Keith Sweat, le vrai mec du RnB

3 octobre 2010

1994. La France est dirigé par Tonton Mitterand, et son premier ministre Balladur. Au cinéma le dernier Disney Le Roi Lion dépasse les 10 millions d’entrées en salles, c’est la première diffusion sur FR3 de C’est Pas Sorcier avec Jamy et sa dégaine de blarf. Niveau musique, je me mange une gifle musicale avec la compilation Above The Rim qui contient les titres Lady Of Rage, Warren G, Sister With Voice. Mais c’est Keith Sweat qui marquera musicalement cette période et deviendra une de mes références musicales et tu vas comprendre pourquoi.Saint Ouen. Je vis avec mon père, ma mère qui a divorcé, s’est remariée avec un mec qui pue la fourberie et la supercherie. Je suis l’enfant seul, mais je le suis moins quand je traine avec mon frangin, Sébastien, cadet de trois ans. On s’est rapproché depuis la mort de mon frère et à force d’aller acheter tous les soirs la bouteille de Vieux Papes à mon père. Il noie sa tristesse et se console dans ses verres de vin bon marché. Il a du mal à accepter que ma mère l’a quitté, et surtout d’avoir perdu son fils préféré. Je le regarde, avec impuissance, se fonce-der et entend ses vieilles rengaines, d’après lui, je ne suis qu’un raté et un bon à rien. J’ai plus mal pour lui que pour moi, et encaisse ses déceptions. Copine et copain lecteurs, arrêtes de chialer et je te confirme que « Sans Champomy  la hagra est plus folle ! »

Septembre, je suis de retour du bled où j’ai rencontré un cancer. Elle est brune, mesure 1m65 et c’est ma première histoire d’amour. L’élue est une meuf de Bourges, une ville du Cher. A l’époque, je suis love d’une meuf mais je n’ai ni les lovés, ni le level face à elle. Je suis en mode Canard WC. Elle me rend ouf car elle reste indifférente à mes sentiments, et ma bonne volonté.  Je passe mon temps à l’appeler à la cabine téléphonique sur l’avenue Gabriel Péri et à m’inventer une vie qui en réalité pue la défaite. J’espère construire quelque chose. J’ai déjà quelque chose de Keith Sweat en moi, même si je ne suis pas un renoi d’Harlem.


Je suis en BAC Pro comptabilité au lycée Louise Michel et j’espère passer à travers les mailles du filet de l’échec mais je suis le fils d’un chauffeur-livreur et pas le fils de la prof principale qui cherche à m’envoyer dans la file d’attente de l’ANPE. L’espoir est limité, la galère en forfait illimité : pas d’oseille, pas de famille unie, et pas d’affection. J’aurai pu inspirer Hector Malot pour les aventures de Rachid Sans Famille. Véridique mais comme Akhenaton Je Ne Suis Pas A Plaindre et puis surtout je n’ai pas vu mourir Joli Coeur un soir d’hiver (quelle scène de ouf quand même). En cours je sympathise avec un nouveau camarade de classe, Mehdi. Il habite Villetaneuse, la ville où y a que des mecs (sauf aurélie L). Son beau frère, est un passionné de funk et de New Jack. Il m’enregistre une cassette avec des morceaux d’Allyah, une meuf de 16 ans qui est marié avec R-Kelly. Il y a surtout Get Up On It de Keith Sweat. Une ballade avec trois meufs au refrain, le groupe Kut Klose : « If you really, really want it all you got  to do is get up on it, if you really, really want it all you got to do is get up on it » Je kiffe ! Je fais tourner la cassette dans ma chambre, mon walkman et la Renault 18. Je plane sur le refrain et pense à Malika même si elle ne pense pas à moi. A cette époque, j’ai un taffe à l’hôtel Ritz et je passe mes soirées à gratter le papier. J’écris mes premières histoires que je range précieusement dans un classeur. Sur les sons de Keith Sweat, je rédige mes rêves et mes cauchemars du quotidien.

