1980. L’année où Lio chante « Banana Split », Daniel Balavoine cartonne avec « Mon Fils, Ma Bataille » et Michel Berger avec « La Groupie Du Pianiste ». Cette même année, je flippe ma race en voyant des extraits de « Shining » avec Jack Nicholson. Le sang qui coule sur le mur. Les coups de hache. Sa tête de ouf. Je me dis que s’il débarque chez moi, mon père le couchera avec une droite. (C’est bon arrêtes de flipper, il est jamais venu avec sa hache et sa tête de ouf ! )
Je suis en primaire à l’école Bachelet et à sept ans je tutoye déjà l’échec scolaire. J’ai redoublé mon CP. Après l’école j’attends dans le hall jusque 19h00 que ma mère rentre de son emploi de caissière au Prisunic. Mon père est manutentionnaire au Dock de Saint Ouen, mais pour le style il nous dit qu’il est brigadier de manutention. Je partage mes délires avec mon frère Hicham qui lui aussi a redoublé. Décidément…
La nuit tombée, je suis comme « une bougie seule qu’on a oublié d’éteindre » : Marrakech, les tajines et les couscous de ma grand-mère et les saveurs du bled me manquent. Les histoires de Aïcha Kandisha me hantent. Ici, c’est Saint Ouen, et les plats de ma daronne sont des conserves d’haricots verts, des petits pois et du rôti de gigot.
Du lundi au vendredi mon institutrice madame Padilla nous apprend à lire et à écrire. J’attends avec impatience les grandes vacances et le week end. Tous les samedis matin, mon père m’envoie chercher ses journaux à la librairie qui se trouve à deux pas de chez moi. Le commerce situé sur l’avenue Gabriel Péri est tenu par un couple de personnes âgées. Nous sommes en novembre et l’hiver s’annonce rude. Il fait froid et je porte ma cagoule rouge. Je pousse la porte qui sonne et rentre et avant de demander au vieux monsieur le Paris Turf, et le Week End. Mes yeux se promènent le long du rayon. Et je m’arrête sur un livre avec un type habillé en bleu et rouge. C’est Spiderman, c’est un héros d’un dessin animé passé sur TF1 ! C’est un mec super chaud ! Le vieux monsieur me regarde et il me voit bloquer sur le livre. Il va me chercher un tabouret et me propose de m’assoir. Il me tend la bande dessinée et je m’assois après lui avoir demandé : mais vous allez me la faire payer ?
Il sourit et me dit : Mais non petit.
Sa femme vient me dire bonjour et m’offre des bonbons. Je la regarde et je suis dosé. J’ouvre le livre et je tourne les pages. La vérité, copine et copain lecteur c’est que je ne lis pas bien. Le temps s’arrête, je vis les aventures de l’homme araignée même si je met plusieurs minutes à lire les bulles (rigoles bien, ouais super !). L’araignée a des supers pouvoirs, il tisse des toiles et affronte les méchants. Il se bat contre un super vilain, le bouffon vert. Un espèce de lutin géant avec une tête un peu bizarre, il a un engin volant et envoi des grenades en plein dans la ville. Impressionnant. Les dessins me font rêver. Le couple me regarde et sourit. Puis le monsieur me signale que le temps passe et qu’il faut rentrer.Si il me dit ça, c’est parce qu’il connait mon père.
Je marche sur le trajet. Et je continue à kiffer. Une voiture passe, et je sens tout de suite un danger ! Mon super pouvoir d’araignée m’a averti mais je me suis trompé. Je regarde dans le ciel et me dis que le Bouffon vert peut débarquer pour s’embrouiller. C’est cool d’être Rachid Parker aka Spiderman ! Je marche dans la cour et appui sur l’intérieur de mes poignets mais mon tisseur de toile ne marche pas, heureusement que le vilain n’est pas venu m’affronter. De toute façon je lui aurait envoyer mon père qui l’aurait couché… Il aurait goutté au pouvoir de papa araignée !

