Le BEP chaudronnier

1 juillet 2009

« Tu demandes à chaque mec des cités, t’as quoi comme diplôme, m’fin comme brevet ? Il va te sortir j’ai un BEP moi » – Peu de gens le savent –Opéra Puccino – Oxmo Puccino

Copain lecteur, et copine lectrice, cet article va rétablir les vérités sur le BEP. Car que tu aies un Doctorat, MBA ou encore un BAC plus 10, remballes car moi j’ai un BEP…autrement dit BAC moins deux et tous ceux qui sont passés par là te le diront…C’était mieux avant le BEP.

130869_Le-diplome-du-BEP1990, Saint Ouen, Lycée Blanqui. Le conseil de classe de seconde est terminé, et la nouvelle vient de tomber : Je dois redoubler, ou être réorienté…Attends copain et copine lectrice je t’explique ce que je kiffe…(Non, je l’ai déjà utilisé la rime de Kool Shen…) où ça se complique. Un palmarès de cancre : CP redoublé, 5eme redoublée et voilà qu’après être revenu dans le circuit général bien que la conseillère d’orientation aie réussi à m’orienter en 4eme techno, je suis face au mur de l’éducation nationale. Pas grave, je me barre en vacances au Maroc à mon retour et je chercherai une solution…

Le Globe, c’est un peu l’école de l’avant dernière chance car il faut l’avouer la dernière chance à l’école c’est le BEP chaudronnier (Une pensée à tous les victimes de ce BEP). Pour ma part, mon passage en BEP comptabilité est un accident de parcours (en réalité je crois que ma scolarité toute entière était un accident). Après mon retour tardif du bled, sans école, je trouve un établissement qui m’accepte. Stains, Le Globe. Le lycée professionnel se situe dans une ancienne école primaire. La directrice m’a prévenu, je vais être dans une classe qui est quelque peu « agitée ». Elle aurait du plutôt me dire que je vais être dans une version Harddcore du collège fou fou fou… Rei, Jim, et les autres onté été remplacé par Kader, Mohamed, Rafik et Mickael ! Je me retrouve dans une classe, qui d’après notre professeur de comptabilité est la pire de ses vingt années d’enseignement. Pour nous, élèves de cette classe, ce sera la meilleure de notre vie. Dois-je commencer par Mickael D qui nettoie en cours ses Reebok classik avec un blanchisseur ? Et qui a déballé un livre de boules à la prof  après qu’elle lui a demandé – Mickael que lisez vous ?- Mohamed Baklouti qui était à fond dans le hip hop et le  rap « qui sème le vent récolte le tempo » ? Ou encore Gregory L, celui à cause de qui l’expression « mytho » s’est introduit dans les salles de classe (qui était d’ailleurs la victime de la classe) ou de Kader B qui montrait ses fesses gratuitement…Bien sûr notre classe était à la norme de la parité. Il y avait toujours une meuf pour ramener sa grande gueule, dans la notre c’était Sonia Z. -Mais non les gars ça se fait pas- Il manquait juste la bombe. On n’avait pas de Jessica Alba, je crois que la meilleure c’était Karima F. On l’aimait bien Karima. Nous sommes mercredi. Il est midi, toute l’école est compressée dans le bus numéro 142 (l’équivalent du 183 d’Ivry- Vitry-Choisy-Orly). Le chauffeur démarre, une voiture s’amuse à klaxonner à répétition. Apparemment l’attention des passagers se porte sur cet Opel Corsa blanche. Au volant un des gars de ma classe, Hakim A avec bien sûr Kader. Il lâche un sourire aux passagers du bus, puis colle ses grosses fesses (poilus) à la vitre. Des barres… Je crois qu’à la base Kader n’avait pas de pudeur. Vraiment pas, il lui arrivait de se promener tout nu dans les couloirs pendant la récréation, en criant « ahhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhh !!! ». Ce qui était bien en cours, c’était nos échanges avec les profs. Le cours dégénérait automatiquement quand Kader commençait à chambrer les prof en live. Je me souviens que le prof d’anglais essayait de nous faire parler en anglais. Bien sûr ce n’était pas le pays des merveilles cette classe. Et nous avions quelques jeux violents. Avant chaque cours d’EPS, nous faisions des «  tous contre un ». La règle ? Très simple ! Désigner un gars et tous le savater, coups de poings, de pompes. Certains voyaient en ce jeu un exutoire. Tout le monde s’en mangeait plein la gueule. Sauf Mickael et moi, dès quelqu’un voulait nous porter un coup. On  utilisait chaise, coup de genou, coup de coude et autres techniques de la boxe thaï. Les mecs se déballonnaient. Par contre, quand c’était le tour de Gregory L, c’était l’inverse tout le monde se défoulait. Notre jeu a cessé le jour où il a reçu des coups au sol, qu’il a eu une crise d’asthme, qu’il a failli mourir. Non, le BEP comptabilité c’était bien, malheureusement on a été que trois à l’avoir. Aujourd’hui Kader est responsable chez Paul, il montre moins ses fesses. J’ai des nouvelles de Mickael qui nettoie toujours ses Reebok, et de Karima. Et tous te le disent, le BEP c’était mieux avant…