Je sers les petits déjeuners à l’Espadon, le restaurant de l’hôtel ritz. Je suis à l’aise et je fait connaissance avec un nouveau employé : Mohamed qui vient aussi du 93. On travaille ensemble, c’est un mec hnine, il a le visage blanc, toujours souriant. On partage les sons, je lui fait découvrir la New Jack et le Rnb. Son délire musical est garage car il bouge souvent en boite et se s’habille en Old River. Les jours passent et on devient tellement proche qu’il m’héberge chez lui en période de crise familial.Les mois passent avec un quotidien plein de questions. Malika est elle la meuf de ma vie ? Est ce que je vais avoir le Bac et aller à la fac ? Un soir de décembre, je vais aux puces. A Clignancourt, il y a les Jeans 501, les air Max mais aussi le bon son. Je découvre le stand  des jumeaux qui vendent des disques de rap et RnB US à 100 balles. Ils sont aussi propriétaires d’un magasin Street Sound à coté de la Place Clichy. Chez eux, les albums sont moins chers de trente balles qu’à la Fnac. Ils rachètent aux Etats Unis les albums de promotion destinés aux médias, les pochettes sont mentionnés en anglais « Ne peut être vendus uniquement pour la promo ». J’achète ce jour-là les albums de Keith Sweat, Brandy et R-Kelly. Au moment où je paye mes achats, je vois Mohamed qui sort du marché Malik. Je suis surpris de le trouver là, on plaisante cinq minutes. Je rentre à la maison, et écoute l’album. Je ne lâche pas les plages avec Left Eye How do you like it et When I Give My Love, For You (You Got Everything). Je passe des mois à écouter l’opus. C’est le premier d’une grosse collection de disques que je vais acheter. Je vais cumuler tous les albums de Keith Sweat et les apprécier mais aucun ne vaudra l’époque de Get Up On It.  Mon pote Mehdi chambre et dit que pour charmer les meufs un bon album de Keith Sweat suffit, il n’avait pas tort. Après sa violente calvitie Keith Sweat l’a sauvé de la misère sentimentale.


Au fil des sorties de Keith Sweat, je vis d’autres époques. Get Up On It (1994) marque les années du Ritz et de mes amitiés avec Mohamed, et Mehdi. L’album Keith Sweat (1996) marque la naissance de Générations qui n’émet que le week end et le premier anniversaire postume de Mohamed, Allah ya rhmo. Still In The Game (1998) l’incarcération de mon frère et la séparation avec mon père. Didn’t See Me Coming (2000) le départ de ma grand-mère et mes retrouvailles avec Marrakech.  Rebirth (2002) la naissance de mon premier magazine papier hip hop.fr qui deviendra 5styles, et les premiers liens avec la Wrung Division qui deviendra une famille. Je ne te raconterai pas tout et puis je l’ai déjà écrit dans les précédents billets…J’ai eu l’occasion de rencontrer l’artiste pour 5Styles mais j’ai décliné l’interview, préférant garder l’image de lui uniquement sur disque, les artistes j’connais et très peu sont à la hauteur de ce qu’ils chantent, ou véhiculent. C’est une des choses que 5Styles m’a permis de comprendre.  Aujourd’hui, Saloua, la soeur de Mohamed écoute keith Sweat en sa mémoire et en souvenir de cette époque, moi aussi. Quand à Mehdi, il continue à rayer le disque de Get Up On It pour éviter de finir sur Meetic ou mektoub.fr

Le chanteur né en 1961, était trader et a découvert la musique qui est devenu son métier. Il est l’un des précurseurs du mouvement New Jack et Rnb et a produit Kut Klose, avec l’album Surrender et de nombreux artistes : Dru Hill, Men At Large, Isley Brothers, Jermaine Dupri et bien d’autres. Il a formé le groupe LSG (Levert Sweat Gill) avec deux autres figures du genre musical Gerald Levert, Johnny Gill qui ont vendu à 3 millions d’exemplaires. Keith Sweat est apparu dans son propre rôle dans New Jack City, c’est lui le chanteur du mariage.  Son dernier album Ridin Solo est sorti au printemps 2010.

Keith Sweat, En Vogue et également Joe seront en concert à l’Elysée Montmartre le 17 octobre 2010.

Bande son



LE (VRAI) CHAMPION…

9 mai 2010

AVERTISSEMENT : l’auteur de cet article te conseille un carton de mouchoirs kleenex ou si t’es en hass, de l’essuie tout marque Dia.

1983. L’année où Yannick Noah remporte le tournoi de Rolland Garros, en battant Mats Wilander en finale. Il pleure de joie dans les bras de son père. L’année où Herbert Léonard, et Julie Pietri forment le duo qui interprète « Amoureux Fous » que ma mère écoute en boucle, en imaginant que mon père a la classe d’Herbert Léonard. Cette même année, Coluche joue le rôle dramatique de Lambert, le pompiste de « Tchao Pantin ». Cette année c’est aussi celle où j’ai beaucoup pleuré à cause de ce bouffon de Ricky La Belle vie, qui finalement s’avère plus caillera que le plus K-sos d’entre nous.

Le succès du premier Rocky sorti en 1976, a influencé d’autres producteurs a tenté de faire du beurre sur le noble art. A priori, Le Champion, avec Jon Voight, et Ricky Schroder qui semble être un film de série B, est une puissante claque par sa justesse, et la prestation de ce gamin, T.J allias Rick Schroder. Pour la petite anecdote, Jon Voight est le daron d’Angelina Jolie. Il a fait la une des magazines peoples, avec la récente réconciliation avec sa fille. Vous l’avez vu dans Heat, Mission Impossible ou dans Transformers.