Je monte les escaliers deux par deux grâce à mes supers pouvoirs. Je tape super fort à la porte grâce à ma force d’homme araignée. Mon père m’ouvre et me met une gifle. Merde, j’ai plus de super pouvoirs. Il me dit : Vite mon journal, sinon je vais perdre au tiercé ! Chère copine et copain lecteur, ne t’inquiètes pas, mon père ne gagnera pas le jackpote, et tous les samedis grâce à ça je découvrirai la suite des aventures de l’homme araignée et mes pouvoirs vont se décupler. Les aventures de Spiderman étaient celle de Peter Parker : un enfant elevé par son oncle et sa tante. Peter est un grand timide et un gentil garçon et aussi une grosse victime. Un jour sa vie a changé, il a été piqué par une araignée et tu connais la suite. Son oncle assassiné par un cambrioleur, un peu par la passivité de son neveu. Du coup, il combat le mal avec ses pouvoirs : une force, de l’agilité et un sens d’araignée. J’ai compris une chose qu’on était tous comme Spiderman : on avait peu d’amis et beaucoup d’ennemis. Sauf que les siens étaient des oufs : Le bouffon Vert, Octopus, Le Rhino, Le Vautour, Le Caïd et même Jameson le patron de Peter Parker…
Les années sont passées, et un jour le couple est parti à la retraite et a quitté Saint Ouen. J’en ai versé une larme car ils étaient très sympa et aussi parce que je me doutais que je ne partagerais plus ma lecture sur le tabouret. Un nouveau couple a pris le commerce, et ne me proposait pas de m’assoir. Ils étaient jeunes et là pour débiter. C’est ma tante Suya qui m’achetait les Strange. A l’époque le prix à payer pour s’évader était une pièce de cinq francs (75 centimes). Avec le temps, j’ai découvert que je n’avais rien de Peter Parker, et encore moins de Spider Man. J’ai suivi les aventures du jeune étudiant, et j’aimai beaucoup sa tante May, je rêvais d’avoir une meuf rousse comme Mary Jane, mais surtout pas un patron comme Jameson. Je sais pas si les activités de Peter m’ont poussé à fonder un magazine, et écrire mais j’aurai au moins ce point commun avec lui. Après Spiderman, j’ai découvert que j’étais L’INCROYABLE HULK…Mais ça c’est une autre histoire et tu l’as déjà lu !
Rachid Santaki
Publié par rachidsantaki
1983. L’année de mes dix piges, l’époque aussi où Madonna cartonne avec Holiday, David Bowie met tout le monde d’accord avec Let’s Dance et que Michael va bouleverser la musique avec Thriller. Sur le grand écran, Belmondo pète les scores avec “Le Marginal” et “Le Retour Du Jedi” attire les foules. Je vis à Saint Ouen (93), l’école Bachelet, la boulangerie et le marchand de journaux sont mes repères. Je lis les revues Strange avec les épisodes d’Iron Man, Spiderman et Dardevil dans la librairie. On n’a pas de loisir, si ce n’est que jouer de temps en temps dans la cours, et parfois le centre de loisir. A la maison, on est gamin et on ne voit pas les tensions entre nos parents. Mercredi après midi : mon frère et moi sommes en train de nous taper pour le dernier morceau de sucre (Il veut m’empêcher de préparer mon goutter préféré le pain « beurre cacao sucre » (une version discount du Nutella). Chère copine et copain lecteur, toi aussi t’as surement connu ça…
Alors que mon frère est en panique pour les habitants de la terre, le rebeu chinois du générique (en fait c’est lui X-Or mais on le sait pas) dans un ensemble moulant blanc comme celui de mon Big Jim, qui conduit un vaisseau spatial de ouf, reçoit un message. Il doit aller défendre la terre. Le mec super chaud débarque avec la C.T.E (La Cabine De Transfert de L’espace). En quelques coups de manettes, il réduit à néant les méchants. Le vaisseau a le laserotor, un laser qui peut te toucher même si t’arrives au dessus du vaisseau d’X-Or, je sais pas si tu vois le délire ? En gros tu peux pas couiller X-Or… Et crois moi que les C-Rex avec leur tête de mouche bizarre et leur Bomber’s ne font pas long feu, les derniers s’échappent comme des lâches. Tu l’as peut être pas compris, et c’est que t’as pas écouté la chanson, X-Or c’est un shérif de l’espace. Il est membre de l’union des polices inter galactiques, en gros on kiffe sur un flic, un keuf quoi !
