Le lendemain, je ne passe pas inaperçu dans la cour de l’école. Fier, je les porte en cours. Elles vont très bien avec mon 501 « black/black ». 1991, je suis au Globe. Mickaël ne porte pas de bulle d’air, il est plutôt classique. Son truc, c’est la Reebok Classic, coloris blanc. En plein cours, il la nettoie toujours avec un nettoyant. Les autres sont à l’époque de la Jordan. Les années suivantes j’ai eu la BW en coloris violet. Et ma première paire a fini au Fournil de Pierre. Je les portais pour faire de la manutention, elle n’avait plus la même gueule et même aujourd’hui en réédition ce ne sont plus les mêmes. Il y a eu ensuite énormément de coloris, en tissus, en cuir. D’autres modèles, la 97 est une de celle qui m’a aussi marqué. Puis les nouvelles comme la TN, qu’on appelle « la requin» ne m’a jamais inspiré, parlé. Y a pas à dire, rien ne vaudra ma première paire d’Air Max. Comme on dit si bien, on se souvient du premier, pas du second…