Nous sommes réunis en famille devant la télévision quand le film commence. Le Champion est l’histoire d’un mec de 37 ans, Billy Fly. Un ancien champion du monde de boxe, qui vit de jeux et de son passé de boxeur. L’ancien pugiliste élève son fils de 8 ans, un petit blondinet tout mignon. Si les blonds étaient à la mode à cette époque, ils peuvent remercier Rick Schroder, le gamin qui jouait Ricky La Belle Vie. On découvre l’amour entre ce père et son fils. Dans les yeux de mon daron, je vois de l’émotion parce qu’il kiffe les chevaux et la boxe. Je kiffe pas les chevaux car au bled mon père nous fait ramasser les excréments, et je n’aime pas la boxe car mon daron balance des crochets sur le visage de ma mère. T.J, a un cheval, c’est son père qui lui a offert. Et elle court dans un prix. Juste avant la course, le gamin croise une belle femme avec laquelle il parie dix dollars que son cheval va remporter la course. La jument qui s’appelle duchesse, se place en tête de la course hippique. Mais dans la dernière ligne droite, c’est le drame, elle chute ! Mon père tape du poing sur la table, et crie « putain de mirde ! » Et ma mère, « ô mon Dieu » en touchant sa petite vierge marie qu’elle a autour du cou. Je pense à T.J et avec mes frères ont crie « pleures pas T.J ! ». Le gamin n’a pas entendu à travers la télé nos cris, il chiale déjà et fonce rejoindre son cheval écroulé sur le champ de course. Toute la famille Santaki est au bord des larmes. De retour aux écuries, le cheval s’en sort, le vétérinaire donne le diagnostic. Ce n’est qu’une blessure superficielle. Nous sommes tous soulagés. La femme qui a parié avec le gamin, arrive dans l’écurie pour prendre des nouvelles. Elle voit le père du petit, qui n’est autre que son ex-mari. Elle réalise que le môme est son fils, qu’elle a confié à son ex. Son père lui met un coup de pression pour partir « Ça fait sept ans que tu es morte, colles toi ça dans la tête » et ne pas apprendre son existence. La juge a donné la garde au père, et que la mère a refait sa vie. Mon père s’énerve, et balance : « Connasse t’as abandonné ton fils ! » Personne ne tente de calmer mon père, par peur de se manger un coup. La mère du petit, demande en rigolant de rembourser les dix dollars puisque Duchesse a perdu, et invite T.J à passer une journée avec elle.

T.J débarque sur un énorme bateau, il porte un petit costard bleue. La vérité c’est qu’une dareune comme ça, je l’aurai pas lâché. Champion ou pas champion. La journée se termine, et le gamin rejoint son père avec un tas de cadeau. Alors que tout semble beau dans le meilleur des mondes, le champion fait le con. Il joue aux jeux depuis toujours, et doit 2000 dollars. Le champion qui agit comme un schlague, signe une reconnaissante de dette, et met en gage le cheval de son fils. Il récupère l’argent auprès de son ex-femme, mais trop tard, le prêteur vient récupérer Duchesse. Fou de rage, Billy cogne le type et son acolyte. Les gens tente de le calmer il tape tout le monde, et casse la mâchoire à un flic. Il est expédié derrière les barreaux. Un avocat, payé par son ex-femme vient l’assister. Et y a cette scène de ouf. Le gamin rejoint son père en cellule qui décide de le confier à son ex femme. T.J avec  sa petite voix innocente supplie son père, il dit qu’il mangera moins, sil te plait champion comme toi je ferai comme toi.  Le père agacé et vénère lui balance une baffe. Le gamin a les larmes aux yeux et continue à supplier son père. Cette scène m’a marqué car elle me fait penser à mon frère Hicham, qui a été élevé par ma grand mère, et arraché par ma mère à l’âge de cinq ans. Il ne voulait pas entendre parler d’elle. Pour lui, elle n’était pas sa mère. Je vois mon frère, pleurer. Et je suis contaminé par ses larmes. Le soir même dans la chambre il me parle de T.J et me dit qu’il a mal loin de sa maman d’adoption. Véridique.

Alors que le film dure deux heures, c’est à la fin qu’on voit un peu de boxe. Le champion a décidé de remonter sur le ring. Certaines scènes ressemblent à celle avec mon daron, il court pendant que le gamin fait du vélo. Ils se mettent à danser.