Alors qu’il vient de détruire et balancez aux C-Rex qui sont déjà morts - Quand vous voudrez ! Y a la meuf d’X-or qui débarque : Bimmy. Truc de ouf… Elle part sans l’autorisation du docteur Com. En gros, Bimmy est une fugueuse. Et elle fait une phase de ouf, laserovision et se transforme en perruche ! Malgré le fait qu’X-or lui dit qu’il va sur la terre, elle veut le suivre pour aussi se taper. Franchement, Jamel n’a rien inventer avec Kadera, puisqu’en 83 y a eu Bimmy. Sauf qu’elle portait pas de Lacoste. Bimmy fuguera vraiment de la série, et réapparaitra vers les derniers épisodes. Mon frère me demandait souvent le mercredi soir dans la chambre, avec une voix désespérée, tu crois qu’elle reviendra Bimmy ?
Publié par rachidsantaki
1984. A cette époque, y a pas de rap français mise à part Phil Barney (C’est le premier rappeur, véridique !). Le public écoute Jeanne Mas avec sa « Toute Première Fois », Jean Jacques Goldmann vends du disque avec « Envole Moi ». Les seuls sons américains que les grands écoutent sont bien évidemment ceux de Michael ou encore les classiques Chic, Boney M ou Kool And The Gang. Pour moi, c’est l’époque de la primaire avec Monsieur Boudy et sa moustache. Dans ma chambre, j’ai un mange disque orange (tu te souviens ?), et j’y mets les 45 tours de ma mère. Le problème c’est qu’Hervé Villard, Sylvie Vartan, Stone et Charden c’est pas très hype… Parmi mes autres activités, y a bien sur la télévision, mais à cette époque on a que trois chaînes.
Autour de l’animateur d’autres jeunes s’agitent, plus tard j’apprendrai qu’il y avait beaucoup de gens de Saint Denis et quelques références du rap : Joeystarr, Stomy ou encore pour les adeptes de danse, Franck De Louise. Swen qui a assisté à l’enregistrement de l’émission me racontera que sur le plateau, il y avait Futura 2000, un graffiti-artist new yorkais. Mon pote piqué par la culture hip hop au point qu’il défoncera des trains avec son crew, et se fera un nom : 93 MC (93 MAFIA CREW) fusionnera et contribuera au buzz des 93NTM. Y aura cet épisode où lui et toute sa bande passeront toute la nuit au dépôt de la ligne 13 à marquer leurs blase et celui du crew à la bombe sur les trente rames de la ligne treize ! Une addition de 5 millions et demi de francs. S’il s’était fait péter ce jour là… La punition aurait été sévère, mais il a pensé d’abord à la colère de son père, que celle des gars de la RATP. Le premier enregistrement a eu lieu à La Courneuve. La jeunesse des communes des alentours est présente sur le plateau. Les membres de PCB (Paris City Breakeurs) qui feront office de jury et de démonstration pour la leçon mais aussi d’autres invités comme Afrika Bambaataa, Herbie Hancock interviendront pour des playback. Si à la maison, après le gigot d’agneau de ma daronne on danse en faisant le courant électrique, et qu’on descend refaire le truc avec les familles Habert, fournier. Ce qu’il se passe en bas de chez moi, s’est sûrement passé en bas de chez toi et le hip hop s’est répandu dans les cours d’école et dans toute la France. Les plus chauds tournent sur la tête, et d’autres portent un gant blanc, comme celui des schtroumfs. La banlieue se retrouve à travers ce coté funkie du présentateur. La culture hip hop déferle partout. Les crews se forment, et c’est l’effervescence. Le message social de la culture hip hop va prendre une ampleur sans précédent, même la soi disant Tektonik et le rock ne rivaliseront pas. Au bout d’un an, on ne retrouvera plus le rendez vous avec Sidney, le programme devenu trop rock perd son originalité. L’émission disparaît mais aura permis quelque part de toucher tous les jeunes de banlieues et d’installer en France, cette culture urbaine. On a beaucoup parlé d’Harry Roselmack sur TF1 mais Sidney aura été le premier présentateur noir a animer une émission, un dimanche en plus !