Rachid Santaki


Ma première console de jeux vidéos

29 juin 2009

Qu’elles soient PSP, PS3, xbox 360… Les consoles de jeux sont de plus en plus techniques au niveau du graphisme, des scénarios, de la « jouabilité ». Une évolution qui ne pourra jamais égaler ma première console, l’Atari 2600.

atari26001985. Je suis au collège Jean Jaurès à Saint-Ouen. Mes principaux jeux à cette époque sont le foot, récréA2, le club Dorothée. Comme tous les dimanches, avant ma série préférée « Starsky et Hutch », mon père va faire son tiercé. Il m’emmène avec lui au café PMU de la mairie de Saint Ouen. Pendant qu’il parle avec ses potes de la cote d’Ourasi (le bourrin le plus célèbre des cités), je m’écarte. Devant moi se trouve une console de jeu. Un adulte termine sa partie. Il s’acharne sur la manette. A peine il s’éloigne que je me jette sur la manette. A mon tour, je m’acharne en dirigeant la manette dans tous les sens. Rien n’y fait. Je ne contrôle pas la partie. Véritable tâche en anglais, je comprends pourtant que les mentions « Game Over » et « Insert Coins » affichées à l’écran signifient qu’il faut du fric. Je demande donc à mon père une pièce. Lancé dans ses pronostics, il me lâche deux francs. Je retourne devant le jeu, la partie commence. Je me bats contre des monstres. J’envoie des rayons laser sur mes ennemis. Ils s’approchent. Je ne réussis pas à tous les détruire. Je perds une première vie… Une deuxième… Une troisième… « Game Over ». Ma partie est finie. Je suis dégoûté, c’est passé trop vite. Mon père a fini ses jeux. Il rentre à la maison pour voir la course du tiercé sur TF1. De retour à la maison. Je pense à cette partie, trop courte. Le lendemain, au collège, je parle avec mon pote Pascal Darreau de ce jeu. Il me dit qu’il a une console chez lui. Qu’il y joue tous les jours. Avant d’aller à l’école, après et pendant les vacances. Dès lors, je ne pense qu’à une chose. Avoir une console de jeu à la maison. Je n’aurais plus à mettre de pièces, j’aurais tout mon temps pour faire des parties. Seul problème, le budget. Si mon pote a une console, c’est parce que son père a une boucherie. Il a de l’oseille. Mon père n’a pas de boucherie, il a juste sa Renault 18 et une carte famille nombreuse. Avec mes frères, nous supplions notre mère. Notre but ? Avoir une console de jeux vidéo. Nos moyens de l’obtenir ? Les promesses : ramener de bonnes notes, ranger notre chambre, cesser de nous battre. Nous sommes déterminés, pour arriver à nos fins. Ma mère cède, elle décide de nous acheter une console de jeux, d’occasion, bien sûr. Le budget ? 400 francs. Quelques jours plus tard, c’est le grand jour. Nous découvrons notre console (vraiment d’occasion). Elle est dans un sac plastique Prisunic. Nous sortons la console de couleur noire. La marque Atari. Elle est futuriste avec six interrupteurs : mise en marche, la couleur ou le noir et blanc, difficulté de jeu, … Et deux manettes. Des jeux. Il y en a deux. L’un de tennis avec un superbe visuel, l’autre est « Space Invaders » (le jeu du café). Nous nous accoutumons avec ce nouvel élément. Une demi-heure pour brancher la console. Une autre, pour se rendre compte qu’une manette ne marche pas. Après ces péripéties, dues à un retard dans l’utilisation des technologies, nous allumons enfin la console. Le plus drôle ? Peut-être le son, des bruits basiques et vraiment électroniques ou encore la qualité du graphisme d’époque. Sur la pochette du jeu de tennis, on voit un joueur en plein effort avec un superbe graphisme. Mais une fois la cartouche enfoncée, la partie commencée, le graphisme ne correspond pas du tout. Le joueur est une barre, et la balle de tennis, un carré ! Je fais abstraction du manque de ressemblance avec un match de tennis, je joue. Je m’en fiche, j’ai ma console de jeu. Au bout d’une heure, mes frères et moi réalisons que le jeu est tout pourri. Alors nous passons au second jeu, « Space Invaders ». Il n’y a aucune différence avec le jeu de tennis. Des barres et des carrés. Pendant quelques jours, nos potes ne nous voient plus. Normal. Nous avons découvert l’Atari 2600. Il faut quand même préciser que la console est sortie en 1982, que nous sommes en 1985. Quelques années plus tard aura lieu une véritable révolution, souvenez-vous de la Master System, d’Alex Kid avec ses grandes oreilles…

Rachid Santaki