Le jour du combat arrive, et le père est dans les vestiaires. Son entraîneur lui fait les bandes, son gamin est là. Les deux adversaires se croisent du regard. Le gamin fixe l’adversaire de son père. Le match débute, dans la foule les amis du champion sont là et également son ex-femme. Billy envoi la même combinaison gauche-droite-gauche qui rentre en pleine tronche de son adversaire. Il mène le match et se permet d’envoyer au tapis le jeune prétendant. Le gamin dans le coin de son père, lui essuie les épaules entre les rounds. Le père du petit se retrouve en difficulté, et pleure en voyant son père manger des coups. On pleure tous aussi sauf mon père qui se lève et balance les consignes à Billy ; monte la garde, fais pas le cave ! Le combat se termine, quand Billy met K.O le type. Mais il est salement amoché, et rejoint les vestiaires en délirant. Il fait un malaise, et son staff l’allonge. Il réclame son fils qui pleure toutes les larmes de son corps, il demande à son gamin pourquoi il pleure. Et mon père se tourne vers nous et nous dit, et vous pourquoi vous pleurez là ?! Il a gagné ! –  Le docteur vient dans les vestiaires, et donne le verdict. Le champion est mort. T.J est effondré et crie contre le corps inerte de son père  – Non… Non… Champion, il est malade. CHAM-PION RE-VEI-LLE TOI… Le champion réveille toi… Le Champion réveille toi… Pas maintenant, il faut rentrer à la maison ! – La scène dure plusieurs minutes, et je n’ai qu’une envie ne plus voir ce gamin pleurer. La vérité c’est que le père du petit est mort, et qu’il ne rentrera plus à la maison. Dans notre trois pièces, c’est un silence de mort. Ma mère a les yeux rouges. Mon père sert des dents. La mère du p’ti rentre dans les vestiaires avec un sourire, qu’elle perd quand elle entend «  Il est pas mort, champion » Puis le gamin s’avance et se colle à sa mère qui ne verse pas une larme. Mon père s’emporte et crie – T’es contente connasse tu vas garder le gosse !! –

Le générique défile, et mon père nous envoie au lit. Dans le fond, on se rend compte que l’apparence ne veut rien dire. Sous sa chevelure dorée, ses yeux bleus, et sa petite voix, T.J montre qu’on peut être un vrai bonhomme, et avoir plus de problèmes que le plus K-sos d’entre nous, sans le démontrer. Ce film, montre aussi à travers l’histoire de ce gamin, élevé sans sa mère, et qui perd son père que  » L’amour n’existe pas, mais qu’il existe des preuves d’amour ».

Rachid Santaki


Qu’est ce qui pourrait sauver l’amour ?

18 décembre 2009

« Dix piges dans tes bras, je rêve dans tes draps, je vis dans tes drames » Booba, Maman dort.

1985. Au cinéma, John Rambo sort ses gros muscles et ses armes pour sauver les portés disparus au Vietnam. Marty Mc Fly cherche à retourner dans le futur et sauver le Doc. Sur les ondes, Daniel Balavoine nous chante que l’amour est en danger et qu’il faut le sauver, son disque se vendra à plus d’un million d’exemplaires et me donnera envie de chialer.

Mars, 1985. Saint Ouen. Je suis revenu de la classe de neige à Saint Véran depuis quelques semaines et mes frères m’ont manqué. La vérité, c’est qu’avec ce séjour j’ai fui les problèmes à la maison qui commencent à peser dans ma vie d’enfant d’onze ans. Mon père a quelques problèmes avec la bouteille et j’ai aussi les miens : d’énormes lunettes et de gros cheveux (cher copain et copine lecteur tu trouveras ci-joint une photo dossier).Dans ma classe, et d’après mes camarades, les plus belles meufs sont une brune aux yeux bleus, et une châtain clair : Carole Lafond et Katell Lepollotec mais je suis fou amoureux de Virginie Lattenzio, une petite meuf toute maigre avec une coupe garçon, et des lunettes. Copine et copain lecteurs, je sais ce que tu penses mais les goûts et les couleurs ça ne se discutent pas ! Mes meilleurs potes sont mes voisins, Bruno Geniller, Samir et David Atlan. A l’école, c’est vraiment la belle vie.

A la maison, depuis mon retour de la classe de neige ma mère écoute une chanson d’un certain Daniel Balavoine. Il s’est fait connaître avec un titre « Le Chanteur » où il raconte les différentes étapes de sa vie d’artiste : ses envies, ses rêves. Il décrit un musicien qui connaît un immense succès mais qui veut mourir malheureux. Il a depuis enchaîné les succès avec « Mon Fils Ma Bataille » et « Je Ne Suis Pas Un Héros ». C’est l’une des stars des années 80 et surtout un type qui semble sincère, et accessible. Ma mère écoute sa musique après les scènes de ménage et les absences mon père. La vérité copine et copain lecteurs, c’est que la musique de Balavoine met du baume au cœur de ma mère, et rien que pour ça le gosse que je suis, kiffe !