Plus tard, j’ai eu l’occasion de rencontrer Sidney, il était professionnel, et a tenté de revenir avec le hip hop mais ça n’a jamais abouti. Cette émission a été mon premier contact avec cette culture, quatorze ans plus tard je découvrirai « Faire kiffer les anges » de Jean Pierre Thorn.. Depuis le courant électrique avec mon refré les années ont défilés, et je suis resté branché. Des gamins qui ont assisté à cette émission ont contribué à cette culture, je pense bien sur à Joeystarr, ou encore à mon pote Swen, y a aussi les pionniers comme Scalp, Franck des PCB, Gabin des Aktuel Force et bien d’autres. Le hip hop est bien plus qu’une culture : une révolution culturelle, il suffit de voir l’influence qu’elle a sur notre société pour se rendre compte que c’est l’art d’aujourd’hui et celui de demain comme le disait les NTM.
Publié par rachidsantaki 
Dans le générique, je vois la silhouette d’un mec balaise avec à la place du bras gauche, un canon laser. En plein générique, alors que je suis assis dans le canapé, le type défouraille direct ! L’épisode commence. Le mec qui vit dans le futur, les années 2000 (Je pense que toi aussi tu pensais que ce serait comme ça en 2000… Et oui, on s’est fait carna). Johnson, un smicard de l’espace est réveillé par son robot, alors qu’on est dimanche. Du coup, après avoir pris un café, le jeune homme se demande ce qu’il va faire aujourd’hui. Il se paye un ticket pour la maison des rêves, et il s’évade en devenant un pirate de l’espace, cobra. En réalité, Johnson ne fait que se souvenir qui il est, cobra. Il revoit sa vie passée, avec son lot de bastons, de trésor et de meufs. Un peu grande gueule, Johnson, emballé par cette expérience et son rêve se vante au casino d’être le fameux cobra, un pirate de l’espace. Après avoir remporté un paquet de fric, le patron du casino le convoque. De là, il se fait embrouiller par les videurs qui cherchent à le tuer, alors que les deux molosses sont sur le point de l’achever, le type découvre qu’il a une arme fatale dans son bras gauche, et leur fais un trou. Impressionnant ! C’est en panique qu’il se sauve chez lui. Mais le patron du Casino qui a découvert que c’est Cobra et qui le cherche depuis cinq ans décide de le tuer. Au final, Cobra l’abat et sous son robot domestique, se cache Armanoïde, une meuf en métal, et fidèle compagne d’arme.
Johnson qui se plaignait de sa routine, réalise que sa vie était plus qu’agitée auparavant. Il reprend la route de l’espace, (ce qui me parait chelou et peu crédible avec du recul, c’est que le type quitte sa vie, et ne pense même pas à faire le nécessaire pour toucher les Assedics) Si les premiers épisodes sont soft, la suite va me mettre en haleine. Cobra au delà d’être un dessin animé moderne, pour l’époque, fait sortir notre coté dalleux. Cobra, est un sadique, au même titre que Nicky Larson. Et du coup, nous aussi. Je me souviens que Marc, un de mes camarades de classe, n’en pouvait plus sur Jane, et Domnique. Un autre de mes potes sortir qu’avec des blondes. Quand à moi, je suis retourné le lendemain au collège, en me disant que j’avais perdu la mémoire et que j’étais moi aussi un pirate de l’espace. La vérité, j’étais juste un galérien de l’espace, mais à défaut d’avoir Dominique j’avais Evelyne, et Linda. Bon c’est vrai elles ne me calculaient pas, mais c’est une autre histoire. (ça te fait rire ? je vais te filer une paire de lunette Plasma, des Americana, et des gros cheveux, tu feras moins le malin !)
Cobra, m’a fait kiffer, car il avait de l’humour, et surtout que c’était un mec humble, et un chaud. Un vrai héros, presque comme moi à l’époque. Tous les aficionados du mec le plus chaud de l’espace te le diront, les épisodes les plus fous étaient bien entendu ceux avec la compétition de Rugball. Un sport violent entre le baseball, et le football américain avec aucune règle, puisque tous les coups sont permis. Parmi les membres de l’équipe, un grand nombre d’entre eux resteront sur le carreau. Je tiens à souligner qu’y avait des têtes qui faisaient flipper… Y a eu bien sur les épisodes de ouf comme l’homme de verre, et aussi Salamandar. D’ailleurs, Cobra ira retrouver deux de ses potos super chauds pour affronter ce redoutable ennemi. La série s’est terminée après m’avoir fait kiffer, bon bien sur à la fin de l’année j’aurai bien voulu avoir un canon laser, quand au conseil de classe, on a décidé de me faire redoubler. Mais ça c’est une autre histoire.
Youpi l’école est finie. Et j’attends les résultats des examens BAC Pro comptabilité. La vérité, copine et copain lecteurs, c’est que je n’ai jamais ouvert un cahier, alors je n’espère pas que le BAC m’ouvre ses bras. Je n’attends qu’une chose, me barrer à Marrakech, retrouver la famille, les sorties et le soleil. Le week-end, je travaille au Ritz. Et la semaine aussi. Là-bas, j’ai fais connaissance d’un type comme moi, comme toi. Mohamed A. Il deviendra mon ami, on se tape quelques sorties comme Le Fun Raï, des virées sur Paris et on se raconte nos vies. Lui, à Noisy, et moi à Saint Ouen. Notre quotidien se résume à la musique, la famille, les barres de rire (même si on n’est pas marrant) et les cicatrices.
Alors qu’on est au taff, Mohamed me parle d’un film : La Haine. Hier soir, il est parti le voir au ciné, et m’a raconté que le film l’a scotché. A la fin, un silence de mort. Normal, il me dit que Vinz s’est fait tué, et le public s’est levé puis a applaudi pendnat quelques minutes. Il m’a dit avoir été touché par la tranche de vie,de ces trois gars de té-ci. Malika aussi, m’a raconté le film. Elle a kiffé. La Haine m’intrigue, les jours passent et nous sommes arrivés au Jour J. Les résultats du BAC sont affiché à Louise Michel, un lycée professionnel d’Epinay sur Seine. Pas de BAC pour Mehdi, moi et pas mal d’autres de mes camarades de classe. Mon pote m’a téléphoné pour me l’annoncer, car la vérité, l’école c’est définitivement fini. L’année prochaine je n’irai plus étudier, je rentrerai dans la vie active. Je ferai ce qu’y a : manutentionnaire comme mon père, ou chauffeur livreur.
La Haine, j’ai du le regarder une bonne dizaine de fois. Lors de mes insomnies à des heures pas possibles, et je me retrouvais avec les trois personnages principaux à galérer. T’as du kiffer avec la scène du Skinhead, et comment le type s’est chié dessus. Une revanche sur ce sentiment d’impuissance. On s’est forcément reconnu, parce que combien de fois avec mes potes nous sommes rentrés à pieds ? Combien de fois avec les meufs on nous a mis des râteaux parce qu’on était des « énervés » ? Et combien de fois on a écouté un p’ti nous raconter que de la merde ? Y a bien sur la mort dans ce film celle de Abdel Ichaha, et de Vinz, tous deux sont partis suite à une bavure policière. Cela te rappelle surement ce sentiment, une annonce, celle du départ d’un être cher ou que tu connais bien. Et un silence, celui de la peine, de la douleur. La haine, ça t’as parlé, nous a parlé, ça leur a parlé parce que pour une fois il pouvait comprendre les maux des mecs de quartiers, et quelque part le ressentir. Parait que Juppé, alors premier ministre à l’époque a organisé une projection aux membres du ministère de l’intérieur, qui se seraient tournés en signe de protestation sur ce que soulevait le film : Les dérapages de la police. La Haine a remporté des prix, celui du meilleur montage, meilleur producteur, meilleur film.