Cinq ans plus tôt, le chanteur a marqué les esprits lors du journal télévisé sur Antenne 2. Alors que François Mitterrand est l’invité du journal de midi, et que le président commente l’actualité en répondant aux questions des présentateurs. Daniel Balavoine s’énerve et quitte son siège car il sait qu’il va avoir la parole que quelques secondes. Après avoir quitté sa place, il revient et s’exprime sur la jeunesse, les ouvriers et même les immigrés : « Ce que je voudrais savoir, ce qui m’aurait bien intéressé c’est à qui les travailleurs immigrés payent les loyers qu’ils payent, on a vu tout à l’heure des gens qui disaient : « on payent 700 francs par mois », moi je voudrais savoir qui encaisse de l’argent pour louer des poubelles pareilles c’est ça que je voudrais qu’on me dise, c’est pas savoir comment on peut faire pour changer, je voudrais savoir qui ose tout les mois demander 700 francs à des travailleurs immigrés pour vivre dans des poubelles et dans des taudis, ça c’est ça que je voudrais qu’on m’explique parce que moi je ne le sais pas » François Mitterrand intervient et encourage l’initiative et la personnalité du chanteur. Après ce plateau, la popularité du chanteur et sa musique vont prendre une ampleur grandissante. Des millions de personnes en France aiment le chanteur, ma mère fait partie de son public, du coup moi aussi.

En 1983, alors qu’il participe au Paris Dakar, Daniel Balavoine découvre l’Afrique : la misère, et les enfants qui meurent de faim. Il s’engage et fonde avec ses amis Michel Berger et France Gall l’association « Actions Ecoles » pour combattre la famine et l’éducation. A la maison, ma mère écoute de plus en plus ses chansons. Sauver l’amour est sa préférée, ses paroles me font réfléchir : qu’est ce qui pourrait sauver l’amour. Pas la juge en tout cas, qui prononcera le divorce quelques années plus tard.

En 1985, son album sort et c’est le single qui me marquera. Il chante l’Aziza, un mot qu’on entend au bled et qui signifie chérie, bien aimé. Dans le clip on voit une très belle femme, mate de peau. Alors que le single rentre timidement dans le top 50 de Marc Toesca, il occupera pendant huit semaines le top du classement. Daniel meurt en janvier 1986 dans un accident d’hélicoptère. J’apprend ça à la DASS, ma mère s’est sauvée de la maison, et nous avons été placé par la juge dans un foyer d’accueil à Denfert Rochereau. Personne n’a sauvé l’amour, et plus tard Oxmo Puccino fera un morceau : L’amour est mort, qu’il le sache ça m’a surpris…

P.S : Copine et copain lecteur, si après lecture de cet article tu déprimes et que tu tentes l’irréparable, l’auteur  ainsi que Rémi sans famille et son singe, Princesse Sarah et le grand père d’Heïdi déclinent toute responsabilité…  Merci de ta compréhension.

Rachid Santaki

Bande son :

Sauver l’amour – Daniel Balavoine
L’amour est mort – Oxmo Puccino
Maman Dort – Mokobé feat Booba
We Are The World – Usa For Africa


C’était mieux les anniversaires !

23 août 2009

Les années défilent et tu fais le bilan comptable de ta vie lors de deux grandes occasions, le jour du nouvel an ou celui de ton anniversaire. Et y a pas à dire, les anniversaires c’était mieux avant !

gateau_anniversaire

Un jour d’octobre 1987.  Michael Jackson sort son album « Bad », c’est aussi cette année que Los Lobos cartonne avec La Bamba. Les films Over The Top, Predator, L’arme Fatale et Crocodile Dundee pètent le scores d’entrées dans les ciné. Nous sommes la vieille de mon anniversaire, et demain nous serons mercredi. A cette époque, je suis au collège Jean Lurçat à Saint Denis – Je traine avec mes camarades de classe : Nordine, Wanou, et Mimi. Sinon à Saint Ouen, je joue souvent avec mes frères dans notre paisible résidence du quartier Bachelet. On s’amuse avec les mêmes familles que j’ai plusieurs fois citées, et le mec qui fait le show, c’est Teddy Hubert. Il est devenu notre ami, depuis que mon frère Hicham l’a embrouillé et tapé. Pour une histoire de ballon ou je ne sais plus. Bref. Ce jour là, ma mère a décidé d’organiser mon anniversaire. Et pour l’occasion on a invité notre ami, Teddy. ce mec, c’est à l’époque l’as des as. Un métisse qui est vif, un rire de chèvre, et des pieds agiles pour jouer au foot. Normal. Son oncle c’est Bébert l’entraineur du club de foot de la rue des Bateliers.

Ce jour m’a marqué car c’est la première fois qu’on fait rentrer quelqu’un chez nous. La vérité, c’est que mon père ramassait les meubles dehors. Il était déjà écolo, et finalement il était visionnaire. L’intérieur de notre trois pièces était tellement dépareillé qu’on aurait bien eu besoin de la blonde qui refait les appart’, Valérie Damidot d’M6 Déco. En plus avec nous elle aurait rigolé, mon frère de onze ans dormait dans un lit à barreau pour nourisson. Et mon frère et moi dans un lit superposé en métal. Le papier peint était d’époque 70, alors que nous étions à l’aube des années 90. Comme dit Rohff, on enviait la belle vie de Ricky, parce qu’on se disait qu’est ce que c’est bon d’avoir du fric. Et si y avait eu facebook on aurait fait un groupe pour le dépouiller le petit Ricky. Avec le temps bien sur, on a compris que l’argent c’est juste un moyen et pas une finalité. Tout dépend de ton camp… On invite donc notre pote ce jour là, et on partage un gâteau à l’Ananas fait par ma mère avec une boite de conserve, et de quoi faire un quatre quart. C’était mignon, car elle l’avait fait avec le cœur, et on a tous kiffé, pour le cadeau je ne sais plus si elle m’a donné quelque chose, je crois pas mais c’était déjà grandiose.Notre soirée de ouf s’est terminé super tard, 22h30… Pour l’époque c’était l’équivalent de deux heures du matin aujourd’hui. (copine et copain lecteur ne me demandes pas de t’expliquer le calcul…)

On a même fait  des photos souvenirs de ce moment là. Mes frères cadets sont là, et on pose devant un classeur de Jordan pour les souvenirs, Teddy sourit tellement qu’on voit ses grandes dents. Des ambiances comme celles là, je n’en ai plus jamais revu, normal mes parents se sont séparés, et d’autres événements ont fait que ce ne serait plus comme avant. J’ai revu la dégaine de l’époque, y a quelques années. Hum…Nan, franchement mortel ! Carreaux, moustache en matière duvet et par contre attention !!! Je portais mon survêtement Adidas, le Challenger… Mes frères le Laser, et Teddy avait son survet avec l’écusson de l’équipe de France de foot. Les années suivantes ont défilés. Avec une certaine morosité. On a perdu des gens qu’on aime, gagné d’autres. Un peu comme à chaque mort, une nouvelle naissance. Et je n’ai jamais refait d’anniversaire. Je garde en tête cet excellent souvenir, et je rêve de fêter ça avec les mêmes personnes, mais comme le dit NTM – La vie ne fut jamais un long fleuve tranquille – Et c’est valable pour chacun de nous, sauf pour le petit Ricky qui a bien grandi depuis.

J’ai compris plus tard, que Teddy était un brave type. Et qu’il avait l’instinct de survie. Il vivait à l’époque chez ses grands parents, car c’était un gosse du divorce. Un mec plein d’énergie. On s’est revu mais on a grandi et les gosses que nous étions sont loin derrière… Quoi qu’il en soit y a pas à dire, aucun anniversaire ne pourra détrôner celui là…

Rachid Santaki


Mike Tyson

18 août 2009

Aujourd’hui, il n’est plus le même, les médias parlent de lui dans les rubriques faits divers ou people. Pourtant, dans les années 80 Mike Tyson a effrayé les plus « lourds » des rings …

Tyson 1On est dimanche après midi. C’est le jour où mon père va au PMU vers midi et demi, et revient pour qu’on mange tous en famille. Souvent ma mère cuisine des légumes verts, parce que c’est juste une boite de conserve à ouvrir, et un gigot à mettre au four. Un grand moment, le dimanche. On regarde la télé : « Starsky et Hutch », « achipé achopé », et on finit l’après midi en bas de chez moi à Saint Ouen, à jouer avec les voisins. Au bout de quelques heures, ma mère nous appelle – C’est l’heure de rentrer ! –

Mon père aime la boxe. Il en a fait au bled, et parfois dans les cafés. Un jour, j’ai vu mon père coucher un gars au bistrot. Mon père ne rigolait pas avec l’honneur, et pour le prouver tout simplement  il pouvait te balancer un gauche-droite, et te laisser au sol, sonné. Je comprenais pas ce qui animait avec autant de rage mon père, je l’ai compris plus tard en observant et décryptant  Mike Tyson.

Je m’assoie dans le canapé. La télévision est allumée. Je ne me souviens pas si c’est sur TF1 ou Antenne 2. Je n’ai même pas eu le temps de bien m’installer que le combat commence. Deux gars, vêtu de culottes noires. On dirait des potes, parce qu’ils  ont le même short. Puis la voix du commentateur s’élève. A cette époque, moi qui kiffe Mister T allias Barracuda, je me dis que ces deux types sur le ring ne lui arrivent pas à la cheville. Sinon ils joueraient le role de Barracuda dans l’agence tous Risques ? Je me trompe ? Le plus petit, Tyson a corrigé le plus grand en deux rounds, Trevor Berbick. Tyson l’a envoyé une première fois au tapis, une seconde puis une troisième fois. Mon père sursaute – Il est KO ! – Effectivement, Berbick est terminé entre les cordes. On dirait qu’il est bourré. Le match n’a pas duré longtemps. Et tyson en livrera d’autres impressionnants comme celui là.