Plus tard, j’ai rencontré les gens du film. Said Taghmaoui, pour le mettre en invité dans 5styles, le mec connaissait mes potes de Wrung. Et la vérité c’est que je me demande comment un mec comme Kassovitz a pu réaliser ce film ? Il avait voulu qu’NTM soit sur la bande son, et avait soumis l’idée à Joeystarr de prendre les bandes d’un de leur titre chez Epic. La moitié d’NTM l’a remballé, véridique, Didier Morville nous l’a dit. Kassovitz, je l’ai même rencontré dans le cadre de mon travail, pour faire son interview, et il avait cette image d’un type déconnecté. Quoi qu’il en soit, La Haine, restera un classique du cinéma, malgré les critiques, et certaines réalités. Une mention spéciale à Saïd, et Vinz. Et aussi à Hubert qu’on a du coup moins revu, mais qu’on entend toujours – Le plus dur c’est pas la chute mais l’atterrissage – Je finirai par ce que j’ai dis dans mon livre, (ndla La Petite Cité Dans La Prairie) Hubert, – Le plus dur ce n’est pas l’atterrissage, mais le décollage… Parce qu’avant de chuter faut peut être atteindre le sommet.
1981. François Mitterrand devient le 21eme président de la république, et tiendra les commandes de la France jusque 1995. Le Choix Des Armes sort au cinéma. Depardieu y joue le rôle de Mickey une caillera au grand cœur, face à “Monsieur “Yves Montand. Quelques scènes du film se déroulent à la cité des 4000 à la Courneuve. Depuis trois ans je suis revenu du bled, et je vis à Saint Ouen,(93) dans l’allée Bachelet. Cette année là, je suis un petit écolier qui vient de redoubler le Cours Primaire, et souvent j’suis seul, ce n’est pas pour rien qu’Oxmo Puccino chantera “l’enfant seul, je sais que c’est toi”. Mon frère cadet Hicham, est en maternelle, il vient de revenir du bled. Ma mère est caissière au Prisunic, mon daron responsable de manutention sur les docks de Saint Ouen. Je découvre la télévision, le tube cathodique, celle avec les trois chaînes et les aventures d’un capitaine pas comme les autres : Le capitaine Flam.
Quatre heures de programme, et surtout un dessin animé diffusé à 15h00. Le Capitaine Flam. Une voix off : « Au fin fond de l’univers, à des années et des années lumière de la terre, veille celui que le gouvernement intersidéral appelle, quand il n’est plus capable de trouver une solution à ses problèmes, quand il ne reste plus aucun espoir : le capitaine Flam » Je te rassure copine et copain lecteur, si t’as un découvert à la banque, que t’as mis une banane à une tête, que t’en a marre de ton patron, laisse le capitaine flam tranquille ! Lui, ne se déplace que pour les grosses affaires, avec sa grosse équipe. Le générique commence. Une instru un peu fanfare, et des paroles qui positionnent notre héros : « Capitaine Flam tu n’es pas de notre galaxie mais du fond de la nuit, d’aussi loin que l’infini tu descends jusqu’ici pour sauver tous les hommes ». Un générique de ouf, mais pire, son équipe. Le capitaine Flam c’est la grande classe, et ses acolytes, de vrais chauds. Pour nous Flam venait de l’an 2000. En 1980, on attendait de voir ces vaisseaux etc. Les années sont passés, on roule toujours en voiture, y a jamais eu de vaisseau… Quelle banane…
1989. Le juge a confié la garde à notre père, et nous sommes de retour à Saint Ouen, après avoir connu une période instable les choses semblent s’améliorer. L’enfance est derrière nous, l’adolescence notre présent et notre futur à quelques bornes. Avec mon frère, on a cotisé et on s’est acheté avec l’argent du marché une console Sega Master System, et le petit Alex-kid a de sacrés oreilles. Depuis, il a du les recoller avec l’oseille qu’il nous a pris, à 990 francs la console ! Cette année là, Technotonic nous fait danser sur Pump The Jam, Roch Voisine fait pleurer les meufs avec Hélène, et les NTM nous rappent que Le monde de demain nous appartient. Voltage nous passe de la funk, TF1 nous fait passer de sacrés soirées avec Foucault, et on regarde Canal en mode crypté, quand on fait nos dalleux. Je travaille le week-end aux puces, vend des 501 et des cuirs. Ma patronne Georgette, flippe tellement, qu’elle ne bouge pas du stand, plusieurs fois je la grille en train de pisser dans un sac plastique à l’arrière du camion. Véridique. C’est à cette période que je tutoie un sport qui va marquer ma vie : la boxe thaïlandaise, qu’on appelle “la thaï”.
En 1991, j’ai arrêté pendant quelques années, et je t’avoue copine et copain lecteur que je n’aurai jamais pensé y retourner, ne me demande pas pourquoi… Parce que pour une fois, mon blog va te faire chialer. Les années ont défilés, certains des pratiquants nous ont quittés, d’autres ont brillés : Mourad Sari, Kamel Jemel, Totof, Moussa Sissoko… Un en particulier m’a trahi, et si j’ai parfois lâché la salle, j’y suis toujours retourné. Aujourd’hui, c’est au Derek de La Courneuve que j’apprends avec Claude, Tony, Abdel, Léon et tous les adhérents. Léon Mendy me l’a dit : “Pour réussir à maitriser les clés de ce sport il faut en avoir “Le gout » et il a raison, j’applique même son conseil dans mon quotidien. Le temps est passé, Le Nemrod n’existe plus, Dany a raccroché les gants. Dida est sur facebook, Gregory Choplin a repris la relève, Totof montre qu’il est toujours là et que ce n’est pas pour rien qu’il a participé 5 fois au tournoi du roi de Thailande. Les rappeurs aussi tapent au paos, tu peux le voir sur Daily motion, ou sur le DVD de la Mafia K1 Fry. La boxe thaïlandaise un sport a des valeurs que tu ne peux pas tronquer… Et si ce sport a marqué autant de jeunes de banlieues, c’est parce qu’à travers cette pratique ils ont trouvé une famille et des repères qu’ils n’avaient plus à la maison. Même si je crie pas devant les autres j’fais d’la thaï, je la kiffe et je lui écris des poèmes.
Bref, dans le club Do’, y a eu aussi la fameuse série, avec les musclés : Salut Les Musclés avec Framboisier, Minet, Eric, Rémy et René. Celui que j’aimais bien c’était bien sur Bernard Minet, il avait une dégaine disco. Les autres étaient marrants dans leur dégaine mais bon je t’avoue que c’était limite musicalement parlant et en terme d’humour. Parmi les séries y a eu des dérivés avec les musclés comme La Croisière Foll’amour avec la blonde Hilguegue (prononces Hirgeugeu), genre c’était une meuf extra terrestre. Pour ceux qui y croyaient, je vous rassure… Une fois, mon frère a tiré les cheveux d’Hilguegue sur les champs Elysées, et qu’elle n’avait aucun pouvoir extra terrestre.
Le club Dorothée a disparu du petit écran en 1997. Mais pendant dix piges, elle aura fait rêvé les petits, et aussi les plus grands. Elle a fait beaucoup d’argent, avec ses producteurs avec les nombreux sitcom : Le Miel Et Les Abeilles, Hélène Et Les Garçons. Quoi qu’il en soit, on aura bien rigolé… La vie a fait que René des Musclés et aussi Giant Coocoo nous ont quittés. R.I.P.



Après les premières ventes de La Petite Cité Dans La Prairie. Mon éditeur n’a pas compris pourquoi avec mes royalties j’avais demandé à me faire livrer deux palettes de pommes de terre. Si lui n’a pas compris, moi si !!
Les programmes de santé, qui vise à améliorer notre hygiène alimentaire le soulignent. Mangez 5 fruits et légumes pas jour pour votre santé. Et je pense qu’il devrait illustrer ces exemples par des personnages qui n’ont pas mangé de manière équilibrée : Casimir, Pikachu, toute la famille des Barbapapa, le fils du shérif dans les Simpsons, et le plus grillé, Schrek… Ils sont nombreux comme ça. Copine et copain lecteur, tu remarqueras une chose. Ils ont des corps difformes, et en plus ils ont un teint, loin d’être célestin (rime gratuite et pourrie je vous l’accorde). Ceux qui te disent qu’il faut accepter les autres, sont les premiers à ne pas appliquer ça. Comment ne pas voir la différence de poids et de couleurs, steuplait les Barbapapa!