Le lendemain, dans la cour du collège on ne parle que de lui. Mon pote Pascal Darreau et d’autres camarades refont le combat – Il a mis des sacrés patates – dit Pascal aux autres. Darreau était vraiment sympa, son père avait une boucherie tout près du métro Garibaldi. Je les écoutent parler de la performance de Tyson mais Je n’aime pas trop la boxe. Mon père m’a inscris à cette période mais je ne suis pas motivé et je  réussi même à me faire chasser de chez Mickalef. Tyson est balaise. Il est brutal avec ses adversaires, il esquive les coups et remise par des séries très rapides et puissantes. J’aime bien la rage qu’il dégage, et il m’impressionne mais ma référence en tant que Boxeur reste à cette époque des années 80 Mister T. Je n’ai pas encore vu Rocky, mais je trouve qu’il a quelque chose de fort, avec cette crète, et ce bouc, une expression du visage très bestiale dans cette photo affichée au cinéma de l’Alhambra.  Si le face à face Rocky et Clubber Lang me fascine c’est parce qu’en vrai, on a pas de magnétoscope à la maison, et les autres si. Et c’est pour ça que je suis resté bloqué sur Rocky. Les autres l’ont vu et revu.

Par la suite, et à la DASS, j’ai découvert Rocky 4, et aussi le 3. J’ai vu la boxe autrement, et je me suis intéressé à Tyson. J’ai découvert ses entrainements et ses footings très matinaux. Une fois, il a répondu à un journaliste, qui lui posa la question, sur la raison de ses footing à trois heures du matin. Tyson avec la capuche sur la tête lui dit – Je suis sur qu’à cette heure ci mon adversaire dort !- J’ai souvent fait comme lui, lors de mes insomnies, sauf que je n’avais pas d’adversaires. Les années sont passées, j’ai quitté le collège, et même Saint Ouen. J’ai découvert la vie de Tyson. Sa force, et paradoxalement son innocence d’enfant qu’il avait gardé et qui ont permis à sa femme Robin Givens, Don King de le dépouiller. Tyson n’était pas un tendre avec les femmes, et parce qu’il était surtout un enfant effrayé. On peut être le plus fort et le plus explosif du monde, mais en fait, on peut se faire coucher par les sentiments… C’est ce que m’a appris un type comme Mike Tyson. J’ai quelque part grandi avec lui. J’ai gagné, perdu à ses cotés comme ce fameux K.O à Tokyo en 1990.  Et j’ai même été triste quand il l’ont mis au placard pendant trois piges. Je me disais que cette histoire de viol, c’était pas lui… Je n’ai jamais rien compris. Je me souviens de ce dimanche matin, où Canal Plus a diffusé la sortie de prison de Mike Tyson. Il s’était converti à l’Islam, rebaptisé Malik Abdul Aziz, et tout ce qu’il y a eu autour de sa sortie m’a touché. Je me disais qu’il allait tous les coucher. La réalité encore une fois, l’a rattrapé et m’a sonné. Tyson, n’était plus que l’ombre de lui même, un triste souvenir parce que sa rage s’est étouffée sous les draps de la prison de Minneapolis, avec ses pleurs.  Au delà de sa violence, Tyson était un enfant qui n’avait pas fini de grandir. En 1995, il a perdu par K.O contre Evander Holyfield, puis lors de la revanche Iron Mike en est arrivé à craquer pour lui arracher un bout d’oreille. Tyson s’est fait terminer par Lewis en 2002 et depuis n’a plus brillé. Puis y a eu ce  film-documentaire sur sa vie qui n’est jamais sortie. Et ce champion qui a énormément grossi.

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Avec le temps, et un peu comme Tyson, mon père a cessé de coucher les gars dans les cafés. Avec le temps Léo Ferré disait que tout s’en va, je pense que quelque part, c’est vrai. Tyson a perdu sa rage, avec le temps. Et j’espère juste que Mac Tyer se trompe quand il dit qu’il – Y a plus de boss, même Tyson peut se faire coucher par Lara Croft – Mon père, je ne l’ai pas revu depuis, alors je ne sais pas si avec le temps, sa rage s’en est allée…

* Nous ne remboursons pas les mouchoirs utilisés à la suite de la lecture de cet article – La Direction –

Rachid Santaki


Le Bois de Boubou (Partie 1)

2 juillet 2009

« Tu connais ma ville j’ai vu ta plaque au bois d’Boulogne » Booba – Indépendants

Cher copain et copine, l’article (et surtout la seconde partie) que tu lis concerne beaucoup de gens, je ne balancerai pas de noms pour des raisons de confidentialité mais certains vont se reconnaître… Pour cette première version, je serai soft parce que ce blog est « grand public ».

BOIS DE BOUBOUQuand t’es un mec de cité, t’as une principale difficulté dans la vie. Cette difficulté ce sont les meufs ! Et oui ! Traîner à plusieurs fait peur à la gente féminine, et j’parle même pas du fait que t’aies une tête de ouf… Si copain lecteur tu n’as pas cette difficulté, soit t’es un BDM (Bouffon Des Meufs), soit t’es pas un mec de cité…Ou autre hypothèse t’es avec une meuf de CPPN*. Pour ma part et surtout pour me disculper des lignes qui vont suivre, j’étais un BDM et en plus pas vraiment un mec de cité.Beaucoup de mecs de la région parisienne ont passé leurs soirées à la foire du trône, à la crêpe de Montmartre, ou sur les champs. Mais il y a un endroit que beaucoup d’entre eux ne te citeront pas : Le bois de Boubou dit dans le jargon « la forêt de Sherwood ». Une attraction que les gens de province ne connaissent pas et ne peuvent pas comprendre…

1991. Cette année là, c’est la guerre en Irak a lieue,  Serge Gainsbourg s’éteint, les Inconnus interprètent Auteuil Neuilly Passy et le belge Benny B s’affiche en salopette customisée Simpsons et fait son lover dans le clip « Dis-moi bébé ». Nous sommes au mois de juin. L’après midi se termine, je suis avec le grand frère d’un de mes potes aux étangs de Cergy Pontoise. Nous sommes trois, son pote qui fait de la mécanique, un rescapé du BEP chaudronnier ne parle pas. Alors qu’on galère avec le chien du grand frère de mon pote, je me retrouve face à deux meufs. Une métisse et une rebeu. Le chien se précipite sur elle, la meuf est effrayé, et elle crie ! C’est l’occasion pour nous de taper la discussion, gratter l’amitié et plus si affinité. Après quelques échanges, l’œil du grand frère de mon pote brille. Je fais le taff, met l’ambiance et lui a déjà son plan. Les filles nous suivent et après avoir déposé son pote qui n’a pas dit un mot de la journée, et le clep’s sur saint Ouen.

Nous passons la soirée à tourner dans Paris, avec zéro franc en poche, et quelques litres d’essence. Avec sa bagnole, il nous fait visiter le coté sombre de La Capitale, le bois et ses environs. Cette soirée va être mémorable pour deux choses, tout d’abord les phénomènes surnaturels que nous allions rencontrer et ensuite la colère de mon daron. Je ne l’ai pas averti que je passe la nuit dehors. Les deux filles sont copines, et la rebeu a dit à ses parents qu’elle passait la nuit chez la métisse. Le grand frère de mon pote est indépendant, il a sa propre voiture. Une Renaut 5, à l’époque c’est l’équivalent d’une Clio. Dans sa caisse, le son qui passe est d’une violence : The Crusaders « Street Life », Jocelyne Brown « Somebody Else Guy’s », Délégation « You and I »… La cassette a tourné, et été retourné. Et il s’improvise guide de Paris. Il est 23h00 passé et on se dirige dans le bois de Boulogne. Là bas, c’est la foire du trône mais au lieu d’avoir la femme à barbe, t’as beaucoup plus ! J’ai entendu parler de ce qu’on appelle travelot, mais je constate le phénomène. Imagines toi que t’es assis dans le siège du Renault 5 et qu’au milieu de la route t’as le sosie de  Maradona qui traverse la rue avec une paire de seins, ou encore un autre qui mesure deux mètres, collé contre un arbre, vêtu d’un string qui affiche une paire de seins mal faite puisqu’il a le sein gauche beaucoup plus gros que le droit. Les voitures s’arrêtent, et l’activité bat son plein, nous sommes étonnés, et mort de rire. Le grand frère de mon pote, en nous amenant ici, savait que l’amusement serait garanti. Plus vicieux que ça il a amené les filles dans une rue bizarre, où un groupe de mecs se sont jetés sur la voiture. L’une des filles a hurlé, y avait de quoi l’un des mecs avait mis un nez de clown sur son kiki, et qui le colle contre la vitre. Nous étions dans la rue des B, et ces pauvres types faisaient l’attraction des caisses qui passent. On termine la soirée à rigoler de tout ça…

Le lendemain je retourne en cours à Blanqui, mon père vient me récupérer et me colle un crochet du gauche et un uppercut du droit. Je suis resté en semi liberté quelques semaines avant de partir au deblé, il m’a bien sur pendant plusieurs années reproché cette sortie. Si c’était à refaire, je n’hésiterai pas une seconde, car  y a pas à dire le boisd e boubou c’était vraiment mieux avant !

Dans la seconde partie tu découvriras comment les mecs de cités ont investi la forêt de Sherwood…fous rires garantis.

Rachid Santaki